Dire au revoir à la maison de ses parents

Dire au revoir à la maison de ses parents

Je reviens d’une semaine chez mes parents, cette semaine qui est en train de devenir traditionnelle en début d’année pendant laquelle je m’échappe seule avec les enfants vers le sud de la France. Cette semaine pendant laquelle je profite de ma région d’origine et des bons services de mes parents – cuisine et garde d’enfants – à 100%.

Cette semaine était un peu particulière cependant : c’était peut-être la dernière que je passais dans notre maison. Sur la façade est attaché le panneau moche d’un agent immobilier. Mes parents ont décidé de vendre.

Rationnellement, je comprends tout à fait leur décision : ma région d’origine ne s’appelle pas pour rien les alpes maritimes. Dans ma ville, les montagnes se jettent directement dans la mer, il n’y a d’ailleurs presque pas de plage naturelle. Cela signifie que les maisons sont toutes situées en hauteur, pas très loin de la mer et donc du centre mais uniquement accessibles en voiture. Mes parents sont tous les deux à la retraite, profitent de leur temps libre et aiment les sorties. Ils n’en peuvent plus de devoir prendre leur voiture à chaque déplacement – dans une région où, par ailleurs, les places de stationnement sont rares et chères. Ils rêvent de pouvoir tout faire à pied. Et comme je les comprends ! Ils souhaitent donc vendre leur maison pour acheter un appartement au bord de la mer, dans la ville.

Je n’ai cependant pas accueilli leur décision avec un grand enthousiasme. Je ne sais pas vraiment pourquoi au fond… Peut-être parce que dans la foulée ils m’ont dit que j’allais devoir enfin trier mes affaires, vider les six grands cartons qui encombraient le garage. Sans doute parce que j’ai imaginé qu’ils allaient se séparer de beaucoup d’objets que j’aime, et que je ne pourrais pas emporter par manque de place, puisque de notre côté Ulrich et moi reculons toujours le projet d’un achat immobilier. Aussi parce que très égoïstement je me suis dit que ce serait moins confortable pour nos vacances, de devoir nous loger dans un petit appartement. J’avais toujours pensé que c’était pour eux un projet de long terme, de très long terme, que nous avions le temps : leur résolution soudaine m’a pris de court.

Nous avons emménagé dans cette maison l’année de mes dix ans. Sa construction les années auparavant avait beaucoup préoccupé mes parents. Finalement je n’y ai vraiment vécu que sept ans, et pas les années les plus faciles : l’adolescence. Pour autant quand je regarde les photos, quand je repense à tous ces souvenirs que nous y avons accumulés, je suis nostalgique évidemment. Je suis particulièrement émue quand je repense aux odeurs du jardin, celles qui remontent le soir sur la terrasse, avec en fond sonore les grenouilles du bassin. J’ai passé un temps infini sur mon balcon, en haut, la nuit, à écrire ou téléphoner.

Finalement et alors que mon séjour s’achevait là-bas je me suis sentie plus sereine face à tout ça. Je m’inquiète un peu pour eux bien sûr, j’espère qu’ils seront heureux dans leur nouvelle vie. Mais je ne m’inquiète plus pour moi. Une chose me semble évidente : c’est surtout à ma région que je suis attachée. A cette maison aussi, un peu, mais c’est moins grave. Si mes parents avaient décidé d’aller s’installer vraiment ailleurs, j’aurais eu l’impression de ne plus avoir de chez moi, de ne plus savoir où rentrer pendant les vacances. Je n’aurais plus pu que « partir » en vacances, et j’aurais trouvé ça presque triste, très inhabituel en tout cas. Or, ils souhaitent rester dans ma ville, dans ces rues où j’ai grandi, où m’accueillent les souvenirs à chaque carrefour. C’est le plus important.

J’appréhendais beaucoup le tri de ces fameux cartons. J’avais peur de me retrouver confrontée ainsi face à mon passé et de mal le supporter. De retrouver les lettres enflammées de mes ex, mes excellents bulletins de notes, de les comparer à la tranquillité de ma vie actuelle et d’être assaillie de regrets. Finalement, bizarrement, ce n’est pas du tout ce qui s’est produit. J’ai retrouvé une foule de choses c’est vrai : des lettres en effet, des plans et des tickets aussi, le petit cendrier que je cachais dans un tiroir, mais cela ne m’a pas rendue triste du tout, ni même vraiment nostalgique. Je me suis rendue compte à quel point je me sentais bien dans mon présent, bien ancrée les deux pieds dedans. Et j’ai décidé de jeter la plupart de ces affaires : les cours et les livres d’études notamment. Ils ne sont plus d’actualité de toute façon et ne m’apportent aucune émotion positive. J’ai gardé toutes les lettres en revanche. Parce qu’elles sont autant de sentiments et d’humanité bruts, ce qu’il y a de plus précieux finalement.

Mon père m’a rassurée quant aux meubles de ma chambre de jeune fille. Je les adore depuis le jour où je les ai choisi, je devais avoir 13 ou 14 ans. Ils sont blanc un peu nacrés. J’ai écrit cet article à ce bureau où j’ai tellement appris. J’aurais vraiment eu mal de ne plus les avoir mais ils devraient les emmener. Je rêve toujours un jour de pouvoir les emporter avec moi.

Alors voilà jolie maison, souvenirs de mon adolescence, c’était peut-être la dernière fois. Mais je reviendrai à la mer, prendre la rue de mon lycée, acheter des livres à la petite librairie en haut à gauche. Alors ça va.

29 réactions au sujet de « Dire au revoir à la maison de ses parents »

  1. Ayant déménagé tous les 3/5 ans jusqu’à l’age adulte, je ne suis pas très attachée à la maison de mes parents et il est déjà acté qu’elle sera vendue à leur retraite, ils ont déjà investit dans une autre maison dans le village où nous avons passé énormément de vacances enfants …
    Par contre, c’est une question qui turlupine beaucoup mon Breton, d’autant plus que ses parents possède une maison de famille qui est un gouffre financier et que sa fratrie ne pourra pas conserver …

    1. Je comprends que cela puisse être un vrai crève-coeur pour lui… Mais vous avez aussi votre magnifique maison à vous ! J’imagine que vous envisagez d’y rester toute votre vie 🙂 .

      1. Oui, sauf accident de parcours, on a prévu d’y vivre toute notre vie (ce qui traumatise mes globe-trotters de parents ) … après, ce sera à nos enfants de faire un choix, la garder ou la vendre

  2. Ce qui m’a le plus gênée quand mes parents ont déménagé, c’est qu’ils l’ont fait très rapidement après mon départ, mon frère avait déjà son appart. Ça donnait un peu l’impression d’un « ça y est, on peut fuir » lol mais c’était logique. Ils avaient acheté une petite maison mitoyenne avec tout à proximité pour que ce soit plus simple avec des enfants. Ils sont partis un peu plus loin, un peu plus grand… dans un village où, sans voiture, tu ne fais rien. En fait, l’inverse des tiens 🙂 🙂
    Avec le recul, ce qu’il en reste est une vision idyllique, puisque souvenue uniquement, de cette petite maison. Surtout, lorsque je vais chez mes parents, j’ai la sensation d’être une invitée puisque je n’y ai jamais vécu. C’est plus ça qui me gêne, ça a installé une distance entre nous mine de rien.

    1. Je n’en ai pas parlé dans l’article mais de mon côté je ne me sens déjà plus vraiment chez moi chez mes parents. Quand j’avais une vingtaine d’années ils ont totalement ré-aménagé les chambres ce qui fait que je n’y ai plus la mienne. Ça a déjà été un premier pas vers cette sensation d’être « invitée ».

  3. Ce n’est pas toujours facile de tourner la page. Mais je comprends tes parents. C’est un luxe de pouvoir se déplacer à pieds pour tous les déplacements de la vie quotidienne.
    Le point positif, c’est que cela reste la région de ton enfance et de tes souvenirs. Les souvenirs ont plus de valeur que les biens matériels je trouve.

  4. Belle maison ! Tes parents ont raison de déménager tant qu’ils sont en pleine forme et qu’ils peuvent le faire eux-mêmes. Une amie a dû convaincre (« forcer ») ses parents à déménager et à faire le tri de leurs affaires car ils ne pouvaient plus rester dans leur grande maison un peu isolée et ça a été un vrai déchirement pour tous.
    Les Alpes maritimes ! J’y ai beaucoup de souvenirs de vacances car j’ai mon oncle et ma tante habitent à Nice et je suis souvent allée les voir.
    Nous y sommes allés une fois en décembre et les enfants étaient tellement enthousiasmés par la météo (soleil et 15° de plus que dans le nord de l’Allemagne) qu’ils nous demandent régulièrement si on pourrait partir vivre à Nice…

    1. Eh eh mon fils lui veut carrément partir vivre en Afrique car il n’y pleut jamais 🙂 . Mais tu peux dire à tes enfants que pour beaucoup d’aspects, la vie en Allemagne vaut bien la vie sur la Côte d’Azur 😉 .

  5. Je comprends ton ressenti. J’aurais du mal aussi à voir la maison de mon enfance être vendue …
    Mais comme tu le dis, les ruelles de ton adolescence ne s’en vont pas. Et tu pourras toujours y venir te ressourcer et te replonger dans tes souvenirs !

  6. Cet article me fait tout drôle parce que mes parents m’ont annoncé il y a quelques semaines leur projet de vendre la maison… dans laquelle j’ai vécu de ma naissance jusqu’à mes 20 ans ! Ca me fait vraiment tout drôle, et j’espère le vivre aussi bien que toi lorsque j’y retournerai pour trier mes cartons… Pour leur part, ils quittent la région parisienne pour s’installer à la mer, dans une petite ville où ils ont une maison de vacances depuis des années… pas l’inconnu pour moi, mais pas « ma » ville tout de même !

    1. Ce serait vraiment le plus difficile pour moi je crois, sachant qu’en plus j’habite très loin, qu’ils quittent la région où j’ai grandi. J’espère que cela se passera malgré tout bien pour toi.

  7. Bonjour,

    C’est un très bel article qui fait écho en moi. Ma mère n’a pas encore prévu de partir mais je sais qu’un jour où l’autre cela arrivera… J’ai le coeur serré à l’idée de dire au revoir à la maison dans laquelle j’ai grandi, mais que veux tu, c’est le cours des choses.

    Bon courage à toi dans ce moment et ne garde que les bons souvenirs.

    Bises

  8. Je pense que j’aurais réagi comme toi dans une telle situation. Mais comme tu dis, heureusement que tes parents restent dans la région et un appartement au bord de la mer ou en centre ville, ça aura un charme exquis! Différent, mais vraiment sympa! Bravo pour le rangement de tes affaires, il faut que je m’y mette aussi. Dis-moi, Marie Kondo ne serait-elle pas passée par là?;)

    1. Marie Kondo non mais Frau Pruno, oui 🙂 . Sans rire, j’ai regardé tes stories sur le sujet et tu y expliquais justement un jour cette idée de ne garder que ce qui nous ramène du positif (enfin c’est ce que j’ai compris…). Alors merci à toi !

  9. Oh oui, je vais certainement vivre la même chose dans les années à venir. Notre maison de famille n’est plus du tout adapté à la situation de ma mère. Mais c’est vraiment notre maison de famille depuis plusieurs générations. Ma mère y a grandi. J’y ai vécu depuis mes 2 ans. Ça me fera un immense pincement au cœur. Mais ça ne reste que du matériel. Le principal est un lieu adapté pour ma mère.
    En fait, je crois que ce qui m’embête le plus, c’est cette désagréable sensation de vieillir! Je cois que c’est le plus difficile à digérer. Que nos parents ne sont pas éternel, mais la vie est ainsi faite.
    J’ai construit ma famille, nous avons notre maison, c’est la vie qui avance.

    1. Oui tu as raison, derrière ce déménagement il y a ça aussi, comprendre que mes parents vont choisir sans doute leur dernier domicile, qu’ils envisagent le vieillissement et tout ce que ça implique au niveau des déplacements…

  10. Ton article me parle beaucoup… Je suis à la base très attachée aux lieux, aux choses. Quand j’étais petite, je ne supportais pas que mon frère ramène de chez nos grand-parents des objets, je voulais que tout reste à sa place 😉 J’ai longtemps TOUT gardé, vêtement, cours, livres, lettres… Pourtant désormais j’arrive beaucoup plus à laisser les choses derrière moi, à trier, sans nostalgie excessive. Pour autant, mon père et ses frères et sœurs ont mis en vente la maison de ma grand-mère, et même si je comprends tout à fait je n’imagine pas ma vie sans cette maison… C’est parfois compliqué de « grandir » 😉

    1. Oui comme le dit Claire dans son commentaire c’est aussi le symbole du temps qui passe finalement… La maison de mes grands-parents a encore été préservée de tout ça mais la question se posera au moment de leur mort et j’appréhende déjà.

  11. Comme je comprends le sentiment !
    Mes parents ont vendu leur grande maison, en pleine campagne, pour un appartement à la ville. J’étais ravie pour eux mais également triste de me séparer définitivement de ma maison d’enfance. Plus les années passent, plus je me rends compte que ce n’est pas seulement un objet de souvenirs qui a disparu, mais aussi le vecteur d’un mode de vie. Toute mon enfance a été marquée par cette vie à la campagne : liberté extrême, nature, responsabilités. Je vis aujourd’hui dans une mégalopole dans un appartement. Tous les membres de ma famille et ceux de ma belle-famille vivent en ville. Ça me fait un pincement au cœur de penser que mes enfants n’auront jamais accès à cette vie.

    1. Je comprends j’ai le même genre de regrets quand je repense à mon enfance, dans la maison de campagne de mes grands-parents notamment…

  12. J’ai 53 ans et j’ai vendu la maison de mes parents (où j’avais vécu mon enfance, adolescence etc) suite à leur décès. Je te promets que j’aurais préféré vider un lieu plus impersonnel pour moi.
    C’est très très difficile.
    Ils font bien de déménager maintenant.

    1. Oui au fond je préfère aussi l’avoir fait maintenant. En revanche je pense que je devrais m’y coller pour mes beaux-parents, ils ont une immense maison bien remplie et n’envisage pas du tout de la vendre.

  13. Bonjour,
    Ça fait longtemps que je lis ton blog très agréable à lire. Je laisse aujourd’hui un message car ton article fait écho en moi.Mes parents ont déménagé d’une maison de ville pour une maison de bourg l’an dernier Je pensais que je serai très nostalgique de quitter la maison de mon enfance mais au final il n’en a été rien.j’en garde de jolis souvenirs. Le principal c’est que mes parents soient heureux dans leur nouvelle maison. Toutefois c’est accepter que mes parents vieillissent(je vais avoir 34 ans cette année) et qu’on franchit une étape de plus. Je préfère quand même les savoir dans un cadre plus sécurisant que dans une maison vieillissante avec un environnement qui a beaucoup changé en quelques années(immeubles en construction, plus d’insécurité et de monde, plus d’anonymat, embouteillages)J’ai juste deux regrets : ils avaient un super jardin en pleine ville et ma fille de 18 mois ne connaîtra probablement jamais la maison sûrement vouée à la destruction avec cette flambée des prix des maisons et de l’urbanisation galopante de ma ville…

    1. Je pense que je serai aussi plus rassurée de les savoir dans un cadre plus adapté à leur âge. Mais comme tu dis c’est accepter que le temps passe. J’ai l’espoir de mon côté que la maison soit reprise par une jeune famille cependant.
      Et merci pour ton gentil commentaire sur mon blog, ça me fait toujours très plaisir 🙂 .

  14. C’est un joli texte qui me touche beaucoup.
    J’avais moi aussi une profonde affection pour la maison de mes parents mais aujourd’hui, je me rends compte que c’est surtout l’atmosphère qu’ils y développaient qui me faisait y retourner avec autant de plaisir et de nostalgie de mon enfance.
    Depuis le décès de mon père, cette maison, dans laquelle vit ma mère, a perdu de son éclat et de son lot de joie.
    Aujourd’hui c’est la maison dans laquelle ont grandi mes enfants que j’hésite à vendre et, pour exactement les raisons que tu développes, et aussi parce que cette maison fut construite par mon père, j’aimerais la garder pour qu’elles aient encore la possibilité d’y vivre leurs souvenirs et un jour peut être la faire découvrir à leurs enfants.

    1. Je regrette en effet que mes enfants ne connaissent aucune de mes maisons d’enfance, ce sont à chaque fois des souvenirs qui se perdent. Je comprends donc que cette décision soit difficile à prendre pour toi aujourd’hui. Mais les arguments économiques sont souvent de poids.

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