Amoureuse de Sulak

Amoureuse de Sulak

Ca fait longtemps que je n’ai plus parlé littérature par ici, non ? J’aime bien finalement regrouper mes critiques sur trois mois, trois livres, cela me permet d’avoir plus de matière. Et je commence aujourd’hui avec le dernier, celui que je viens de refermer : « Sulak » de Philippe Jaenada.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. Il s’agit de la biographie d’un gangster, Bruno Sulak, qui a braqué plusieurs supermarchés et bijouteries au début des années 80. Le livre est écrit avec un parti pris certain en faveur du jeune homme et il est presque impossible de ne pas s’y attacher, que dis-je, d’en tomber amoureuse. D’ailleurs le roman a reçu le prix des lycéennes en 2014, le féminin n’est sans doute pas un hasard. La seule chose qui m’a un peu surprise pour ne pas dire dérangée dans le roman, sont les interruptions fréquentes de l’auteur en forme de parenthèse : il raconte un braquage et se permet au passage de commenter : « Ce jour-là je partais faire du ski avec mes parents ». D’un autre côté, ces petites remarques légères permettent peut-être aussi d’aérer le récit, tendu, et pas forcément gai. Il faut dire qu’on connait la fin, il suffit d’une rapide recherche Google pour le savoir : Bruno Sulak est mort dramatiquement à 29 ans en tentant de s’évader de prison. Et c’est ce que je retiens aujourd’hui de ce livre à peine refermé, cette fin terrible et mystérieuse. Elle m’a presque empêchée de dormir – alors que pour une fois, mon bébé dormait à poings fermés, c’est un comble.

Si on veut y voir un roman engagé, y trouver un thème qui fait réfléchir, c’est de mon point de vue celui-là : les conditions de vie en milieu carcéral en France. C’est clairement un sujet qui n’émeut pas spontanément, pour lequel il est difficile de mobiliser. Je me souviens d’ailleurs lorsque je travaillais pour une ONG, notre action « prison » était systématiquement celles qui recevait le moins de dons. L’office international des prisons avait d’ailleurs imaginé à l’époque une campagne d’affichage osée que j’ai retrouvée :

Bien sûr c’est un thème compliqué. On se dit que pour finir en prison il faut bien l’avoir un peu cherché. Mais ce n’est pas si évident, il faut penser réinsertion et évidemment pas vengeance.

La biographie de Bruno Sulak fait rêver par certains aspects – ce jeune homme romantique, ce gangster aux mains propres -, est prenante jusqu’au dernier mot – alors que je connaissais la fin, j’ai eu du mal à la lâcher, et fait donc réfléchir aussi – au thème de la vie en prison, de la vie tout court, de ses déterminismes et de ses hasards. Bref, un très bon livre que je vous recommande vraiment !

En ce début d’année j’ai lu aussi « La vie rêvée d’Ernesto G » de Jean-Michel Guénassia – un adorable cadeau de Camomille. Je connaissais déjà son auteur, j’avais adoré son « Club des incorrigibles optimistes ». J’ai bien retrouvé son style agréable et beaucoup aimé traverser avec son héros le vingtième siècle de façon originale : d’abord en Algérie puis en république tchèque. Je me suis vraiment attachée aux personnages et là encore, j’ai eu du mal à lâcher ce roman. J’ai vraiment beaucoup aimé la première partie – qui m’a fait découvrir la vie en Algérie au début du vingtième siècle et les allusions au régime communiste de l’Est de l’Europe dans la deuxième partie. J’ai un peu moins aimé la présence du personnage d’Ernesto G « Le Che » dans la deuxième partie du roman, j’ai trouvé cela très irréaliste. C’est malgré tout un livre que je vous conseille !

Enfin, j’ai lu sur les conseils de l’une d’entre vous – après mon article sur mon hypocondrie il me semble – « Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même » de Lise Bourbeau. J’ai trouvé intéressant le thème des blessures qu’elle détaille : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. C’est vrai quand on y regarde de plus près que souvent, nos réactions négatives sont liées à une de ces blessures, ça m’a fait réfléchir en tout cas sur moi et sur les autres. En revanche je n’ai pas aimé le ton très dogmatique de l’auteur ni certaines affirmations qui m’ont laissé perplexe. Elle décrit ainsi des types physiques qui correspondent à des blessures : les personnes souffrant d’abandon auraient ainsi tendance à souffrir d’asthme ? Dans ce type de raisonnements j’ai eu du mal à la suivre.

Est-ce qu’une de ces lectures vous tente ou est-ce que vous y avez retrouvé un livre déjà lu ? J’adore échanger sur les livres !

24 réactions au sujet de « Amoureuse de Sulak »

  1. Je ne connais pas du tout Sulak. Pourquoi pas ? Mais avec le printemps qui revient j’avoue ne pas avoir envie de me plonger dans un roman sombre, et encore moins l’enfer du milieu carcéral. Nous verrons dans quelque temps, de toute façon ma pile de livres à lire, bien que réduite, est encore existante ☺ Quant au 3ème livre que tu cites, ce n’est clairement pas pour moi !

  2. Au sujet des 5 blessures qui empêche d’être soi-même, je pense qu’il ne faut pas tout prendre pour argent comptant. Ce n’est pas non plus une vérité absolu (et heureusement) mais j’ai trouvé son approche tout de même très intéressante et j’ai pu constater dans mon entourage certaines particularités physique qui avait en effet l’air de correspondre aux blessures des personnes concernées. Maintenant ce n’est pas aussi tranché pour tout le monde et elle explique aussi qu’il est fréquent d’avoir plusieurs blessures.
    Mais je t’accorde que ce sont des lectures particulières 🙂

    1. J’ai quand même trouvé tout ça très intéressant et comme toi j’ai retrouvé le portrait de certaines personnes de mon entourage ! Mais c’est vrai que sur le domaine médical, ses réflexions m’ont un peu mise mal à l’aise.

  3. Ouiiiiii un article littérature, chic !
    Je n’en connais aucun. Je me sens plus attirée par le premier pour son sujet, je trouve que le débat sur la prison/réinsertion/punition est très intéressant. Ce qui m’inquiète plus, c’est le style… Je sais que les romans ayant obtenu des prix de lycéens ont toujours un style un peu simplet qui me laisse sur ma faim… Est-ce que ça te semblait correct ?

    1. Tu parles des prix de lycéens français ? La plupart du temps ils sont donnés à des livres de grande qualité ! En tout cas le style de celui-là est vraiment correct même si un peu déroutant comme j’en ai parlé.

      1. Oui, c’est de ça que je parlais. En fait, j’avais commencé « L’affaire Harry Québert » (me souviens plus du titre exact) qui a reçu un tel prix et j’avais vraiment trouvé l’écriture simpliste… Non pas que j’aime me prendre la tête avec le style mais je préfère quand même quand il y a un minimum de recherche.

        1. Ah oui tu n’as pas tort pour celui-là mais c’était une traduction et c’est la raison pour laquelle je ne lis jamais ou presque de traduction 🙂 .

  4. Chouette un article traitant de livres ! Je n’en connais aucun. Sulak me tente bien. En ce moment clairement je n’ai pas vraiment le temps d’ouvrir un livre, mais je le note sur ma liste.

  5. J’ai lu le dernier livre de Jaenada, la serpe, et je n’ai pas du tout aimé le style avec toutes ces digressions, parenthèses personnelles, qui m’a vraiment genee dans ma lecture… Je n’arrete jamais un livre commencé mais j’ai eu du mal à finir celui ci!

    1. Je comprends c’est vrai que ça m’a un peu dérangée. Mais finalement pas suffisamment pour me détourner du héros dans mon cas !

  6. J’ai lu les deux premiers et j’ai bien aimé… c’est rigolo car pour moi, j’ai toujours eu envie de me mobiliser pour que la prison change, ça me fait mal au cœur de savoir que le pays des droits de l’homme traite ainsi ses prisonniers… on ne pourra pas améliorer la société si on punit en déshumanisant. Et priver un être humain de sa liberté est déjà une grave punition… bref, je m’éloigne du sujet mais ça me tient vraiment à cœur (suffisamment pour que je commente depuis mon smartphone )

  7. Merci pour ces critiques. Je cherche toujours de nouveaux livres à lire en français. J’avais beaucoup aimé Le club des incorrigibles optimistes, et ne savais pas que Guénassia avait écrit un nouveau livres, alors je vais essayer de dégoter La vie rêvée d’Ernesto G!

  8. Je découvre totalement les livres (et auteurs d’ailleurs) dont tu parles. Pour ma part, je ne lis plus… et ça me manque ! J’ai pourtant 2 romans en attente que je rêve de lire : le dernier Bernard Minier et le dernier Joel Dicker, j’ai beaucoup aimé leurs romans précédents, donc peu de risques d’être déçue, mais je n’arrive pas à trouver le temps et la motivation de m’y mettre !

    1. Il m’arrive d’avoir des phases comme ça. J’imagine que le stress dans lequel tu vis en ce moment n’arrange rien. J’espere que tu trouveras le livre qui t’emportera malgré tout !

  9. Je ne connaissais pas du tout ce gangster figure-toi, merci d’avoir éclairé ma lanterne! Sur le même thème, j’avais adoré le film sur Mesrine avec Vincent Cassel ( je suis fan de Vincent Cassel). Le film est en deux parties et je trouve que les acteurs jouent super bien). J’ai été vraiment impressionnée par ce film, tu le connais?

    1. Oh non je ne connais pas ! Je vais regarder ça 🙂 . C’est drôle mais j’aime bien ce genre d’histoires, elles me permettent vraiment de m’évader !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *