Du harcèlement sexuel en France et en Allemagne

Du harcèlement sexuel en France et en Allemagne

Depuis l’affaire Weinstein puis les phénomènes « metoo » et « balance ton porc », le thème du harcèlement sexuel au travail est devenu plus fréquent aux informations. Et bien sûr, ce sujet me fait réfléchir à plusieurs niveaux, de la condamnation publique via les réseaux sociaux à mon rapport aux hommes. Ce matin j’ai entendu à la radio les résultats d’une enquête Ifop selon laquelle une femme sur trois déclare avoir été victime d’une forme de harcèlement sexuel au cours de sa carrière. Et j’ai pensé à ma propre histoire, en entreprise, dans la fonction publique, en France et en Allemagne.

Est-ce que je fais partie de ces une femme sur trois ? La réponse à cette question déjà est compliquée. Je me suis jamais considérée comme victime d’harcèlement sexuel en tout cas.

Le seul comportement vraiment gênant dont je me souvienne, c’était au début de ma carrière de consultante. Nous travaillions pour un client public dont les équipes avaient pour usage de se faire la bise chaque matin. Je n’aimais pas ce contact rapproché, forcé, avec des inconnus. J’avais donc essayé de m’en dispenser discrètement, un « bonjour » lancé à la volée devait bien suffire, non ? Je me souviens m’être faite rappeler à l’ordre rapidement par mon manager de l’époque. Il m’avait expliqué que nous devions nous adapter aux habitudes de nos clients – et que cela valait aussi bien pour le code couleur des supports de communication que pour la bise du matin. J’avais été vraiment contrariée, c’était comme une espèce de violence pour moi, ces haleines et ces barbes du matin collées à ma joue. Mais cette règle valait aussi bien pour les hommes que pour les femmes alors je ne sais pas si je peux mettre ça sur le compte d’un véritable sexisme.

Je ne me suis jamais considérée comme victime et pourtant cela ne veut pas dire que je n’ai jamais eu à faire face à des comportements un peu déplacés – en tout cas pas strictement professionnels. Mais ils ne m’ont jamais gênée. Et je dois même vous avouer pire : la plupart du temps ils me flattaient. Je me souviens par exemple de la remarque d’un directeur quelques années plus tard, alors que je lui demandais une entrevue à la fin d’une réunion : « Mais voyons, rester un peu plus tard avec vous Alice, c’est toujours un plaisir ». J’étais vraiment persuadée que ça n’irait pas plus loin, je n’ai jamais eu peur, je n’ai jamais pensé que ma progression dans la hiérarchie serait liée à un quelconque consentement physique. Et c’est d’ailleurs ce que les faits m’ont toujours confirmé. Je me souviens aussi d’un informaticien rigolo qui commentait toujours ma tenue du jour d’un humour graveleux lorsque j’entrais en trombe dans son bureau pour lui demander de réparer une erreur en vitesse. Mais c’était drôle, nous étions amis, nous déjeunions souvent ensemble. Et il ne s’est jamais rien passé entre nous d’ailleurs.

A partir de quel moment cela dérape, à partir de quand faut-il tout interdire ? C’est la question que je me pose en ce moment. Je ne suis peut-être pas représentative de mon sexe :  parce que je n’ai jamais été en bas de la hiérarchie, parce que j’ai le niveau de confiance en moi nécessaire pour ne pas souffrir de ce genre de remarques peut-être. Cependant même si je n’en ai pas souffert, est-ce que c’est bien, est-ce que c’est normal, est-ce que ce n’était pas quand même un peu dégradant pour moi ? Je ne sais pas… J’ai travaillé en France de 23 à 28 ans j’étais somme toute très jeune. Je crois que je prenais ça pour une forme de bizutage sympathique. Sans doute que si j’y étais devenue directrice financière à 38 ans, plus personne ne m’aurait parlé de mes tenues ?

En tout cas une chose est sûre : en Allemagne je n’ai jamais croisé l’ombre de ces comportements. Le contraste m’a saisi dès mon arrivée. Idem pour le harcèlement de rue d’ailleurs, sans doute que les deux sont liés. Jamais une touche d’humour sur le physique des collègues. En France, je me souviens, lorsque j’organisais des appels d’offre, j’avais l’habitude avec ma copine des achats de noter dans la marge le physique des prestataires. Oui bon, ça va, c’était juste pour rire entre nous, au bout de la troisième présentation commerciale, ça nous faisait la petite blague pour garder les yeux ouverts. Les commerciaux sont souvent de jeunes hommes pas trop mal et nous étions de jeunes filles pas encore très matures – et très célibataires. Aujourd’hui quand j’y pense, si nous avions été des hommes et les commerciaux de jeunes femmes, je crois que j’aurais drôlement honte de ce comportement. Je sais en tout cas que, lorsque j’ai proposé le même jeu à ma collègue des achats en Allemagne, elle m’a regardé avec des yeux ronds et un air franchement choqué – je n’ai pas réitéré.

Je ne suis a priori pas la seule française à avoir été confrontée à ce choc culturel, il y a même une chanson allemande très populaire qui raconte les déconvenues d’une jeune française sur ce thème. La chanson s’appelle Aurélie et je vous livre un extrait traduit de ses paroles :

Aurelie so klappt das nie (Aurélie, c’est pas comme ça que ça fonctionne) Du erwartest viel zu viel (Tu en demandes beaucoup trop) Die Deutschen flirten sehr subtil (Les Allemands flirtent très subtilement) Aurelie, die Männer mögen dich hier sehr (Aurélie, tu plais beaucoup aux hommes ici) Auf der Straße schaut dir jeder hinterher (Dans la rue, chacun se retourne sur ton passage) Doch du merkst nichts weil sie nicht pfeifen (Mais tu ne les remarques pas, car ils ne te sifflent pas) Und pfeifst du selbst die Flucht ergreifen (Et si toi tu siffles, ils prennent la fuite) Du musst wissen hier ist weniger oft mehr (Tu dois savoir qu’ici on fait ça plus discrètement)

La seule chose avec laquelle je ne suis pas tout à fait d’accord dans ce texte est « les allemands flirtent subtilement ». A mon avis les allemands flirtent bourrés c’est un poil différent… Mais c’est un autre thème que vous me permettrez de remettre à plus tard.

Depuis que je travaille en Allemagne – dans la fonction publique et dans une région réputée pour être très conservatrice, je précise avant que toutes les expatriées ayant fait une expérience différente me tombent dessus – j’ai appris à rentrer dans le moule. Enfin presque. Parce que ça n’a pas que des avantages, de gommer le sexe au travail. Figurez-vous qu’une collègue avisée m’a aussi conseillé d’arrêter le vernis à ongles et les jupes. Parce que je sais pas, c’était too much selon elle, il valait mieux un peu plus de neutralité et de sérieux, la mode à la Angela Merkel plutôt qu’à la Brigitte Macron vous voyez. Alors là ça allait un peu trop loin pour moi : j’ai résisté. Et mes manucures font encore souvent l’objet de commentaires amusés, y compris de mon supérieur d’ailleurs !

Voilà, j’ai donc été confrontée à deux modèles très différents dans ma carrière. Et ce que je pressens, c’est qu’avec le temps, nous ferons en France plutôt comme en Allemagne.

Je ne peux évidemment pas m’empêcher d’avoir une pointe de nostalgie pour cette espèce de légèreté que j’ai connue quand j’étais jeune. Cette facilité à parler de choses grivoises, même quand ce n’était pas du tout à l’ordre du jour, juste pour rire, juste pour ajouter une pointe de spontanéité et d’humour dans un paquet de thèmes graves. C’est un peu comme la cigarette. Rationnellement, raisonnablement, je suis contente d’avoir arrêté et je pense que tout le monde devrait le faire. En vrai, et même si c’est honteux, ça me manque quand même parfois un peu.

Je suis quand même persuadée que c’est mieux. J’ai sans doute eu de la chance en France, de la chance de croiser les bonnes personnes, d’avoir un aplomb naturel. Un tiers des femmes disent avoir souffert de harcèlement au travail, ça fait deux tiers qui n’en souffrent pas évidemment, mais c’est quand même beaucoup trop. Et le souvenir cuisant de cette bise forcée au début de ma carrière est suffisant pour me démontrer qu’un contact physique, même léger, est insupportable quand il n’est pas souhaité.

Et vous, tout ce qu’on entend de nos jours sur ce thème, ça vous inspire quoi ? Vous considérez que vous avez déjà été harcelées au travail ?

50 réactions au sujet de « Du harcèlement sexuel en France et en Allemagne »

  1. Je trouve ton article très intéressant et ton retour d’expérience très instructif. Les mentalités et les comportements me semblent sensiblement différents et pourtant ton ressenti laisse penser que l’écart est plus important. La sensibilité de chacun joue sans aucun doute sur la perception que l’on a du harcèlement sexuel mais lorsque les faits sont là et que la loi est claire, les doutes laissent place aux certitudes.

    1. Je ne connais pas la loi en effet, je me demande justement comment on peut à coup sûr dissocier harcèlement sexuel et blague douteuse mais sans doute que la frontière existe et que, lorsqu’on y est vraiment confronté, il ne peut y avoir de doute.

  2. Bonsoir,
    Je pense que l’expérience est comparable avec la Suisse ou le travail dans une entreprise internationale pleine d’anglais qui rougissent de la tête au pied si on leur fait la bise… 😉 je n’ai jamais travaillé en France mais j’ai souvent visité mes collègues français et je vois bien la légèreté, le compliment à la limite du flirt mais qui est fait avec humour et qui en est presque plaisant du coup ! Néanmoins je crois qu’il s’agit là de deux choses différentes… le harcèlement existe vraiment, les commentaires non plus charmants mais déplacés, les mains baladeuses, les regards insistants et gênants pour ne citer que les faits les moins « graves ». Ce qui m’embête dans ces discussions et dans la façon dont on les simplifie desfois c’est qu’on compare le harcèlement à la liberté… qu’on justifie le fait de siffler une femme dans la rue par de la drague… alors qu’il me semble que tout ce que les femmes demandent c’est justement de pouvoir être libre ! Libre d’être sexy, too much et de plaire sans pour autant qu’on ne prenne ça pour une invitation…

    1. Je me demande si c’est si vraiment évident de définir les frontières. Les femmes n’ont pas toutes les mêmes attentes, ce qui peut faire sourire une peut en gêner terriblement une autre… Donc dans le doute peut-être que tous les hommes doivent s’abstenir finalement.

  3. Ah ah, ca me rappelle quand pour tromper l’ennuie et la monotomie de nos 23 ans enfermes dans un bureau, piochait dans nos dossiers fiscaux, le profil du parfait crlibataire riche et voyageant dans des pays exotiques… Quand j’ai voulu faire pareil a l’etranger c’est pas passe. De toute facon, j’ai laisse tomber ce travail ennuyeux depuis et me suis reconvertie. Quand au rituel de la bise a tout le monde le matin, c’est typiquement francais, c’est fatiguant mais tu te fais passer pour quelqu’un d’impoli et d’asocial si tu joues pas le jeux. Une amie italienne me racontait qu’elle avait la meme experience en Italie…

    1. Hi hi je vois que nous n’étions pas les seules à avoir un peu d’imagination au travail 🙂 . La bise c’est vraiment quelque chose qui ne me manque pas même entre amis je n’aime pas vraiment ça !

  4. Je ne pense pas avoir été harcelée au travail. Mais avoir reçu des remarques clairement déplacées, ça oui. De la part d’un collègue avec qui je m’entendais bien, ça me faisait plutôt rire, sauf quand c’était vraiment pas le moment de rire, parfois ça finissait par me souler. Mais c’était pas bien méchant et ça ne m’a jamais vraiment dérangée.
    En revanche, quand ça venait de clients c’était différent. Il y en a eu un qui avait suggéré que ce serait plus marrant que je vienne faire mon boulot en bikini sachant que côté pratique on est plutôt sur jean, polo et grosses chaussures… Et son chef avait demandé à la secrétaire qu’on lui envoie la nouvelle recrue car c’était une jeune femme blonde ! Je n’ai jamais trop relevé ce genre de remarques déplacées et j’évitais toute familiarité : ok si le client veut me tutoyer, mais je restais toujours au vouvoiement. Du coup on m’a reproché d’être froide et distante… !! Bref, pas simple !

    1. Clairement le rapport hiérarchique ou client / prestataire biaise les choses et dans ce cas je crois qu’une grande distance devrait toujours être respectée. Entre collègues presque amis c’est en effet différent, on peut se permettre un peu plus de choses finalement.

  5. Billet super intéressant tant sur les différences culturelles entre France et Allemagne au travail que sur la conception des relations hommes et femmes ici et Outre-Rhin. Tout cela montre bien combien la limite entre harcèlement et humour un peu lourding peut être parfois ténue. Tout semble question d’appréciation, lorsque la plaisanterie se fait en connivence avec une collègue ou au contraire à ses dépens, si celle-ci se trouve dans un contexte de travail suffisamment sain pour lui permette de s’affirmer pleinement, même vis-à-vis d’un chef qui impose la bise obligatoire le matin …
    Merci en tout cas pour le récit de ton expérience et tes réflexions !

    1. Merci à toi pour ton commentaire, je suis contente que mon article t’ait plu ! Je trouve en effet que ces sujets ne sont pas si simples et j’ai parfois du mal à faire la part des choses entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

  6. C’est un article très intéressant, Alice et la comparaison entre les deux cultures me parle beaucoup.
    J’ai souvenir d’avoir été harcelée par un comptable qui disait à voix haute quand il passait dans mon bureau « moi, j’aime les brunes au type méditerranéen » et n’avoir jamais eu le courage de répondre « moi, j’aime pas les petits crétins chauves ». Je me suis plainte auprès du conservateur qui m’a juste répondu « évitez-le ». Mais c’est la même dame qui m’a conseillé de tirer un peu sur mon décolleté pour demander une autorisation au directeur ! J’avais quelques années de plus et j’ai répondu « ça porte un nom, ce que vous me dites là ! ».
    Pour la bise, j’ai trouvé la parade car ici, tout le monde se fait la bise le matin : je prends l’air désolé et je dis « je n’ai pas une bonne immunité alors je préfère ne pas faire de bise ». Ça fonctionne bien.

    1. C’est une très bonne idée le coup de l’immunité, je le garde en réserve si jamais un jour je suis de nouveau amenée à travailler dans un contexte français 😉 . Et c’est incroyable que tu aies reçu un tel conseil, d’une femme en plus !

      1. Oui cette manie française de claquer la bise à tout le monde en permanence est totalement ridicule. On a complètement perdu la symbolique de la bise (du baiser, devrais-je dire), qui est une marque d’affection et d’intimité. Et intimité avec un client ou un collègue, on repassera.
        C’est d’ailleurs une chose que l’on inculque très tôt aux enfants, en leur disant « embrasse tante machine, allez, sois gentil » et on leur apprend à ne pas respecter leurs propres désirs ou répulsions. C’est une incongruité éducative et psychologique énorme.

        1. Je suis tout à fait d’accord ! Je suis vraiment contre les rapports physiques forcés de ce genre je trouve que ça n’a plus rien à voir avec la politesse.

  7. Personnellement j’ai entendu des remarques un peu graveleuses mais sans plus lorsque je bossais avec des commerciaux mais la plupart du temps comme j’étais jeune c’était vraiment rare et c’était des blagues générales, pas sur moi spécifiquement. J’ai aussi rembarré un collègue lorsque je bossais dans une agence immobilière. Ce n’était pas sexuel mais c’était clairement parce que j’étais une femme… Il s’est pris la honte car il n’a rien trouvé à répondre et c’était au même du repas donc il y avait une bonne partie du personnel. Par contre je trouve que parfois ça va vraiment trop loin. On a pas à amener ce genre de réflexion au travail je trouve. Si on est vraiment proche d’une personne et qu’on se sent d’en plaisanter c’est consenti c’est complice ça n’a rien à voir je trouve. Pour moi il y a vraiment un problème en France par rapport à la différence entre harcèlement et flirt. Je ne le suis jamais sentie flattée d’être sifflée ou de me prendre une réflexion sur mon physique ou une main aux fesses. Ça va beaucoup trop loin dans les trois cas. Si une personne vient me parler dans la rue et me demande au préalable si je veux parler avec elle pourquoi pas mais là c’est imposer aux autres des choses bien trop personnelles. De manière générale j’envie les pays comme l’Allemagne ou les choses sont bien plus rigides et rigoureuses (valables aussi pour le respect des règles en général)

    1. Je crois en effet, maintenant que je peux voir ça ici, qu’il y a un problème culturel en France à ce sujet. Quand je fais le bilan, même si ça ne m’a jamais vraiment gênée, ce n’est quand même pas brillant et je ne crois pas que ce soit bien. Au travail, on devrait travailler, tout simplement. Après si entre amis on a envie de s’amuser différemment, pourquoi pas, mais on choisit ses amis, pas ses collègues ni ses clients.

  8. Je suis d’accord avec toi, j’ai souvent ce genre de petites blagues / remarques et cela ne m’a jamais gênée, cela me faisait plutôt rire. Après je ne suis pas une supra-féministe. Ce qui m’a vraiment dérangée ce sont les comportements dans les transports, les sifflements, les attouchements plus ou moins subtils dans la foule… ça je considère ça comme du harcélement… pas les petites remarques au boulot ! Qui me manquerait un peu aussi en Allemagne finalement, je crois !

    Virginie

    1. C’est vraiment difficile de situer où se trouve la frontière entre remarque gênante et humour… Peut-être qu’il est quand même mieux d’éviter ça au travail finalement, et de garder cela pour les relations amicales. Et quand il s’agit de relations amicales au travail, évidemment c’est différent.

  9. Oh si tu savais ! Voilà un thème que je n’ose pas aborder sur mon propre blog, parfois suivi par certains de mes collègues, puisque moi j’ai réellement été harcelée physiquement au travail, à plusieurs reprises.
    Pour avoir vécu en Autriche où le fonctionnement est, à mon avis, assez similaire à celui de l’Allemagne, je retrouve les différences que tu mets en avant. Le contexte dans lequel j’évoluais était évidemment très différent, puisque j’étais étudiante, mais malgré tout, j’ai aussi été choquée par les différences de comportements et, je dois le dire, agréablement surprise.
    Pour revenir à ma situation particulière, je dois préciser que le fait que je travaille dans un monde très masculin, où la plupart des chefs sont des hommes, où je me retrouve très souvent seule femme en réunion, où je me déplace régulièrement et suis donc confrontée aux réactions des hommes hors du cadre quotidien limitant et rassurant du travail (au restaurant, au bar, pendant de longs trajets en train ou en avion), joue énormément sur le ressenti global. Bien sûr que les remarques un peu graveleuses ou les blagues limites sont pénibles mais, somme toute, inoffensives. Mais lorsque tu les reçois dans un contexte où tu sens régulièrement en infériorité parce que moquée plus ou moins gentiment, ça prend une autre dimension. Et moi, à plusieurs reprises, et encore maintenant, je me suis sentie / sens en danger dans le monde du travail.

    1. Oh la la mais c’est vraiment horrible ! En fait je me rends compte – même si je m’en doutais déjà – que j’ai toujours été confrontée à ce genre de comportements dans des environnements très sécurisants et par des gens finalement assez bienveillants, ça change tout évidemment. Du coup j’espère que les mentalités vont évoluer en France sur ces sujets, j’ai quand même l’impression que c’est en cours.

      1. Oui, c’est le cadre qui change fondamentalement le ressenti : que les remarques ou blagues douteuses soient faites de la part d’un supérieur ou que l’environnement global soit insécurisant pour la femme, et on glisse très rapidement du côté du harcèlement.
        Du coup, pour moi, au-delà d’un changement des mentalités qui, s’il se précise, va mettre bien longtemps à s’instaurer dans les faits, c’est vraiment pour un monde du travail plus équilibré en termes de représentativité femme / homme que je milite. Enfin, militer est un bien grand mot, mais je suis persuadée que d’aller dire aux collégiennes et aux lycéennes que le monde de la science, de la technique et de la recherche est aussi fait pour elles, est un élément important de la solution à apporter pour que ces situations où je me suis sentie en danger au travail parce que j’étais une femme n’arrive pas à mes filles.
        Travail dans un monde dominés par les hommes, c’est vraiment usant et brutal au quotidien.

        1. Je dois reconnaitre que ça ne m’est jamais arrivé puisque même tout en haut de la hiérarchie dans l’administration on trouve quand même pas mal de femmes.

  10. Meme experience en France, meme experience en Allemagne. Quand on arrive en Allemagne, on a l´impression que son capital seduction s´est brusquement reduit au passage de le frontière!
    En France, avc ma collegue des achats, nous avons aussi noté les prestataires qui arrivaient (de toute l´Europe!) et l´un d´eux est devenu mon beau mari allemand!

    1. Hi hi c’est tout à fait ça je me suis demandée un temps si j’étais devenue moche en passant la frontière 😉 . Et c’est une belle histoire du coup, ça vaut vraiment le coup de noter les presta 🙂 !

  11. Article vraiment très intéressant et instructif! Je ne m’étais jamais figuré comment pouvaient être les rapports homme-femme au travail, en Allemagne, et en même temps, je ne suis pas du tout étonnée par ce que tu nous racontes. Je t’avoue que le petit côté séduction me manquerait, même s’il est infime 😉 J’aime bien me sentir féminine et jolie et je trouve que tu as entièrement raison de faire du forcing avec tes ongles! Non, mais! Je connais pire comme provocation… Ca fait aussi partir de notre liberté, d’être féminine si on le souhaite!

    1. Oui je dois dire que les conseils de cette amie me sont un peu restés en travers de la gorge ! Je veux bien renoncer aux grivoiseries entre collègues, mais pas à ma liberté… Sachant que je ne me fais pas des ongles en gel fuchsia et pailletés, on est d’accord 😉 .

  12. Les blagounettes grivoises ne m’ont jamais dérangées au travail, tant qu’elle s’inscrivaient dans des relations « horizontales » (attention, je ne veux pas dire couchés dans un lit !) c-a-d entre 2 personnes qui n’ont aucune relation hiérarchique entre elles. En revanche quand un supérieur se permet ce genre de réflexion, c’est clairement déplacé. C’est là que je placerais le curseur. Après je travaille dans un milieu à 80% féminin, cela limite les possibilités !

    1. Tu as raison, c’est vrai que l’absence de hiérarchie ou de relation client / prestataires rend la relation égalitaire et donc beaucoup moins dangereuse.

  13. Alors déjà je trouve extrêmement intéressant de te lire sur ce sujet. Personnellement au travail je n’ai jamais subis de harcèlement (du moins pas de ce genre là). Par contre à la fac et plus tard dans la rue ou le métro oui ! Je parle du gars qui a pris en photo mon décolleté (y a pas grand chose mais quand même) de ceux qui me parlent quand je ne veux pas. Des siffler dans la rue. Et puis il y a ce gars de ma bande de pote qui a essayé de m’embrasser alors que je lui avais dis non et au final c’est de cet épisode que je garde le plus de détails et de gêne !

    1. Merci (j’ai un peu l’impression d’avoir fait un bide pourtant 😉 ). C’est dingue ce que tu me racontes de tes études et dans les transports. Je me demande du coup si le fait de n’avoir jamais vraiment eu de formes ne m’a pas protégée finalement de bon nombre de déconvenues. Enfin ton pote c’est vraiment incroyable ! Tu as réagi comment ?

      1. Je l’ai repoussé en lui disant non et je me suis barrée de la salle où il était ! Et depuis, j’ai vraiment du mal quand je le vois même si c’est très rare et qu’en général il y a mon mari avec moi. Je pense que pour lui il n’y avait pas de mal mais je suis sensible j’avais dis non et j’ai vraiment vécu cela comme un « viol » il essayait de me forcer alors que j’avais était hyper claire sachant qu’il avait déjà joué sur ma gentillesse pour que j’accepte de danser avec lui ! Bref je me rends compte que au final ça reste un certain traumatisme pour moi !

  14. Je crois que le problème avec les blagues et la drague plus ou moins bienveillante, c’est qu’on sait pas comment ça va être reçu… du coup je pense que dans un cadre professionnel, c’est mieux de s’abstenir, à moins de vraiment bien connaître la personne en face et d’être sur et certain que ce ne soit pas gênant. Finalement, c’est un peu comme les blagues racistes, ça fait souvent surtout rire celui qui les fait.
    Un autre aspect qui me dérange et dont on parle peu: il y a à mon sens une différence entre un compliment sans arrière-pensée, de la drague parce que le mec nous trouve vraiment intéressante et la drague « pour le sport », qui est franchement lourde. Or nous avons été conditionnées à tout considérer comme un compliment. Parfois je me dis que c’est pour ne pas regarder la vérité en face: la plupart des mecs qui nous draguent ou sifflent dans la rue n’en ont strictement rien à faire de nous et se comportent comme ça avec toutes les filles.

    1. Je suis d’accord avec toi sur ton premier paragraphe même si je ne mets quand même pas ça totalement sur le même plan que les blagues racistes (j’ai pu me sentir flattée par des remarques sur mon apparence mais je pense que les blagues racistes ne flattent vraiment personne).
      Ton deuxième paragraphe est hyper intéressant tu as raison je n’avais jamais vu les choses sous cet angle – et du coup tu brises le mythe : je ne suis pas irrésistible en vrai ? 😉 .

  15. Ton article est très intéressant.
    J’avoue ne pas trop avoir d’avis ou de choses à dire sur ce sujet, n’ayant jamais été victime de harcèlement. J’ai fait des études médicales et fréquenté la fac de médecine de très près. Là je dois dire que l’atmosphère, les blagues et plaisanteries sont très lourdes, mais cela ne m’a jamais atteint. Peut-être était-ce dû au fait que j’ai toujours été discrète, effacée et presque invisible ? Et pourtant, je sais qu’il y a un certain nombres d’étudiantes en médecines ou autres professions médicales qui on n’ont fait l’objet. Je me dis donc chanceuse. Pourvu que ça dure !

    1. Je crois aussi au fond que j’ai surtout été très chanceuse. Et je pense qu’avec l’âge normalement je devrais de moins en moins avoir de problèmes de ce genre 😉 .

  16. Je n’ai personellement jamais été victime de harcèlement et tant mieux (mais je travaille dans un milieu à majorité de femmes) ! Cependant je suis très sensible à ces histoires, et le commentaire de Louna me fait froid dans le dos. Je pense que les exemples que tu cites personnellement ne sont pas du harcèlement, j’avais vu un « quizz » sérieux sur ce sujet pour enlever les idées reçues et une des choses que j’en ai retenue c’est que une remarque « déplacée » une fois, qui ne se répète pas, n’est pas du harcèlement au yeux de la loi (donc la remarque de ton patron n’en est pas).
    Je pense qu’en fait on peut très vite faire le distingo entre de la simple drague ou jeu de séduction même sans que ça aille plus loin et le harcèlement. Si la femme dit qu’elle n’est pas à l’aise avec des remarques et que l’homme continue, c’est du harcèlement par exemple. Avec ton informaticien, vous étiez sur un pied d’égalité, amis par ailleurs et comme tu le dis il ne s’est jamais rien passé entre vous. Selon moi, il y aurait eu harcèlement si à cause de cet humour entre vous il s’était cru permis d’aller plus loin. Tout ça pour dire que je me dis qu’une forme de légèreté peut rester car pour moi le harcèlement se place autrement et qu’en général le harceleur sait bien que la personne face à lui n’est pas à l’aise ? Mais je me trompe peut-être et ton exemple sur l’Allemagne est intéressant.
    Quand au remarques qui nous renvoient à notre propre sexe, je pense que c’est usant si c’est tout le temps, tous les jours, qu’on se sent réduite à Celà.

    1. Je suis tout à fait d’accord avec la distinction que tu poses. C’est vrai que j’avais du mal à y voir clair mais ton commentaire m’y aide : en effet je n’ai véritablement jamais été harcelée et c’est sans doute quelque chose de très différent de la légèreté que j’ai connue en France.

  17. Tu demandes dans un commentaire où est la limite entre remarque gênante et humour. Sur le papier, c’est facile : dans la gêne, pardi ? On a tous le droit de faire des erreurs, de faire une blagounette qui ne passe pas parce que l’interlocuteur/trice n’est pas sur la même longueur d’onde, et si on gêne, on s’abstient à l’avenir, comme tu l’as fait avec ta collègue allemande. Là où cela devient délicat en pratique, c’est quand interviennent des notions de hiérarchie (ne pas oser reprendre son supérieur ou un prestataire de peur de représailles), de politesse ou timidité (ne pas oser reprendre qui que ce soit), et c’est là qu’on se trouve avec des gens qui subissent, impuissants, un humour graveleux qui devient à la longue du harcèlement. Et comme tu le dis, on n’a pas toutes la même sensibilité. Personnellement j’ai horreur de toute remarque sur mon physique, qu’elle vienne d’un inconnu ou d’un proche, et j’en ressens presque une violence. J’aimerais vivre dans un monde où dire « j’apprécie ton intention, mais j’aimerais que tu cesses de commenter mon physique (ou de faire des blagues graveleuses) » sans passer pour une prude, une rabat-joie, une féminazie…

    Une différence culturelle qui a peut-être aussi cours en Allemagne, et dont je me rends compte avec le recul au Canada : les Français aiment bien l’humour aux dépens d’autrui, les remarques sur le physique, l’humour vache… Et contester à quelqu’un le droit de se moquer d’une autre personne donne souvent l’impression de le priver de sa liberté d’expression – alors même que cet humour revient à déshumaniser l’autre.

    1. C’est drôle je n’avais jamais pensé que l’humour moqueur était une spécialité française… En y réfléchissant pour le coup je connais aussi des allemands qui le pratiquent malheureusement mais je déteste cela moi aussi, c’est quelque chose qui me hérisse toujours. Grâce aux commentaires de cet article j’ai réalisé en effet que beaucoup se joue sur la répétition d’un phénomène et sur la non-égalité dans une relation. Je n’ai donc effectivement jamais été victime de harcèlement (heureusement).

  18. Bonjour Alice !

    Ton article est très intéressant, d’ailleurs c’est le premier commentaire que je lâche alors que je lis ton blog depuis un moment. 😉
    Je me permets le tutoiement.

    J’ai la chance de ne jamais avoir eu des remarques déplacées, de sifflement ou de gestes indésirables, mais il faut dire que je ne vis pas en ville. Je compatis bien sûr pour toutes celles qui subissent ça.

    J’imagine que travailler dans un cadre strict est rassurant et apaisant même si je pense que je trouverai ça un peu tristounet l’absence de d’humour, de légèreté, de blagues.

    Je te rejoins concernant le vernis à ongles. C’est mon petit plaisir et je serais malheureusement si on m’incitait à ne plus en mettre (soyons d’accord je ne mets pas de couleur fluo).
    Je trouve que c’est la plus innocente des coquetteries (ça claque moins qu’un rouge à lèvres carmin). De plus selon moi, ça renvoie une image positive : une femme qui met du vernis est généralement une femme qui prend soin de ses ongles. Je préfère voir des ongles vernis que des ongles rongés. 😉

    Au plaisir de te lire !

    1. Merci pour ton premier commentaire ici et bien sûr pour cette ode à la manucure 😉 . Moi aussi je reste sobre et classique dans mes choix de couleur (enfin… j’ai quand même tenté le bleu l’été dernier 😉 ) mais comme tu le dis se faire les ongles c’est aussi un acte de soin et puis c’est un petit plaisir assez anodin quand même. Ce serait trop dommage de s’en priver. Enfin et surtout, être une femme libre, ça veut dire justement pouvoir mettre du vernis sans se faire ennuyer !

  19. « A partir de quel moment cela dérape, à partir de quand faut-il tout interdire ? » Je dirais à partir du moment où la personne exprimé son mal aise vis à vis de ce comportement/cet humour et que son malaise n’est ni entendu ni respecté.
    J’ai été harcelée moralement et sexuellement par un chef d’établissement. Le plus dur a été de réaliser que j’étais seule. Les collègues, la hiérarchie et les syndicats m’ont dit de « faire profile bas ou prendre un congé parental » en attendant le prochain mouvement de mutations pour espérer partir de là. C’est tout. Je ne me sentais pas victime, je me sentais prête à affronter mon chef et à me battre. Mais quand je me suis retrouvée lâchée par les instances en capacité d’agir, là oui, je me suis sentie pire que victime.

    1. Je ne peux même pas écrire que je comprends tellement je ne peux pas imaginer… C’est en tout cas terrible que ce genre de choses arrive.

  20. Vaste sujet ! Et surtout hyper complexe. En fait, je pense que tout est dans l’intention mais l’intention n’est que dans la tête de celui qui plaisante, siffle, etc. J’ai été choquée de l’attitude de certains patrons avec leur assistante, le mépris était vraiment visible dans l’attitude. Pour ma part, je me suis toujours protégée des collègues, hiérarchies ou clients par le vouvoiement. Ça installe une distance « je t’aime bien mais on n’est pas pote non plus ». Ça recadre la discussion, même pour moi, dans le feu d’une discussion avec un désaccord, le « vous » me permet de ne pas trop m’emballer.
    En revanche, ça ne sert à rien contre le harcèlement de rue. Et ça, je connais bien malheureusement….

    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi concernant le vouvoiement. Je n’aime pas du tout le fait que, dans certaines organisations, il soit aboli de fait. Comme tu le dis, c’est aussi une protection pour moi, pour éviter de m’emporter ou de tomber dans trop de familiarité.

  21. C’est drôle parce que les remarques les plus déplacées je les ai reçues de mon ex-boss allemand ! Jamais rien de méchant mais des compliments sur le physique qui mettent mal à l’aise (genre passer devant mon bureau et revenir sur ses pas pour saluer ma tenue du jour). Peut être que j’ai trouvé l’exception qui confirme la règle
    Sinon c’est vrai que la sensibilité des harcelés est une donnée qui rend l’équation du harcèlement assez complexe. Mais c’est comme tout, il est important de respecter la sensibilité de tous même si ça veut dire se retrouver dans un système moins « fun ».

    1. C’est dingue ça ?! C’était comme tu dis l’exception qui confirme la règle – de la même façon que mon mari est toujours en retard ! Pour le reste je suis d’accord avec toi 🙂 .

  22. C’est intéressant ce comparatif. Je ne savais pas qu’en Allemagne, c’était si neutre au point de peut-être presque en oublier notre personnalité.
    Je pense avoir vécu un peu de harcèlement sexuel en début de carrière mais rien qui ne m’a traumatisé même si ça m’agaçait fortement!
    Nous avons eu une sensibilisation au harcèlement sexuel au boulot. J’ai détesté. Une impression de ne plus pouvoir rien dire, de ne plus être libre, c’était ultra féministe alors que d’après moi, un homme peut également en être victime…
    Et je confirme, les Allemands peuvent être vite lourd une fois que l’alcool fait son travail 😉

    1. Ah la la les allemands et l’alcool : le traumatisme inoubliable, vraiment ! C’est intéressant ce que tu dis sur cette sensibilisation, j’ai du mal à imaginer ce que ça peut donner…

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