Bilingue à trois ans

Bilingue à trois ans

Depuis longtemps je voulais reparler bilinguisme par ici, ça devrait être un peu mon sujet, moi qui suis la maman de deux petits franco-allemands. Et puis je me suis rendue compte avec beaucoup d’étonnement que je n’en avais plus parlé depuis près de deux ans ! Il est donc largement venu temps de faire une petite mise à jour.

Pierre est bilingue, je crois pouvoir le dire. Il parle toujours spontanément en français avec moi et en allemand avec son père et n’a encore jamais eu l’idée de remettre en cause cette répartition. Je vous rappelle au passage notre façon de faire : je parle uniquement français avec son frère et lui, son père leur parle uniquement allemand, et son père et moi parlons français entre nous pour équilibrer le fait qu’il parle allemand à la KiTa.

Il parle de manière très fluide dans les deux langues et je ne crois pas qu’une personne ignorant son bilinguisme s’en rendrait compte spontanément. Il a seulement tendance à cloisonner ses expériences. Je m’explique : nous passons le week-end ensemble, nous faisons beaucoup de choses, il les enregistre principalement en français. Il aura du mal, le lundi matin, à raconter ses expériences à ses copains et sera même parfois tenté d’abandonner. Idem quand je viens le chercher à la crèche en fin de journée et lui demande ce qu’il y a fait. Nous nous sommes rendus compte de cela récemment et essayons depuis avec Ulrich de lui fournir un maximum de mots dans les deux langues pour raconter ce qu’il a vu. Je l’incite parfois aussi à me dire quelque chose en allemand et lui traduis dans la foulée, de façon à ce qu’il puisse malgré tout poursuivre ce qu’il disait. Hier soir par exemple : « Vous avez mangé quoi à la crèche aujourd’hui ? – De la soupe de…. de… de…. Euh… Comment ont dit maman Blumenkohl en français ? – Chou fleur – De la soupe de chou fleur ! »

Souvent, les gens qu’ils fréquentent – les adultes – l’interpellent sur son bilinguisme. Lui demandent de traduire un mot « pour voir », le complimentent, lui expliquent qu’il a beaucoup de chance. Lorsqu’on se sert de lui comme d’un traducteur automatique il me fait un peu de peine, mais je sais qu’il n’en a pas fini avec ça, son entourage sera sans doute toujours curieux de cet exotisme. Les réactions continuent quand même généralement d’être très positives à l’égard du français, réputé pour être une si jolie langue. Et je crois que parfois je sens même poindre dans les propos de Pierre un peu de fierté. Un jour il est rentré de la crèche en s’exclamant : « Moi maman je peux parler les deux, les deux ! Français et allemand ! ». C’est la grande nouveauté de son âge finalement. Longtemps il a utilisé les deux langues par réflex, sans se poser de questions, il ignorait son bilinguisme et sa particularité. Désormais il en est de plus en plus conscient.

L’an dernier j’ai eu une petite mésaventure à la crèche justement. Les éducatrices m’ont demandé si je ne pouvais pas parler allemand avec Pierre au moment de l’emmener et de le récupérer. Elles se sentaient exclues de nos discussions (hyper polémiques vous imaginez, à base de : « Mets tes chaussures s’il te plait Pierre j’en ai marre de t’attendre »). Je les comprends à vrai dire, bien sûr c’est toujours désagréable d’entendre des gens échanger devant soi dans une langue qu’on ne comprend pas. Mais j’ai pris le temps d’y réfléchir et de me faire conseiller par des gens qui connaissent le sujet, la plupart m’ont dissuadé de sortir de notre modèle : « une personne / une langue ». Un jour peut-être nous pourrons le faire, mais seulement lorsque Pierre sera vraiment plus grand et que son bilinguisme sera totalement consolidé. Dans l’ensemble j’ai toujours trouvé le personnel de notre crèche un peu réticent sur cette thématique. C’est la raison pour laquelle je suis ravie d’avoir trouvé un nouvel établissement à la rentrée qui verra davantage cela comme un enrichissement, et qui m’autorisera même à apporter quelques traditions et comptines aux autres enfants.

Il y a beaucoup d’émigrés russes et polonais dans notre région, il s’agit souvent d’émigrés de seconde génération et ils ont justement tendance à vivre leur bilinguisme de manière beaucoup plus fluide. Je les entends parler avec leurs enfants, une fois en allemand, une fois en russe ou polonais. Je ne sais pas quels résultats cela donne. Ils sont de toute façon dans un contexte différent : leur communauté est si grande qu’ils passent beaucoup de temps entre eux, alors que nous connaissons à peine deux ou trois couples de français ici, que nous fréquentons relativement peu.

Depuis que Pierre a deux ans, je me rends compte que les médias : les livres, la musique et la télévision jouent un grand rôle dans son acquisition du français. Je sais que la dernière est très décriée pour d’autres raisons mais c’est la vérité. Je peux facilement savoir d’où Pierre tient une expression en français, et si elle n’est pas de moi ou du dernier livre lu ensemble elle vient presque toujours de Tchoupi, Trotro, Vianney ou France Gall (Papa où es-tu en mode Babacar, il faut l’entendre pour le croire). Evidemment je m’appuie donc sur eux : pour faire suite à Popi qui commençait à l’ennuyer un peu, j’ai abonné Pierre à Toupie. Le niveau est presqu’un peu trop haut je trouve, mais il aime quand même beaucoup le lire. Dans la voiture je lui fais écouter mes chanteurs français préférés, quitte à sécher parfois un peu : « Il s’en va où maman le monsieur ? ». Les jours de crèche, la télévision est interdite mais le week-end il peut la regarder un peu. Et je compte bien sur notre prochain séjour français pour refaire un stock de DVD.

En petit allemand, Pierre ne va pas à l’école et je pense que ce simple fait, au delà du bilinguisme, induit un certain décalage avec ses copains français. Ma soeur – institutrice – m’a offert des cahiers d’activité niveau petite section pour l’initier un peu à tout ça. Ils sont très ludiques et sympas, je lui fais faire une fois par semaine, ça ne lui plait pas énormément mais il joue le jeu, je me dis que c’est bien aussi, pour rester en phase avec les petits de son âge dans son autre pays. J’ai hâte de voir à ce sujet comment se passeront les prochaines vacances. Longtemps il n’a pas eu l’occasion de jouer avec des petits français, ce sera bientôt différent.

J’ai toujours des sentiments partagés face à tout ça : je continue de penser que pour le moment, mes enfants subissent leur bilinguisme plus qu’ils en bénéficient et j’ai mal au coeur malgré tout de constater un peu plus chaque jour que l’allemand devient leur moyen d’expression « dominant ». J’ai peur qu’un jour, les problèmes linguistiques altèrent notre relation. Je me souviens bien ce que vous m’aviez dit déjà la première fois : que c’était pourtant une chance, que je devais leur transmettre ma langue avec joie… Mais il est difficile de forcer ses sentiments. L’autre jour je me demandais ce que je leur dirais, si j’écrivais mon testament maintenant, ou plutôt une lettre à leur attention au cas où il m’arrive quelque chose – j’y pense toujours – et ce qui me venait spontanément c’était de leur demander de continuer à apprendre le français. Je ne sais pas pourquoi c’est si important pour moi…

Globalement je suis quand même plus apaisée. Je me rends bien compte que ça marche, que Pierre parle français, qu’il est bilingue. Je sais qu’au fil des années, de sa scolarité notamment, l’allemand prendra toujours plus de place. Je sais que peut-être un jour il se rebellera contre cette langue imposée. Mais je suis confiante, si mon mari continue de me soutenir comme il le fait – je sais que pour ça j’ai beaucoup de chance – ça devrait aller. D’ailleurs je me sens moins crispée sur ce sujet avec Charles. Je sais que c’est possible, je suis plus spontanée. Il faut quand même que je me méfie d’ailleurs. Souvent dans une fratrie, les seconds ont plus de mal avec le bilinguisme que leurs aînés.

110 réactions au sujet de « Bilingue à trois ans »

  1. C’est un sujet qui m’intéresse énormément ( forcément). Je l’ai lu partout: ne jamais mélanger, chacun sa langue maternelle . Ainsi, je parle comme toi toujours français à mes enfants et mon mari allemand. En revanche notre langue commune à nous deux c’est l’allemand, du coup ils n’entendent en-dehors de moi que de l’allemand… Le fait que tu parles en français avec ton mari c’est évidemment ce qui compense et fait que ton fils parle si tôt français. Mes jujus ont trois ans et me répondent toujours en allemand. Leur soeur a fait pareil jusqu’à ses 4 ans, un peu avant ses quatre ans elle s’est mise à ne me parler qu’en français. Le déclic a été trois semaines en France. A refaire!!!
    Ton mari te parle aussi en français? Ce serait difficile chez nous…
    J’ai une copine française qui vit avec un hollandais, elle aussi parle français avec son mari pour que ses filles entendent plus de français mais lui répond en allemand. C’est toujours mieux que nous ( conversation en allemand tout le temps)… Mais je n’y arrive pas. Le niveau de français de mon mari n’est pas assez bon. Ça me fait réfléchir quand même parce que mes enfants grandissent dans un monde allemand, se parlent allemand entre eux ( je demande à ma fille régulièrement de leur parler français mais elle n’y arrive pas et/ou ne veut pas, qu’avec moi!)
    .. Pour moi aussi c’est important, j’aimerai qu’ils parlent un peu plus français.

  2. Ps pour le bilinguisme on a jamais été interpellé, ce n’était pas original du tout là où on habitait avant, y avait 2/3 des enfants bilingues ( de toutes origines) et même des trilingues à 3-4 ans! Ici il y en a un peu moins mais 1/3 minimum aussi 🙂

    1. C’est toujours un sujet délicat quand on y est confronté je crois… Je pense qu’il n’y a pas de réussite garantie, ça peut tenir à beaucoup de choses. Et à partir du moment où nous vivons en Allemagne et où nos enfants sont scolarisés dans ce pays, je crois de toute façon que nous ne pourrons pas lutter contre la « dominance » de cette langue.

  3. Je trouve cela très intéressant et votre méthode me semble pas mal. Je connais quelques couples bilingues (un parent d’un autre pays que la France) et souvent les parents parlent francais en général, même chez eux. Le parent non-francophone va dire des comptines, des mots, mais ne pas parler uniquement sa langue avec l’enfant. Mais dans les couples que je connais, souvent le conjoint francophone ne parle pas la langue de l’autre.
    Bref, tout ça pour dire que je trouve en effet que c’est une chance pour tes enfants, ils apprennent le francais naturellement et ça restera… Je ne sais pas trop quels conflits tu imagine autour de celà ? Après, c’est sur que tu ne sais pas si ils le pratiqueront encore à l’âge adulte, mais finalement n’est-ce pas le cas pour beaucoup de choses qu’on souhaite transmettre à nos enfants 😉 ?

    1. Je suis tout à fait d’accord, c’est un petit deuil à faire, mais parfois je trouve que c’est sain aussi, parce que ce n’est qu’un deuil parmi d’autres : on ne sait jamais ce que deviendront nos bébés. Je n’imagine pas vraiment de conflits, je m’inquiète plutôt par exemple pour l’avenir : s’ils se disputent avec un copain, trouveront-ils les mots pour me le confier ? Parfois déjà je sens que c’est compliqué mais une amie dans le même cas avec des enfants plus grands m’a rassurée : il existe un palier de langue grâce auquel on peut vraiment tout dire.

      1. biensûr parce que leur vocabulaire se développe dans les 2 langues de plus en plus aussi! je le vois avec ma fille. Elle peut aussi bien se confier en allemand que en francais.
        Et autour de moi y a pas mal de bilingues, plus grands: pas de soucis, au contraire, ils maîtrisent les deux langues comme leur poche!

        1. Merci ça me rassure 🙂 . A part lui parler français, tu as fait d’autres choses activement avec ta fille : livres, films, activités en français ?

          1. Pardin, j’avais pas vu la question, je retombe dessus par hasard. Oui les livres, tous les deux jours une histoire le soir en français ( tous les deux jours car un soir c’est moi qui lui lit une histoire et le lendemain c’est mon mari, on alterne tous les soirs … Et celui qui ne lit pas à la grande lit aux jujus. Pareil : si c’est moi c’est en français et si c’est lui c’est en allemand ). Pas d’activité spéciale mais on essaie d’aller en France plusieurs fois par an, notamment deux semaines l’été. pour les dessin animés ca depend. On a Netflix et c’est beaucoup en allemand ( j’aimerai Netflix France mais on a Netflix Allemagne, dommage)

  4. Quelle réussite! Tu peux être fière de toi! et de Pierre! Une de mes meilleures amies est anglo-américaine. Elle avait commencé à parler anglais à son fils jusqu’à ses 4 ans. Elle ne lui parlait qu’en anglais, mais malheureusement, son fils, ayant un retard de langage, elle a dû abandonner (sous les conseils de la psy) et ne lui a plus parlé qu’en français. Mais elle le regrette aujourd’hui. Si ca peut te rassurer, j’ai un élève de 3° dont la mère est allemande. Elle ne lui parle qu’allemand, lui fait écouter la télé et la radio en allemand et cet élève est complètement germanophone. Il parle mieux que moi! Une véritable réussite, je suis épatée! Il est parfaitement à l’aise dans la classe et accepte de participer avec plaisir et semble très bien s’entendre avec sa mère 😉

    1. Oh la la comme ton dernier exemple me fait rêver ! J’adorerais que les choses évoluent comme ça évidemment 🙂 . C’est dommage pour ton amie, lorsque des retards de langage ou d’autres difficultés viennent se greffer sur le bilinguisme, il est très souvent abandonné. J’espère du coup que Charles aura un apprentissage aussi fluide que son frère !

  5. Le français est ta langue « de coeur », c’est normal que tu veuilles la voir s’épanouir chez tes enfants 🙂 le premier réflexe d’un parent, c’est de parler dans sa langue maternelle (ou en tout cas dans sa langue de prédilection) alors on peut comprendre qu’il soit important pour toi : c’est un des liens entre toi et tes fils.
    C’est aussi normal que cette langue devienne plus faible chez eux vu le contexte allemand dans lequel ils vivent… Ils vont vivre beaucoup plus de choses en allemand qu’en français donc forcément vous allez voir la différence se creuser, c’est aussi pour ça qu’il est important que tu continues tes efforts pour inclure le français dans leur quotidien ! Tant qu’ils continuent à le parler couramment ou presque, tes fils restent gagnants en tout cas ! Les bénéfices du bilinguisme peuvent perdurer même si une langue n’est pas/plus maîtrisée parfaitement 😉
    En tout cas, en tant que fille « d’étranger » qui n’a jamais parlé sa langue maternelle à ses enfants, je sais que tu fais le bon choix 🙂 Dans notre famille, ma génération, on est tous un peu tristes de constater qu’on a perdu un bout de notre héritage. Même si on n’a pas besoin de cette langue, meme si on n’habite pas dans ce pays, c’est quelque chose qui manque un peu à notre identité. Moi jai encore la chance d’avoir pu l’étudier à l’université et donc de la maîtriser pas trop mal… mais plus le temps passe, moins je l’utilise et plus je la perds. C’est une partie de moi qui disparaît 😉
    Sinon, je constate aussi déjà le cloisonnement dont tu parles chez ma fille… effectivement souvent pour le repas de midi haha ! :p Pour le moment ça ne la frustre pas, elle ajoute spontanément les mots néerlandais dans ses phrases francophones « non non papa, tu peux pas, ga zitten! » (Va t’asseoir)

    1. Je connais plusieurs personnes issues d’un contexte bilingue dont les parents n’ont pas favorisé le bilinguisme et qui me disent la même chose que toi, de continuer à tout prix ! Ce genre de témoignages me motive beaucoup, alors merci 🙂 . Et pour ta fille c’est mignon aussi je trouve quand ils s’emmêlent !

  6. C’est drôle, j’en parlais je crois dans le portrait qu’on avait publié sur toi mais c’est via cet article sur le bilinguisme que je t’avais découverte. Tu me confortes dans mon idée que ce n’est pas aussi facile qu’il n’y parait et je comprends tout à fait l’inquiétude que tu décris vers la fin de ton article. Je veux que Milo apprenne le français. J’ai toujours dit que si tout ce que je mettais en place ici pour que le français « passe » ne marchait pas, on rentrerait quelques années en France (plus ça va, moins je suis sûre que j’oserais mais juste pour te dire à quel point je te comprends). On a aussi réfléchi au fameux « et si il nous arrivait quelque chose ? ». J’ai voulu m’assurer qu’il continuerait d’apprendre le français. Mais touchons du bois, il ne va rien nous arriver. Au pire ils ne parleront pas aussi bien français qu’allemand. Je ne crois pas un instant que ça mette en danger une relation, mon mec avait une relation très forte avec sa maman avant qu’elle ne nous quitte et il n’a jamais voulu parlé sa langue maternelle. Moi ce qui me fait un peu plus angoisser (et ce qui te fait du coup peut-être peur ? #psychologiedecomptoir), c’est le long terme : et si il se met avec une personne d’une autre nationalité ? Transmettra t-il le français a mes petits enfants ? Mes petits enfants pourront ils parler avec ceux de ma sœur, de mes cousins ? Là le français est une langue à part entière à la maison mais quand il y aura des pièces rapportées, comment ça va marcher ? (J’ai fait court je suis fière !)

    1. Ca me rassure ce que tu dis de ton mari avec sa maman, pour moi c’est ma plus grande crainte, que les difficultés linguistiques nuisent à notre relation parce qu’ils ne trouveraient pas les mots par exemple pour me confier quelque chose. Mais du coup il communiquait comment avec elle ? En revanche, c’est drôle, je ne m’inquiète pas du tout pour le long terme. Enfin, disons que personnellement j’en ai déjà fait mon deuil. Pour moi il est presque évident que mes petits enfants ne parleront qu’allemand… A moins que vraiment mes fils tiennent à leur transmettre le français, je serais ravie évidemment mais je n’y crois pas trop, et bizarrement pour le coup ça ne me dérange pas. Peut-être parce que ça me semble trop loin, je ne me projette pas encore en tant que mamie 🙂 . Ou parce que j’ai déjà acquis l’idée que ma descendance serait allemande…

      1. Je dois vraiment me projeter trop loin alors 🙂 Ou moins me projeter ici, je ne sais pas …. J’ai beaucoup aimé le commentaire de Mariounche, au final ce n’est qu’une chose de plus que nous essayons de transmettre sans trop savoir si ça marchera.
        Je te raconte toute la vie de ma belle famille pour illustrer à quel point : mes beaux-parents ont toujours parlé tagalog avec leurs deux enfants bien qu’eux alors qu’ils connaissaient l’allemand (je ne crois pas connaître d’étranger ayant un aussi bon niveau, mon beau-père part dans des tirades incroyables sans jamais se planter sur un verbe irrégulier ou un article, c’est rageant !) et ils ont tous les deux commencé à peu près au même moment à répondre en allemand. Ils en ont tous les deux un souvenir conscient. Mon mec était en primaire et il s’était pris plusieurs remarques désobligeantes sur son accent par la famille lors d’une visite là-bas donc il ne voulait plus parler tagalog et sa soeur préado a juste suivi « par solidarité » parce que leurs parents en faisaient tout un cirque (je ne te réponds pas si tu me parles allemand et compagnie). Au final les parents ont fini par céder, ils ont continué de répondre en tagalog mais les enfants parlaient allemand. Aujourd’hui ils le comprennent très bien, ma belle-soeur le parle couramment, mon mec se débrouille à peu près.
        Je crois qu’il y a plusieurs facteurs qui ont joué et sur lesquels on ne court pas trop de risques : le fait que l’anglais soit une langue officielle aux Philippines et qu’ils aient du coup pu continué à communiquer avec leurs cousins là-bas + que leur apprentissage de l’anglais à cette période là ait été valorisé ici alors que le tagalog pas franchement et enfin les moqueries sur l’accent (je sais pas Pierre mais les bilingues que je connais ont tous un petit accent dans leur « deuxième langue » du coup pour les franco-allemands qui grandissent ici ça fait un peu alsacien) qui je crois n’affecteront pas nos fils 1 – parce que le/ce bilinguisme est plus valorisé 2- parce qu’ils auront rencontré d’autres enfants, voire adultes dans leur cas (vraiment ce projet de kita bilingue avec enfants de toutes origines m’a l’air prometteur, j’ai tellement hâte d’en savoir plus !)

        1. Tu vois j’ai fini par l’avoir mon pavé 😉 . C’est une expérience très intéressante en tout cas mais une chose m’interpelle : quand tu écris « parce que leurs parents en faisaient tout un cirque – je ne te réponds pas si tu me parles allemand et compagnie » à vrai dire je me reconnais un peu. Il y a eu un temps il y a plus d’un an où Pierre a essayé quelque fois de me parler en allemand et j’ai fait celle qui ne comprenait pas. Tu penses que ça va trop loin ? D’un autre côté, si je ne fais pas ça, comment empêcher le fait qu’il me parle allemand un jour ?

          1. Tu as le don de me lancer aussi 😀
            Je me rends compte que ça peut sembler hyper dans le jugement le « tout un cirque », ça retranscrit cependant totalement les anecdotes que les enfants racontent aujourd’hui avec 25 ans de recul. Après je suis la première à savoir que les parents ont tous des sujets sur lequel ils « font tout un cirque » , parfois c’est tout à fait justifié, parfois ça l’est moins, parfois ça marche et parfois pas (un jour je te ferais un pavé sur mon cirque au sujet de l’alimentation).
            Honnêtement pour ce qui est de ton cas, je ne pense pas que ça aille plus loin que quand j’envisage de faire appel à la fée des totottes ou quand je dis à mon fils qui ne veut plus avancer dans la rue « bon moi j’y vais si tu viens pas » : c’est pas très »bedürfnisorientiert » mais je ne crois pas que ça traumatise le petit non plus. C’est pas contre à mon avis une solution de facilité qui ne dure qu’un temps (mon fils maintenant quand je lui « bon j’y vais » il me répond « au revoir maman » en rigolant, il a très bien compris que je n’allais pas partir, plus ça va aller plus Pierre va tout à fait comprendre que si tout le monde peut te parler allemand, il n’y a pas de raison que lui ne le puisse pas.
            Je réalise en te lisant que pour moi le fait que mon fils me parle français n’a que peu d’importance, je n’en ferais pas « tout un cirque ». Ce qui compte pour moi c’est que je puisse lui parler français, si il me répond en allemand c’est que c’est ce qui lui vient spontanément et c’est aussi important pour moi cette histoire de spontanéité. Je veux par contre vraiment qu’il me comprenne en français puisque c’est la langue que je parle le plus « instinctivement » donc je mets en place mon cirque pour cela , par exemple quand il me parle en allemand je répond toujours en français en insistant bien pour placer la traduction de tous les mots qu’il a utilisé dans la réponse. Quand je suis de bonne humeur, je pense même à placer un « oh c’est bien tu as appris à dire strassenbahn, en allemand on dit strassenbahn, en français maman elle dit tramway », ou carrément à lui raconter comment il pourra se servir du mot tramway « on appelera mamie et tu pourras lui parler des tramways blabla ».
            Je ne crois pas vraiment qu’on puisse les empêcher de nous parler allemand si ça leur semble plus naturel par contre on peut forcer les occasions où ils n’ont pas d’autre choix que de parler français (vacances avec les enfants des copains, ou les cousins, liens avec d’autres familles francophones, visites des grands-parents, baby sitter française, colos ou « petite école française » – je ne sais pas si vous en avez déjà une près de chez vous mais ça peut se monter assez facilement parait il, une copine à moi à Londres fait partie d’un groupe où sa fille va tous les samedis matins et elle est ravie- bref beaucoup de cirques à mettre en place :)). La multiplication de ces occasions les convaincra à mon avis plus de l’intérêt de parler français que notre refus de leur répondre si ils nous parlent allemand.

          2. C’est très intéressant ton point de vue et quand tu l’expliques comme ça c’est vrai que ça fait du sens… Et d’un autre côté je n’arrive pas du tout à imaginer une discussion où chaque personne parle dans sa langue d’ailleurs nous n’avons jamais réussi à le faire avec mon mari non plus, y compris à l’époque où nous étions sans enfant.
            Concernant les rencontres d’enfants francophones, j’y ai déjà pensé mais je me demande si ça peut marcher, s’ils ont tous l’allemand en langue « forte » ils vont rapidement se mettre à jouer en allemand entre eux, non ?

    2. Comme toi Jess, je pense la même chose : la langue n’influe absolument pas les relations de famille, on peut ne pas parler la langue maternelle de l’autre et être très proches, j’ai des milliers d’exemples aussi, dont beaucoup de couples. Et comme toi, je me suis également posé la même question: est-ce que mes enfants transmettront la langue à leur propres enfants – si ils en ont? Je l’espère! Je connais plusieurs personnes adultes qui ont été dans ce cas et toutes ces personnes là le font autour de moi aujourd’hui avec leurs enfants donc je pense que oui!
      Les enfants qui grandissent bilingue réalisent une fois adulte à quel point c’est une chance et beaucoup veulent transmettre cette seconde langue à l’enfant.

      1. Merci je me sens moins seule à me projeter en tant que mamie 🙂
        Pour la petite histoire, nous avons un bon copain bilingue français-anglais (maman américaine, papa français, il a vécu toute sa vie en France) qui a eu un petit à peu près en même temps que nous. Comme sa femme est allemande, il a décidé pendant la grossesse de ne transmettre que le français parce que trois langues c’était plus compliqué, qu’au final il avait quand même plus de liens en France, que le français lui vient plus naturellement et que l’anglais, le petit l’apprendrait bien un jour de toute façon.
        Au final le petit est né et il s’est retrouvé incapable de lui parler français, c’est la langue que sa mère a parlé avec lui qui lui vient instinctivement alors que ce n’a jamais été sa langue dominante …. c’est bon on a encore de l’espoir !

  7. Alors, je ne sais pas si ça te rassurera, mais mes cousins franco-allemand, vivant en Allemagne, parle toujours très bien français
    D’ailleurs, ma cousine parle spontanéement français à ses enfants, car elle considère que c’est sa langue maternelle. Et un de mes cousins fait comme toi, lui ne parle qu’en français, sa femme en anglais et l’allemand pour la vie courante
    Je trouves ça chouette pour Pierre et Charles. Perso, j’utilise aussi beaucoup les dessins animés, puisque FeuFolet y a principalement droit uniquement en anglais (et un peu en russe et en français). N’empêche qu’une de ses chansons préférées est anglaise et qu’il connaît ses nombres et ses couleurs!!! Par contre, comme ce n’est pas du bilinguisme natif, je ne crois pas qu’il ai conscience que ce sont les mêmes mots dans deux langues … enfin, on verra, déjà si ça travaille son oreille

    1. Je ne crois pas que j’aurais tenté ce genre de démarches d’apprentissage précoce si j’avais vécu en France mais c’est intéressant. Le cas de tes cousins me rassure en effet ils avaient aussi un seul parent francophone ?

      1. Oui, juste la mère
        Je ne vise pas le vrai bilinguisme. Mais, il faut savoir qu’à la naissance, les enfants « entendent » tous les sons et sont capables de les reproduir, capacité qu’ils perdent en grandissant, faute « d’entraînement ». L’idée, c’est donc d’entraîner son oreille pour lui faciliter l’apprentissage des langues plus tard

  8. Cet article est très intéressant car il reflète un peu mon expérience. Mes enfants sont trilingues (français/hongrois/allemand). Presque la même règle ici: chacun parle dans sa langue et la langue de l’autre en présence de la famille/d’invités. Ensemble nous parlons anglais. Je dirais que le bilinguisme est assez facile à gérer mais que le trilinguisme est encore une autre difficulté. Mes enfants vont à la Kita, à l’école hongroise deux samedis par mois et aux rencontres française une fois par mois. De plus, nous rentrons en France deux fois par an et en Hongrie deux fois par an également.
    Mon fils qui a 6 ans passe d’une langue à l’autre très naturellement. Même constat: il cloisonne ces expériences et c’est très difficile pour lui de « traduire ». Je trouve ton paragraphe à ce propos vraiment très juste. C’est d’ailleurs vraiment confus parfois quand il essaye de mes traduire les chansons qu’il a appris à l’école de l’allemand au français pendant qu’en même temps il essaie de traduire la même chanson allemande en hongrois… Et il perd pied quand il y a des interlocuteurs des 3 langues devant lui car il voudrait parler à chacun spontanément dans sa langue et en perd tout son vocabulaire. Du coup, nous nous sommes aussi donner pour règle avec mon mari de tenter de cloisonner les espaces: une langue pour un lieu. De plus, il comprend beaucoup de choses en anglais et me demande la signification des mots (alors que je n’ai pas du tout envie de lui apprendre, il apprendra cette langue à l’école comme tout le monde).
    Quand à ma fille qui a 2 ans, elle ne parle pas encore. Elle ne parle pas en allemand. Si bien que la crèche nous a demandé « de ne parler qu’en allemand à la maison! », chose impensable puisque nous avons vraiment besoin des 3 (voir 4 ) langues au quotidien et que personnellement, je préfère que mes enfants apprennent l’allemand à l’école, j’aurais trop peur que nous leur passions un mauvais accent ou des fautes de grammaire. Ma fille parle très peu. Elle ne parle ni en allemand, ni en hongrois, et dit 5/6 mots en français. La crèche m’a un peu inquiétée à ce propos… On verra la suite…
    Je trouve intéressant de partager ces expériences avec d’autres familles plurilingues. Mais en faite, je pense qu’il n’y a qu’en Europe que le plurilinguisme est mal compris car dans d’autres pays du monde, c’est la norme de parler plusieurs langues/dialectes.

    1. Ton expérience est très intéressante ! Je pense aussi que nous viendrons un jour à cloisonner les lieux mais j’ai pour le moment trop peur de changer quelque chose à notre modèle. Les crèches allemandes ne sont souvent pas très aidantes sur le sujet j’ai l’impression…

      1. Pour ma part, je n’ai pas eu cette expérience, c’est même l’inverse. Pourtant il s’agit aussi de Kita publiques en Allemagne et on en est à la troisième structure puisqu’on a déménagé et que nos enfants ont changé de structure une second fois après avoir déménagé. J’ai toujours entendu de la part employé(e)s que c’était bien mieux de parler sa langue maternelle et ils ont même demandé à une mère qui n’était pas allemande de plutôt parler sa langue maternelle, de ne pas « mélanger ». Là où j’habite il y a vraiment beaucoup d’enfants bilingues et dans la Kita on entend parler plein de langues (encore plus dans l’ancienne Kita). Cela ne gêne personne qu’ils ne comprennent pas. Un enfant bilingue met aussi souvent plus de temps à parler, ils ont toujours été rassurants pour ceux qui s’inquiètent.

        1. Là où j’habite, il y a aussi beaucoup d’enfants multilingues. Mais au niveau des Kitas, ça dépend vraiment de l’éducateur. Je suis tombée sur des personnes très compétentes et également sur des personnes très fermée… J’ai l’impression que ça dépend de où ils ont fait leur formation. La référente de ma fille (elle- même trilingue allemand/russe/tatar) nous stresse à ce sujet, car elle dit avoir eu beaucoup de difficultés elle- même petite avec les 3 langues. Mais je ne sais pas si ses parents ont respecté « une langue= une personne ou une langue= un lieu) ». Elle semble avoir voulu nous alerter sur le fait de « mélanger » les langues.

          1. De ce que tu racontes cette éducatrice a aussi tendance (comme tout le monde) à projeter son expérience…

  9. Effectivement, je pense que ce n’est pas simple au quotidien mais vous avez mis toutes les chances de votre côté pour que cela fonctionne. Et plus tard, ce sera une vraie chance pour eux, n’en doute jamais !
    Et ce qu’en pense les autres, bah, on prend, on écoute et surtout on fait le tri à notre manière !
    Bises
    Virginie

  10. Je trouve que c’est un merveilleux cadeaux que tu fais a tes enfants avec le bilinguisme. Une chance de connaître deux langues et une ouverture culturelle (oui les allemands sont quand même un peu différents culturellement,j’aurai bien donné exemple des chaussettes dans les birkenstock mais vu la recente mode des claquettes chaussettes ça tombe à l’eau).
    Je comprends aussi que tu tiennes a ce que tes enfants parlent français . J’imagine que tu as dû mettre de côté une partie de toi,de tes racines ,de ton identité en installant en Allemagne. Je trouve qu’il y a quelque chose de la filiation dans la langue,après tout, ne dit-on pas langue ‘maternelle’.Une sorte de fierté un peu comme quand l’enfant nous ressemble physiquement.

  11. Super intéressant ton article!
    J’ai déjà mangé chez une amie dans sa famille et c’était assez surprenant de voir les enfants parler allemand à leur papa et français à leur maman. On loupait des morceaux de conversation vu qu’un même sujet était débattu dans les deux langues… je pense que c’est une grande richesse pour les enfants et que ça ne peut être que bénéfique à long terme.

  12. C’est une vraie chance pour tes enfants et ne baisse pas les bras ! J’ai des amis qui vivent la même expérience que toi, et je vois à quel point c’est difficile de maintenir ces règles au quotidien, mais une fois que c’est acquis, c’est super ! et ensuite, pour eux, ce sera une vraie facilité d’apprendre d’autres langues, comme ils auront cette agilité intellectuelle. C’est très beau de ta part de vouloir partager un bout de toi, de ton histoire avec le français. Et puis, pour l’échange avec ta famille, c’est tellement important !

    1. Merci pour tes encouragements enthousiastes 🙂 . Je ne pense pas baisser les bras, je trouve aussi que c’est important même si je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi difficile.

  13. C’est une vraie chance je trouve Quelle richesse tu leurs transmets ! Sans contrainte, ni douleur, juste en vivant, ils intègrent leur origine, consolident leurs racines J’aimerai que tu ne doutes pas du bien fait de ta démarche Ils ne pourront que te remercier

  14. De mon point de vue, ce n’est pas vraiment la richesse apportée qu’il faut regarder, sinon, ça ne reste qu’un apprentissage supplémentaire, comme les mathématiques. Au contraire, s’ils sentent que c’est important pour toi, le français deviendra la langue de maman, donc toujours associée à une tendresse, quand l’allemand sera leur langue quotidienne. Je ne sais pas si je suis claire ? J’ai des amis portugais, donc parfaitement bilingues (à l’oral), ils sont de 2ème génération, donc habitent en France. Aujourd’hui encore, même s’ils évitent de parler portugais devant nous, avec leurs enfants, ça sort toujours en portugais pour les p’tits mots « câlin » ET pour les gronder. Je trouve ça rigolo en fait, c’est leur langue sentimentale.

    1. Ton commentaire me fait beaucoup réfléchir, merci ! Je suis moi-même issue d’une famille d »émigrés italiens et c’est drôle ce qui me reste de cette langue, qu’on ne m’a pas transmise, c’est justement ça d’ailleurs il y a encore souvent un « basta » qui m’échappe. J’adore le concept de langue sentimentale 🙂 .

      1. A mon sens, regarder l’apprentissage ou le bien que ça peut leur apporter dévoie vraiment l’objectif initial. Ce n’est pas réellement pour eux que tu le fais, tu n’attends pas d’eux qu’ils te disent plus tard « merci maman ». Dans ton propos, j’entends plutôt que tu veux partager quelque chose qui fait partie de toi, donc pourquoi ne regarder que cet aspect ? Si tu restes sur l’idée de la langue « sentimentale », les choses paraissent d’un coup beaucoup moins compliquées. C’est comme de partager une passion commune avec son enfant, qui peut être tout autre chose qu’une langue vivante.

  15. Je trouve que c’est chance, une belle opportunité que tu offres à tes enfants. Même si l’allemand sera toujours dominante, car vous habitez en Allemagne, leurs copains seront allemands, leur vie est allemande. Mais en leur apprenant le français, en leur transmettant un peu de ta culture, de ton pays, de ta vie aussi, ils se rendront compte un jour de leur richesse et de leur chance. Crois en toi, et avec l’appui de ton mari il n’y a rien de mieux. Je pense que c’est un bon choix celui que tu as fait.
    A la crèche de ma fille, il y a des enfants de plusieurs origines aussi. La copine de ma fille, son père vient d’Amérique du Sud. Il s’adresse à tout le monde en français, mais quand il parle à sa fille c’est en espagnol. Je crois qu’il s’en fiche un peu que les autres comprennent ou non, c’est leur discussion.

    1. Jusqu’à ce que les éducatrices me fassent cette remarque je m’en fichais aussi… Je comprends que ce soit un peu désagréable pour elles mais je leur ai expliqué pourquoi nous faisions ainsi et ai donc continué.

  16. En fait je comprends pour la première fois que cela doit être dur d’accepter que la langue la plus naturelle de ses enfant ne soit pas la même que la notre. La langue cela implique tellement de choses, une culture, des références, un système de penser aussi. Je suis loin d’être bilingue, mais je réfléchie vraiment différemment en français et en anglais. J’arrive vraiment à ressentir pourquoi cela peut être un crève cœur pour toi, et que cela les éloigne un peu de toi. J’imagine que c’est un cap à passer, une grosse gorgée amer à avaler. Ils vivent en Allemagne, ils seront et parleront Allemands avant tout. Mais les racines sont des choses puissantes quand on grandit. Voilà trois ans que mon père apprends le russe , son arrière grand-mère avait émigrée avant la révolution russe…

    1. Je suis contente d’avoir réussi à faire passer ce message alors parce que c’est vrai que c’est parfois frustrant, de l’extérieur j’ai toujours l’impression que les gens sont un peu « envieux » de ce bilinguisme, ils ne voient que l’aspect pratique et savoir, ils ne se rendent pas compte de la petite douleur qu’il génère aussi.

  17. Etant moi même bilingue depuis l’enfance (aujourd’hui je pourrais presque dire que je suis trilingue avec l’anglais), je peux t’assurer que c’est une réelle chance même si je n’utilise pas ma deuxième langue au quotidien.
    Durant mon enfance, et encore aujourd’hui je sers parfois de traductrice auprès des curieux mais personnellement ça ne m’a jamais embêté plus que ça. Il est vrai que mes petits frères sont moins à l’aise que moi au niveau de la prononciation notamment et aussi car, la famille s’agrandissant, les voyages au pays se sont fait plus espacés.
    Pour mon bébé je ne pense pas qu’il puisse être bilingue car ma langue naturelle est le français et même si je compte me forcer à lui parler en libanais, ce ne sera pas la langue la plus spontanée. Donc j’ai déjà dis à mes parents qu’ils s’obligent à lui parler dans leur langue pour que, même s’il ne la parle pas, au moins il la comprenne et sache de quoi on lui parle lorsqu’on ira visiter la (très grande) famille.

    1. Merci beaucoup de m’encourager dans ma démarche, c’est très important pour moi d’avoir des témoignages de personnes qui ont connu cela enfant.

  18. C’est très intéressant de te lire à ce sujet car justement, je me posais récemment la question.
    C’est une chance pour eux ce bilinguisme mais aussi des valeurs, une culture, une histoire à partager. Pour le moment, il ne comprennent pas encore tout ce que ça apporte mais je suis certaine qu’ils en seront fiers par la suite.
    Mon amie qui était allemande et vivait en France parlait allemand en famille et français ailleurs. Après l’école, elle faisait ses devoirs français mais aussi quelques petits exercices allemands notamment car les manières d’écrire ne sont pas exactement les mêmes. Je crois que ça ne leur a jamais posé souci. Aujourd’hui, elle est bien plus que bilingue grâce à cette double culture: elle parle allemand, français, anglais, russe… Bref, elle a développé un vrai amour des langues et des cultures.
    Je te souhaite que ça soit pareil pour tes enfants et je comprends que ça soit important pour toi qu’ils n’oublient pas le français.

    1. Ce serait mon rêve je crois, que mes fils deviennent polyglottes et en tirent une grande ouverture pour les autres cultures 🙂 .

  19. j’ai tendance à voir le bilinguisme comme une chance. Pierre fait déjà de gros efforts d’expression dans les deux langues. Les amis autour de moi qui utilisent une deuxième langue à la maison (le turc dans un cas et l’anglais dans l’autre) ont tous les 2 des enfants qui à 3 ans comprennent parfaitement d’autre langue (celle qui n’est pas le français), mais ne répondent qu’en Français. Peut-être parce que c’est la langue qu’ils utilisent aussi entre eux à la maison.

  20. Ton article m’interpelle. Perso, je suis née en Belgique et mes parents sont Espagnols. J’ai été élevée en Belgique par mes grands-parents jusqu’à ma rentrée en primaire et eux, ne parlaient qu’espagnol. Quand je suis rentrée en primaire (j’ai, à peine, fréquenté la maternelle), j’avais un accent espagnol à couper au couteau (je roulais les « r », c’est dire) et tout est parti du jour au lendemain. Je suis heureuse de ma double culture mais je n’ai pas vraiment senti qu’elle était la bienvenue, à l’école.
    Aujourd’hui, je suis maman. Mon fils a 6 ans et je lui ai toujours parlé en espagnol car c’est ma langue de cœur et que je trouve que c’est un super enrichissement. Jusqu’à ses trois ans, il ne parlait quasi que cette langue (son père et moi sommes séparés) mais depuis qu’il est rentré à l’école et qu’il voit plus son père, le français est devenu sa langue dominante (normal). Il a encore tendance à mettre parfois un mot espagnol dans ses phrases en français …mais ça devient de plus en plus rare. A nouveau, à l’école, je n’ai jamais senti que « son » espagnol était le bienvenu et je trouve ça dommage que l’école reste fermée, à ce point, dans une société qui devient de plus en plus mixte. J’ai, parfois, eu l’impression qu’il y avait une forme de jalousie derrière ce genre de réaction.
    En ce qui me concerne, j’ai bien l’intention de continuer. Je répète, je trouve que c’est un super enrichissement pour l’avenir, au niveau culturel, linguistique et communication et j’essaie autant que possible de me détacher de l’avis du corps enseignant en la matière. Ils ne passeront pas toute leur vie à l’école de toute façon.

    1. Ca me donne de la force de lire des témoignages de ce genre afin de résister à l’éventuelle pression des professionnels. C’est vrai que le bilinguisme n’est pas toujours bien vu malheureusement. Mais grâce à ton histoire personnelle tu sais que ça vaut le coup !

  21. mes filles de 3 ans et demi et 2 ans sont egalement bilingue, mais le contexte est different: leurs deux parents sont francais, donc le francais est assez majoritaire dans leur vie (Elles vont au Kindergarten et Krabbelgruppe). Du coup c’est vrai que je leur parle allemand dans un contexte germanophone, parce que je peux comprendre cette frustration des Betreuerinnen. Mais a ta place, je tiendrais ta position, et je suis etonnee qu’elle ne le comprenne pas !

    1. Après en avoir rediscuté elles ont compris et acceptent désormais la situation 🙂 . J’aimerais cependant aussi parfois parler allemand avec mon fils dans certains contextes, car cela facilite les échanges évidemment. Peut-être lorsqu’il sera un peu plus grand !

  22. Ton article est très intéressant. Je trouve qu’être bilingue est une chance pour un enfant dont les parents sont un couple mixte. J’ai une amie qui est mariée à un japonais et qui y habite depuis plusieurs années et qui est maman de deux enfants qui ont neuf et six ans et elle leur parle en français depuis leur naissance, son mari en japonais et ils leurs parlent en anglais un petit peu aussi. Par contre pour l’école c’est pas top, car les enfants allants dans une école typiquement japonaise ( il n’y a pas beaucoup de lycées français dans le coin où ils habitent et ça coûte très cher), ils ont pas mal de difficultés à allier les deux langues, sachant que le japonais n’est pas une langue facile et du coup, l’institutrice de son fils lui a demandé à ce qu’elle se mette à parler en japonais, ce que je trouve complètement ridicule selon moi. Avoir la chance de pouvoir parler deux langues dès son plus jeune âge permet à l’enfant une meilleure logique et au niveau de réflexion (c’est ce que j’ai pu lire dans divers articles qui en parlaient). Je pense qu’il faut continuer à inculquer cette double nationalité aux enfants y compris dans le langage. Bref, je trouve ça super que ton fils arrive à bien différencier les deux langues malgré son jeune âge. D’ailleurs, est-ce qu’en Allemagne, il existe aussi dans des écoles types lycées français? (je suis curieuse ^^).

    1. Merci pour ton commentaire 🙂 . Bien sûr avec une langue comme le japonais, si différente, la difficulté est peut-être encore plus grande. Il existe des lycées français oui malheureusement pas dans notre ville, seulement dans les très grandes (comme Düsseldorf ^^).

      1. Merci pour ton retour. Je me doutais que les lycées français c’est souvent dans les grandes villes mais c’est toujours intéressant d’avoir le retour d’une personne qui habite le pays en question ^^.

        1. Il y en un vers chez nous mais honnêtement je préfère le système scolaire allemand ( ils n’ont pas beaucoup de cours, ils ont bien plus de temps les après-midis ) et ça voudrait dire les séparer des copains copines allemands pour privilégier un univers français, je n’ai pas envie de leur imposer ça. L’avantage du lycée allemand, ils y vont ensemble entre copains, ils sont pour la plupart voisins, etc. Mais effectivement, ils n’ont pas ou peu de français… On ne peut pas tout avoir. Si les deux parents sont français, évidemment c’est autre chose et mieux vaut qu’ils aillent dans un lycée français au cas où ils retourneraient en France car je crois que la différence de systèmes scolaires serait brutale .

          1. Je suis d’accord avec toi Sunrise. D’un côté parfois je rêve d’une école française pour le côté culture et langue françaises et d’un autre je crois que je préfère le système scolaire allemand 🙂 .

  23. C’est un bel article, très touchant C’est vrai qu’à force de te lire j’en oublie presque que tes garçons sont bilingues et cela me fait tout drôle de me dire que ton petit bonhomme parle naturellement et couramment 2 langues.
    Je n’ai pas d’expérience qualifiée dans le bilinguisme car quand j’ai travaillé en crèche franco allemande je ne comprenais pas un mot d’allemand donc les enfants venaient naturellement me parler dans un français parfait. Et en effet ils parlaient sans aucun problème en Allemand à l’éducatrice allemande. Mais cette expérience est biaisée car nous étions en France et donc avec le français comme langue  » dominante ». Je ne pourrais pas témoigner du niveau d’allemand de ces petits enfants .
    Je comprends parfaitement ta crainte de voir ta langue maternelle se perdre . C’est une part tellement importante de ta culture !
    Je ne sais pas si cela sera rassurant mais quand j’ai passé une année aux USA, j’ai parlé exclusivement anglais pendant un an. Cependant en rentrant en France j’ai utilisé de moins en moins l’anglais pour être carrément a un niveau quasi zéro aujourd’hui soit 15 ans plus tard. Et pourtant quand j’entends de l’anglais une fonction de mon cerveau semble s’activer et je comprends quasiment tout et je suis à nouveau capable de penser en anglais. Si une petite année a eu cet effet sur moi j’imagine que les nombreuses années de tes enfants à communiquer avec toi en français ne pourront jamais être oubliées. 🙂

    1. Je ne savais pas que tu avais passé une année aux États-unis, tu y as fait quoi ? Bien sûr je pense qu’ils n’oublieront jamais le français, et puis comme tu en as fait toi-même l’’expérience le rapport à une langue peut aussi fluctuer beaucoup dans une vie. Si un jour ils allaient étudier en France les rapports s’inverseraient même par exemple.

  24. Bonjour les filles,
    Ma fille a aussi la chance d´être bilingue. (allemand/français). Nous habitons en Autriche, à Vienne.
    Elle a commencé à parler bien l´allemand très tard.
    Petite, à l´école maternelle, comme toi, les « tantes » me demandaient de lui parler qu´en allemand, pensant qu´elle ne comprenait pas l´allemand ou peu. Elle était tout simplement passive. À la maison, nous parlions Français ensemble et en allemand avec son père. Plus tard juste avant son entrée à l´école primaire, la directrice m´a conseillée d´aller voir une orthophoniste, trouvant que ma fille avait un cheveu sur la langue. L´orthophoniste nous a garanti que notre enfant n´avait pas de problème d´articulation mais d´autres intonations dues à son bilinguisme. Ensuite son instit m´a demandé aussi de ne lui parler qu´allemand et d´arrêter l´apprentissage de sa langue maternelle (lecture/écriture) vu qu´elle rencontrait , selon elle, des difficultés en allemand. Elle était dans une classe francophone et corrigeait sa maitresse, ce qui l´a sûrement agacée. Elle n´a pratiquement jamais traduit ou mélangé ses deux langues. En revanche, elle a commencé à me répondre en Allemand, à l´âge de 8 ans et de choisir cette langue comme « sa langue maternelle » même si je continuais à lui parler Français.
    Elle l´a rejetée, expliquant que l´allemand était la langue du pays et celle de son père.
    Pour elle, le Français était devenu une langue « secrète »… elle s´en servait seulement quand elle ne voulait pas que les autres la comprennent.
    Aujourd´hui, ma fille va au lycée pas que d´autres personnes , en seconde littéraire, dans une classe bilingue (Français/Allemand). Elle ne se rend compte que maintenant que son bilinguisme est un cadeau. Elle a un 2 en Français (entre 18 et 16/20), 1 (entre 20 et 18/20)en littérature française et 1 en Allemand.
    Pour valider ses compétences en Français, j´ai souhaité qu´elle passe, tous les deux ans, un examen Français (DELF -Diplôme d’études en langue française) internationalement reconnu, pour que si jamais l´idée lui venait de faire des études en France ou dans un pays francophone, ca lui simplifierait la vie…
    Bonne chance à vous toutes.
    Astrid

    1. Merci beaucoup pour votre témoignage encourageant 🙂 . Et pour le conseil concernant le DELF je ne connaissais pas, c’est intéressant !

  25. Je suis une enfant bilingue, (enfin plus si enfant). Jusqu’à l’école, ma langue dominante était le khmer (langue du Cambodge), mes parents ne m’ont parlée que khmer. Et maintenant, je me dis beaucoup que je regrette presque cette période scolaire car le français est devenu ma langue dominante. J’ai perdu tellement le khmer, je réponds à mes parents en français alors qu’ils me parlent en khmer et ça me frustre énormément de devoir chercher mes mots alors que j’adore ma langue de mes origines (je ne suis pas métisse).
    Cette double culture est à entretenir, je te souhaite par dessus tout qu’ils ne perdent pas ta langue française. Votre mode est très bien, de parler français tous les deux devant eux. J’espère que tout cœur pour toi, qu’ils ne perdront pas le français, comme moi j’ai perdu le khmer.
    J’ai envie par dessus tout d’inculquer à mes futurs enfants ma langue d’origine et je vais essayer au maximum de le faire. Mais comme mon compagnon est Français et ne connaît que très peu de mots de cambodgien (un peu compliqué adulte d’apprendre une langue absolument ni latine, ni germanique), ça va être compliqué pour eux de comprendre qu’on aimerait qu’ils parlent aussi le khmer.

    Courage à toi ! Je suis certaine qu’ils n’oublieront jamais quoiqu’il en soit.

    1. Merci d’avoir partagé ton expérience ! Je suis heureuse de lire à quel point, chez beaucoup d’enfants bilingues, la langue des origines prend toute son importance à l’âge adulte 🙂 .

  26. alors je pense pouvoir également donner mon retour d’expérience sur ce sujet… Je suis maman de deux petits garçons, le papa est allemand et on vit en Allemagne. Mon aîné (5 ans) va au Kiga en Allemagne, mon petit (12 mois) va chez sa Tagesmutter… A la maison, je m’adresse exclusivement à eux en français et le papa en allemand (il ne parle pas le français malgré 10 ans de vie commune bref !). notre langue familiale est l’allemand. Le grand sait parler français et s’exprime extrêmement bien en allemand… il y a une grosse différence de niveaux entre les deux langues ! c’est pas facile à vivre tous les jours pour moi… j’essaie de compenser mais c’est un petit allemand !!!
    Pour le deuxième, on verra… je pense qu’il va prendre le même chemin que son frère !
    Mon grand est également fier de pouvoir parler deux langues…

    1. Bonjour Emeline, nous avons décidément pas mal de points communs ! Je comprends bien que cette différence de niveau entre les deux langues te pèse, c’est malheureusement déjà un peu pareil pour moi…

    2. Pareil ici Emeline et c’est ce qui fait la différence avec die französin: ils parlent français chez eux!! Du coup à 3 ans le français est naturel chez celui de 3 ans, c’est la langue commune de ses parents . Ce n’est pas le cas chez nous . Mon mari ne parle pas assez bien français non plus… Et l’allemand est clairement dominant, mes enfants jouent ensemble en allemand uniquement, ce qui me chagrine un peu. mais le principal c’est qu’ils comprennent tout et peuvent s’exprimer en français quand on est en vacances dans ma famille et c’est le cas. J’espère que mes garçons (3 ans) me parleront français aussi un jour! J’en suis sûre. Là c’est trop dur pour eux , peut-être d’ici un an.

      1. Alors mon aîné me parle en français et parlé à son frère en allemand quand je suis dans la pièce ! Il parle avec un fort accent allemand et avec des constructions grammaticales en Allemand ! Il comprend tout et peut jouer avec ses cousines françaises … il a tjrs très bien « switché » entre les deux langues ! Après, il est bp plus à l’aise dans la langue de Goethe par exemple, il dit tjrs « je vais dans ta chambre » (Pour dire la sienne) car il entend seulement la langue française de ma part et donc je lui dit « va dans ta chambre pour jouer » le « ma chambre » il ne l’entend pas…

        1. Emeline: ah oui c’est pareil pour mon aînée aussi (7 ans depuis peu) , elle me parle en français mais elle parle à ses frères en allemand car ils sont à la garderie ensemble, ils vivent en Allemagne, etc, c’est la langue qui lui est naturelle avec eux, elle n’arrive absolument pas à leur parler français malgré mon insistance.,. Je lui ai demandé des milliers de fois, j’ai abandonné !

  27. En lisant tous les commentaires, je me suis également fait la réflexion que l’on ne parle pas une langue comme on parle une autre. On réfléchit différemment en fonction de la langue (je sais que tu n’aimes pas la SF mais il y a un très beau film là dessus, c’est vraiment intéressant et pertinent).
    Je ne sais pas pourquoi mais j’aurais beaucoup aimé être bilingue, malheureusement c’est loin d’etre le cas et je vois toujours ça comme une tare dans notre monde actuel.
    Et tu n’imagines même pas comme c’est quelque chose que je regrette vraiment et qui m’angoisse presque. Je stresse d’ailleurs un peu à l’idee de rencontrer ton mari alors que je ne parle pas un mot d’allemand

    1. Je comprends tout à fait que ça puisse être un complexe de nos jours… et pourtant je pense que très bien maîtriser une langue vaut mieux que de n’en maîtriser aucune. Ne stresse pas pour la rencontre, Ulrich parle parfaitement français et serait même vexé si vous lui parlez allemand ou anglais !

  28. ton article me fait sourire. car parmi les réactions, je remarque à chaque fois les réticences de l’équipe éducative sur le bilinguisme dans les pays « développés » . ayant vécue dans des pays « en voie de développement » (j’utilise ces mots de façon non péjorative juste pour différencier hein) le bilinguisme est super bien vue, signe d’une bonne éducation, d’une intelligence supplémentaire alors que dans nos pays « développés » on te dit presque que tu refuses t’intégrer à ce pays ton enfant en lui parlant une seconde langue. . je trouve cela bien ce que tu fais. dis toi qu’il aura de bonnes notes en LV2 …

    1. Oui c’est drôle cette différence ! Ça me fera un argument supplémentaire à l’avenir envers ceux qui ont des réticences…

  29. Ah là là, tu dois te douter que cet article me parle beaucoup! Je me suis beaucoup posée de questions avant la naissance des petits (et je t’ai aussi beaucoup posé de questions hihi) et finalement ici on fait ce qui est naturel pour nous: je parle français, le père allemand, et on parle anglais entre nous. Tu m’avais dit alors que tu étais enceinte, que tu ne voudrais pas être la « prof » de tes enfants. Ça m’est resté et je trouve ça très sain: notre rôle premier, c’est d’élever des individus indépendants, heureux, bien dans leur peau, le bilinguisme, c’est secondaire (je me rends compte que c’est évidemment un luxe de pouvoir dire des choses comme ça). En bref, je crois qu’on doit continuer à faire ce qui nous semble naturel, tout en se posant des questions.

    1. Je suis touchée et un peu impressionnée que mes paroles te marquent à ce point 😉 ! Mais je suis tout à fait d’accord avec toi : ça ne doit pas devenir l’objectif premier de notre éducation.

  30. Hey, je me retrouve un peu dans la description que tu fais, étant l’ainée j’ai plus vécu ça que le reste de ma fratrie.
    On a toujours parler arabe et français a la maison mais de façon très naturelle sans circonstances ni « cloisonnement » des langues, papa parle toujours surtout français et maman toujours plus l’arabe du coup à mon entrée en maternelle je pensais que tout le monde parlait comme moi, la maitresse disait a mes parents que je parlais l’arabe à l’école parfois. Quelque soit la seconde langue qu’on parle je trouve que c’est une vrai richesse. Aujourd’hui souvent dans une conversation avec ma mère, elle parle arabe et moi français on se comprend mutuellement dans nos deux langues, même si je suis parfaitement capable de lui répondre en arabe c’est rare que je le fasse le français est ma langue « majoritaire » où je suis le plus à l’aise, dans laquelle j’ai étudiée etc… et ces pareil pour mon frère et ma sœur.
    Par ailleurs quand je suis dehors avec ma mère il m’arrive de lui parler en arabe, même si ça peut parfois ne pas plaire autour c’est une façon de s’accorder une discussion plus privée.
    Je me rend compte dans beaucoup situations que les expressions que ma mère utilise ne me viennent pas en français ou ne son pas traduisible et je me retrouve frustrée de ne pas trouver l’expression adéquate à la situation en français alors qu’elle serait parfaite en arabe.

    Je te dirais de lui parler français en toute circonstance, l’allemand sera surement sa langue dominante mais s’il pratique le français au quotidien ça lui restera il n’y a rien d’imposé du tout dans la pratique d’une langue, je n’ai jamais eu de souci en grandissant du fait de parler deux langues complétement différentes et dieu sait que je peux commencer une phrase dans une langue et la terminer dans l’autre x) par habitude l’allemand dominera surement mais le français sera toujours là.

    1. Merci beaucoup de ton témoignage c’est toujours très intéressant pour moi de lire l’histoire de personnes qui ont grandi avec deux langues comme mes fils !

  31. Coucou, je suis tombé par hasard sur ton blog et sur le bilinguisme des enfants. Personnellement, j’ai déménagé de Liège à Eupen, qui est en communauté germanophone et je passe beaucoup de temps en Allemagne vu que le centre ville d’Aachen n’est qu’à 15 minutes de la maison. Mon compagnon et sa famille son eux-mêmes bilingues car originaire d’ici. J’ai toujours voulu apprendre l’allemand qui n’est pas facile comme par exemple avec le neutre ou les mots qui n’ont pas le même genre en français et en Allemand. Du coup, je me suis lancé récemment dans l’apprentissage de la langue car nous aimerions déménager vers Berlin d’ici 1 à 2 ans. Du coup, je commence à lire des livres pour enfants et ce genre de choses car mon allemand est pour le moment très limité et je trouve les livres pour enfants plus ludiques et donc moins ennuyant à l’apprentissage. Ma question est donc si tu pourrais me communiqué les références des livres que ta soeur t’as conseillé? Merci d’avance! 😀

    1. Bonjour et bonne chance pour ton apprentissage de l’allemand ! C’est une langue que j’ai beaucoup aimé étudier. Concernant les livres de ma soeur je crois qu’il y a un malentendu, il s’agit de livres pour apprendre le français, du coup je pense que ça ne t’intéresse pas 🙂 .

  32. Bonjour,
    Un sujet très intéressant ! Mes franco – allemands à moi (11+15 ans, nos habitons en France) vivent la même chose. Par contre, nous parlons plus français qu’allemand .
    Les premières années nous n’avions que la télé allemande (kika ), cela nous a énormément aidé. Ils regardent sans souci des émissions en allemand. Mon aîné parle très bien allemand, il lui manque un peu de vocabulaire, mais il a peu de problèmes avec la grammaire.
    Le petit parle beaucoup moins bien et ne maîtrise pas très bien la grammaire, n’ose pas se lancer pour lire en allemand (mais veut vivre en Allemagne plus tard, hihi). Je suis abonnée au spiegel pour enfants, le grand le lit sans souci, le petit que les bd, blagues etc.
    Par contre, nous mélangeons les langues à la maison, je n’arrive pas à leur parler qu’en allemand (au bout de 18 ans en France!). Mais ils changent de langue très facilement et sans y réfléchir.
    Cette semaine, nous avons une correspondante allemande (échange scolaire) chez nous et le petit lui parle allemand spontanément.
    Niveau accent, c’est vrai qu’ils ont un petit accent indefinissable quand ils parlent allemand: Paul ne prononce pas comme il faut le ‘ch’, mais c’est léger et puis selon d’où on vient en Allemagne, on parle différemment ! Idem en France, je dirais 😉
    Il est en 3e maintenant et il tire profit de son bilinguisme comme je l’espérais : il a de grandes facilités pour l’anglais 🙂 il a une meilleure note en anglais qu’en allemand (il fait bilingue allemand/ allemand depuis la 6e à défaut d’être assez proche d’un lycée allemand!). Mais pour l’allemand, il n’apprend jamais, gloups. Il ne voit pas l’intérêt d’apprendre la grammaire alors qu’il la maîtrise de fait… Il sert de dictionnaire vivant à ses camarades d’ailleurs 😀
    N’ayez crainte… tout se passera bien et ils seront de vrais petits européens !
    Bonne journée a tou(te)s

  33. Mes cousins sont franco-tchèque.
    Ils sont tous nés à Prague d’un père français et d’une mère tchèque. 4 sur 5 ont commencé leur scolarité là bas et ont donc appris un peu d’anglais en plus.
    Aujourd’hui, les 3 plus grands s’expriment indifféremment dans une langue ou dans l’autre. L’aîné à 11 ans et la petite dernière 18 mois (elle ne parle pas encore).
    Leur mère leur parle tchèque, leur père leur parle français. Ils peuvent mener des conversations où l’un parle français et l’autre répond en tchèque sans problème. Nous, on leur parle uniquement en français mais ça n’a jamais posé de souci.

    Tous ont parlé plus tard que la moyenne mais c’est très courant dans le cas d’enfants dans un contexte multilingues. Aujourd’hui, ils s’amusent à nous apprendre le tchèque ou à faire leurs bêtises en tchèque !

    Pour moi, c’est une vraie chance. Ils parlent déjà plusieurs langues et ont des facilités pour en apprendre d’autres. Dans un monde comme le nôtre, c’est énorme. Et aucun n’a l’air perturbé de tout ça.

    1. Merci pour ce témoignage très rassurant 🙂 c’est vrai que c’est une chance dans notre monde actuel même si bien sûr j’ai un point de vue plus sentimental que rationnel sur le sujet.

  34. Je trouve ça génial le bilinguisme. Tes enfants apprennent une autre langue avec une grande facilité. Je pense que c’est vraiment un atout pour la suite.
    De plus, je comprends bien que tu tiennes à ce qu’ils parlent Français, car c’est ta langue et aussi leurs racines 🙂

    1. Oui c’est ça, ça va au delà de la langue. Comme l’a dit une lectrice en commentaire c’est ma langue sentimentale 🙂 .

  35. Comme d’habitude, que c’est passionnant de lire tes expériences et cheminements ! J’avais une petite question : Ulrich et toi, vous parliez quelle langue ensemble avant l’arrivée des enfants ? Je ne peux qu’imaginer les doutes qui t’assaillent quant au rapport de tes fils avec le français, mais il est certain que quel que soit leur rapport avec cette langue plus tard ça leur apporte beaucoup, à tous points de vue. Ils n’ont pas fini de t’étonner ^^

    1. Tu as raison 🙂 . La première année après notre rencontre Ulrich et moi parlions anglais. Ensuite nous avons parlé majoritairement allemand pour que je me perfectionne avant mon installation. Et puis quand nous avons envisagé d’avoir des enfants nous sommes passés au français !

  36. Comme je peux comprendre l’engouement pour cet article et toutes les réactions!
    Ma petite a 16 mois et je lui parle en permanence en français. J’explique toujours aux gens autour de moi en une ou deux phrases la raison pour laquelle je le fais et jusqu’ici, tout le monde a été très compréhensif, soulignant le fait que c’est vraiment « une chance » pour elle. La majorité des allemands ici comprennent suffisamment de français pour entendre que les sujets ne méritent pas d’être traduits (« on va changer ta couche? Tu mets tes chaussures »… Bref je me reconnais dans l’article).
    Son père parle à la maison, je parle français (y compris avec lui) mais elle me réponds en allemand (« ja ») et même si elle dit quelques mots en français (« tututte », « loup »), c’est l’allemand qui domine. Je trouve ça bizarre qu’elle me réponde « ja » et j’essaie de me rassurer en me disant que ça viendra plus tard. C’est très émotionnel mais oui: je veux qu’elle parle français. Comme on vit in the middle of nowhere de la franconie, j’ai peur qu’elle n’ait pas assez d’influences francophones pour lui donner envie d’apprendre la langue…
    Dès demain je mets la radio en fond sonore H24 😀

  37. Je réagis un peu tard mais mieux vaut tard que jamais 😉 Je comprends tes inquiétudes mais je ne crois pas que tes fils bouderont le français ou le parleront nettement moins bien que l’allemans. Si vous parlez français à la maison et que tu maintiens le lien avec ta famille en France vivant (je trouve personnellement que tes appels en vidéo aident énormément), tu n’as pas de raison de t’en faire. Je suis dans la même situation que toi (fils franco-allemands en bas âge, Kita allemande, mari allemand et langue commune familiale étant le français) à la différence près peut-être qu’à Berlin il y a une grande communauté française qui aide à entretenir sa langue maternelle. J’ai choisi d’être détendue par rapport à l’apprentissage du langage et de préserver au maximum la qualité de la communication avec mes enfants. S’ils me répondent en allemand je leur réponds en français, il m’arrive de leur dire quelques phrases en allemand à la Kita ou avec des amis allemands mais non systématiquement. Parfois un mot me vient en allemand quand je parle français alors je me permets de leur dire pour être plus fluide dans ma communication. Quand je trouve le terme exact en français, sur le tard, je me corrige. Ce n’est pas une méthode puriste mais j’espère qu’elle portera quand même ses fruits! En tout cas courage à toi et surtout aies confiance en tes enfants, ils sauront sûrement bien gérer leur bilinguisme.

  38. Chez nous, chacun parle sa langue aux enfants, mon mari et moi nous parlons en français. L’allemand était la langue dominante des enfants tant qu’ils étaient au Kita. Le français a repris de l’importance à partir du moment où ils ont été scolarisés au lycée français. Cela les a rassurés de rencontrer des enfants bilingues comme eux, de ne plus se sentir différents. Et puis clairement grâce à l’eCole bilingue ils apprennent à écrire correctement leurs deux langues, je ne me sentais pas capable de leur enseigner le français écrit.
    Je ne leur parle jamais allemand, à part en présence d’un tiers qui ne comprend pas le français, car je n’ai jamais voulu les imprégner avec mes fautes et mon accent. Eux ont la grande chance de parler les deux langues sans accent !
    Persévére et ne te décourage pas. ( et regarde le magazine Abricot, plus adapté à mon avis pour un enfant de trois ans que Toupie)

    1. C’est sûr que le lycée français doit être un gros avantage ! Je regarderai Abricot lors de notre prochain passage en France, merci pour l’idée !

  39. Bonjour, je voulais partager ma propre expérience car ton article m a fait me souvenir à quel point ce sujet me préoccupait quand ma fille était petite. Française, conjoint espagnol, ma fille de 6 ans née en Espagne, langue à la maison, espagnol et système scolaire espagnol-bilingue anglais (c’est comme ça ici). En crèche dès sa 1ère année. Je lui parle en français mais comme tu dis… sa langue dominante est l‘espagnol, quand je voyais que ça lui coûtait de me raconter sa journée en français, dixit ta soupe au chou fleur… je m’en suis dit 1. Je ne suis pas sa maîtresse, je suis sa mère 2. Elle apprendra le français correctement seulement si elle en a envie donc mon rôle était de l’aider à aimer ma langue qui reste ma langue de cœur…. j’ai beaucoup utilisé les livres été surtout la musique (radio pomme d’Api par ex) comme elle adore danser, ça a marché… à 5 ans, elle a appris à lire… c’est un moment crucial pour elle… là j’ai arrêté de lire, on a continué la musique et parler entre nous, elle a 7 ans parle le français avec envie, quand nous passons quelques jours en France, elle revient en parlant avec plus de facilité… ma grande chance je dois reconnaître est que l’ecole est très aidante. En CP, elle a maintenant 1h de français hebdo et ça a normalisé ma langue dans son environnement scolaire… je crois que le bilinguisme est avant tout une question de quelle relation tu veux avoir avec tes enfants, il faut une certaine harmonie. J’ai lu les ouvrages de Barbara Abdellah-Bauer et cela m’a beaucoup aidé. Aujourd’hui, je suis moins stricte et quand elle me raconte sa journée en espagnol, je lui réponds en français et elle continue en espagnol. Quand elle est avec mes parents, elle leur parle en français et ils peuvent partager de bons moments.

      1. Comme disait Albertine, tu trouveras ton niveau de souplesse sur la transmission de notre langue et tes enfants sauront te montrer comment ils souhaitent partager ta culture… tu proposes, ils disposeront… confiance est effectivement le maître mot de l’expérience

  40. Nous avons utilisé les mêmes règles. Mon aînée a 40ans. Nos 3 enfants continuent de parler espagnol avec leurs mere même en public. Je n’ai pas le « droit » de parler espagnol avec eux. Nous avons déménagé en Autriche où ils ont été scolarisés dans le lycée français. Leur apprentissage dans la langue allemande a été plus rapide que pour les autres petits français. Le garçon a eu des difficultés scolaires, mais à mon avis sans rapport avec le bilinguisme. Les filles ont fait des études brillantes. Les trois sont quadrilingues avec l’anglais. Les trois ont travaillé en anglais. L’une des filles parle aussi italien, russe et arabe, mais elle est discrète sur son niveau.
    Ayez confiance.

  41. il y a un couple franco-allemand dans ma famille, vivant en France. Et malheureusement la maman allemande n’a presque jamais parlé allemand aux enfants. Leur grande a un niveau en allemand équivalent à celui de ma fille, qui est en 1e année !
    C’est dommage je trouve. C’est une grande richesse pour un enfant que de maîtriser plusieurs langues, et effectivement, cela demande de la rigueur comme tu le soulignes.
    Tu construis leur avenir en maintenant ce cap !

    1. Je connais beaucoup d’adultes qui n’ont pas appris la langue de leur parent étranger et le regrettent tous beaucoup je suis donc malgré tout très motivée à continuer 🙂 .

  42. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Ici c’est moi l’allemande en France. Je parle allemand avec mes enfants mais je parle aussi beaucoup français. Mes garnements avaient commencé à parler allemand à la crèche et on s’est fait un peu remettre en place par les puéricultrices malheureusement ..

    1. C’est dingue ! Du coup je découvre ton blog et je sens que je vais y revenir ça me plait beaucoup d’avoir ton point de vue en miroir de ma vie 🙂 .

  43. Très intéressant.
    Une belle réussite pour vous, et c’est certainement une bonne idée d’avoir pensé à harmoniser en parlant aussi français entre vous.
    Une amie française a épousé un hispanophone avec lequel elle vit en Angleterre : leurs enfants (6-8 ans) comprennent parfaitement les 3 langues mais ne parlent pas espagnol ou très peu. Ils utilisent l’anglais à l’extérieur et le français à la maison, même si leur papa leur parle exclusivement en espagnol. Les parents gardent principalement le français entre eux, ça joue beaucoup je crois.
    Bravo en tout cas.

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