Les misérables : récit d’un coup de foudre

Les misérables : récit d’un coup de foudre

Vous vous souvenez sans doute que j’ai commencé à être alitée au mois de mai. Au cours de ce mois j’ai ainsi lu pas moins de trois livres. Et puis je me suis dit que pour une fois que j’avais du temps à perdre, il serait bien de le mettre à profit, de saisir cette occasion pour lire un vrai long classique.

C’est une chose que je fais régulièrement quoiqu’il en soit : l’année dernière je m’étais ainsi attaquée à Alexandre Dumas et Marcel Proust pour la première fois, de gros trous dans mon parcours littéraires. Cette fois, c’est ma copine Chat-mille qui m’a soufflé l’idée. Ou son mari pas du tout Kikoolol je ne sais plus. C’était en tout cas une vraie bonne idée ! Si j’ai un peu peiné pour terminer les romans des deux auteurs cités précédemment cette fois c’est tout l’inverse : j’ai fini plus tôt que prévu les cinq tomes et plus de 2000 pages. Et je ne m’en remets pas. Je reste émue, incapable de passer à autre chose, d’ouvrir un nouveau livre pour le moment. Je ne rêve que de retrouver Cosette et Jean Valjean. Un peu plus et je changeais d’idée pour le prénom du Krümmel ! Il est né quelques jours seulement après que j’ai refermé ce roman.

J’aurais dû m’en douter. Tout ce que je connaissais de Victor Hugo jusqu’à maintenant m’avait déjà passionnée : la légendes des siècles, les châtiments, le dernier jour d’un condamné… Mais j’ai lu tout ça il y a longtemps, en terminale. Je me suis donc laissée de nouveau surprendre par son immense talent.

Comment vous résumer cette histoire ? C’est celle d’un ancien bagnard, Jean Valjean, recherché par la police, qui tente de mener une vie libre et bonne. L’intrigue est très efficace et m’a tenue en haleine jusqu’aux dernières pages, c’est sans doute là une des grandes qualités de Victor Hugo.

A cela s’ajoutent deux ingrédients majeurs : un grand nombre de réflexions politiques, parfois directement issues du contexte du 19ème siècle (l’Empire, la Restauration, la République), parfois incroyablement actuelles (sur l’instruction pour tous ou les effets de la pauvreté) ; ainsi qu’un style magistral et très agréable à lire, toujours précis sans être ennuyeux.

Au cours de ma lecture, j’ai noté un certain nombres de citations que je vous livre ici avec l’espoir de vous appâter.

« L’idéal pour Javert ce n’était pas d’être humain, d’être grand, d’être sublime ; c’était d’être irréprochable. » J’ai adoré la description de ce fonctionnaire de police, et ne peux pas nier y avoir retrouvé certains aspects critiquables de ma vie professionnelle.

« Aimer ou être aimé, cela suffit. Ne demandez rien ensuite. On a pas d’autre perle à trouver dans les plis ténébreux de la vie. Aimer est un accomplissement. » Cette citation fait relativiser beaucoup de choses je trouve et puis elle est si vraie. Quand je la lis je me dis que j’ai déjà été bien gâtée par la vie…

« On peut rêver quelque chose de plus terrible qu’un enfer où l’on souffre, c’est un enfer où on s’ennuierait. » La fille très active que je suis se reconnaît bien dans cette description. J’aurais presque pu en faire la devise de mon alitement !

« Quant aux couvents, ils offrent une question complexe. Question de civilisation, qui les condamne ; question de liberté, qui les protège. » Cette longue réflexion sur les couvents dans le texte m’a beaucoup intéressée, je trouve qu’on pourrait la transposer sur la question du voile intégral.

« Il y avait quelques cadavres ça et la, et des flaques de sang sur les pavés. Je me souviens d’un papillon blanc qui allait et venait dans la rue. L’été n’abdique pas. » C’est tellement bien écrit… et tellement vrai encore ! Ça ne vous ai jamais arrivé, de vivre un moment terrible et d’observer au même moment comme un bout de nature joli qui résiste ?

« Faisons passer son examen à votre ordre social, montrez-moi la femme et l’enfant. C’est à la quantité de protection qui entoure ces deux êtres faibles que se mesure le degré de civilisation. » Beaucoup de réflexions politiques contenues dans le livre évoquent la femme et l’enfant. La femme est toujours présentée comme un être faible, misérable parmi les miserables.

Et enfin celle qui me touche le plus peut-être. C’est un grand père qui parle du petit enfant qu’il a élevé : « Le matin, quand il entrait dans ma chambre, je bougonnais, mais cela me faisait l’effet du soleil. » C’est tellement ça, ce que je ressens tout le temps avec mon premier fils. Souvent il m’agace, me prend tellement d’énergie et de temps. Et en même temps j’ai toujours au fond de moi cette conviction qu’il n’y a rien de plus merveilleux que sa présence.

Qu’est ce que je pourrais vous dire de plus de ce chef d’œuvre ?  Vous en connaissez certainement déjà les personnages principaux, ils sont entrés dans notre patrimoine national je crois : Javert, Gavroche, les époux Thénardiers… Je ne peux que vous inviter à le lire dans sa version originale. Je n’aurais jamais imaginé y prendre tant de plaisir !

42 réactions au sujet de « Les misérables : récit d’un coup de foudre »

  1. Les misérables : étudié en licence, relu au moins 3 fois depuis… je suis amoureuse de ce roman.
    Un des prénoms était / est dans ma liste. L’amoureux n’a pas validé. Il m’en a proposé un autre provenant aussi de ce livre mais si j’aime la sonorité, la référence au personnage me plaît moins…
    Bref, je parle de prénoms pour t’éviter un roman sur ce que je pense de ce roman mais je suis contente qu’on est ce point commun de plus

  2. Je l’ai lu quand j’étais ado dans une version abrégée et j’avais adoré. Il faudrait bien que je m’y remette ! Il y a quelques temps j’avais relu « Notre-Dame de Paris » et je n’avais pas été déçue !

    1. De mon côté j’avais lu Notre Dame de Paris pendant ma scolarité et je m’en souviens encore trop bien pour avoir envie de le relire.

  3. Je l’ai déjà lu, pour mon plaisir et aussi pour les études ! Mais ton article m’a donné envie de le relire !
    Moi aussi je me lance des défis littéraires ! Il y quelques années je m’étais lancée dans la lecture des rougons macquart ! 6 mois pour lire toute la saga de Zola !

    1. Ouah super ce défi des Rougons Macquart ! Je le relèverais volontiers aussi mais en ce moment les nuits sont trop courtes pour me concentrer suffisamment… Peut-être dans quelques mois !

  4. La littérature n’est pas trop mon truc. Avoir été obligé de lire des livres durant ma scolarité m’a un peu fâché. Mais la lecture de ton article me dit pourquoi pas. Ce ne sera sûrement demain que je lirais Les misérables mais qui sait peut être un jour. En tout cas ça me rappelle que j’avais adoré Germinal de Zola

    1. J’ai détesté aussi cette obligation scolaire à lire. J’ai eu le déclic pour la lecture grâce à une prof de troisième qui nous avait autorisés à lire le livre de notre choix, tout simplement.

  5. c’est vrai que tout le monde connait les misérables… mais qui l’a vraiment lu ? je me souviens quand j’étais petite il y avait eu une comédie musicale sur le sujet, mais seul mon frère y était allée ( je devais être trop petite) mais dans cette comédie, impossible de retrouver les phrases que tu cites… en tout cas tu me donnes envie.. je me souviens de mes années de première et terminale, ou je dévorais tous les Zola, alors que mes camarades faisaient grise mine… mais Victor Hugo, je crois que je suis passée à coté.. mon plus gros souci va être de trouver le temps !

    1. Certains Zola que je n’ai pas encore lus font désormais partie de ma liste de livres à lire ! Mais bien sûr ces longs pavés demandent un peu de temps.

  6. J’ai un souvenir mitigé des Misérables, lus trop jeune, probablement. Certains passages m’avaient déprimée pour un bon moment, celui où Fantine vend ses dents, en particulier !
    Quand j’ai croisé, à la crèche, une mini-Fantine de 2 ans, je me suis demandée comment on pouvait faire ça à une enfant !
    Je me suis offert une liseuse il y a peu et j’avoue que, en vacances, en attendant le tram, dans une salle d’attente, ou même pour lire pendant que Monsieur dort, c’est top !
    J’en profite pour te dire que j’aime beaucoup te lire et que je vous souhaite, à Pierre, Charles et toi, de belles heures d’été. Oups et à Herr Doktor aussi !

    1. Merci beaucoup Yanne ! Je suis ravie de ma liseuse aussi. Et le passage sur Fantine est en effet terrible et d’un autre côté sans doute très réaliste concernant le degré de misère dans lequel vivent encore certaines personnes sur terre.

  7. J’aime toujours autant tes critiques de livres et ta façon de transposer à notre monde actuel. Depuis que tu publies tes fiches de lectures, je m’éforce de prendre mes lectures différement, mais irrémédiablement, je suis prise dans le tourbillon de l’histoire et plus rien ne compte autour de moi jusqu’à ce que je ferme la dernière page.
    Les Misérables est un très beau roman. J’avais beaucoup aimé. En même temps que d’être plongée avec les personnages, Victor Hugo nous parle de certaines phases d’Histoire. En plus d’être un beau roman, il est très instructif. J’ai pleuré à plusieurs reprises. Il m’a beaucoup ému. Les passages forts pour moi sont : la déchéance de Fantine m’a boulversé, la fuite dans les égouts, la rencontre entre Marius et Causette et puis la toute fin.
    Merci de m’avoir fait replonger dans cette lecture.

    1. Oh ce que tu dis de mes critiques me touche beaucoup ! J’ai toujours peur qu’elles soient ennuyeuses. J’ai aussi beaucoup aimé les passages que tu cites sauf peut être celui des égouts un peu trop dégoûtant à mon goût ! J’ai adoré en revanche les dilemmes de conscience de Jean Valjean.

  8. Tu m’intrigues beaucoup sur ce livre qui m’a toujours fait de l’œil. J’aime beaucoup la dernière citation du grand père. C’est tellement vrai et intemporel!
    Je ne suis pas sûre d’avoir le temps (je ne trouve pas le temps de lire un livre de 200 ou 300 pages…) et surtout de réussir à lire Victor Hugo. Mais je pense que j’y jetterai un œil, histoire de voir si le style me plait afin de découvrir enfin l’histoire des misérables car finalement, je ne la connais que de part les récits des autres.

    1. Sincèrement j’ai trouvé Victor Hugo plutôt facile à lire en comparaison d’autres classiques ! A part quelques longues descriptions ce n’est vraiment pas compliqué (en comparaison de Proust par exemple qui m’avait assommée).

  9. Comme toi je trouve que Victor Hugo maîtrise tous les styles à la perfection (j’ai un souvenir ébloui de ma première lecture du poème magistral « Les Djinns ») !
    J’ai dévoré Notre Dame de Paris et Les Misérables il y a déjà plus de 10 ans mais tu me donnes envie de m’y replonger ! Je le fais souvent avec Le Comte de Monte-Christo de Dumas ou certains volumes des Rougon-Macquart de Zola que j’affectionne particulièrement mais je n’ai encore jamais relu Victor Hugo 🙂
    Bref j’aime beaucoup cet article !

    1. Merci ! De mon côté je vais sans doute désormais m’atteler aux classiques que tu cites : Zola ou le Comte de Monte Cristo. Et ma rencontre avec Hugo fut « la conscience » un vrai choc aussi !

  10. Eh bien ! Très jolie description, d’un livre souvent décrit comme long et ennuyeux ! Aller, je le met sur ma liste des livres à lire quand j’aurais du temps… 🙂

  11. Tu m’as donné trop envie de le lire !
    Je l’ai dans ma liseuse depuis des siècles mais je n’ai jamais trouvé le temps !!! Par contre j’avais lu notre dame de Paris et j’avais été conquise, tout comme avec Germinal d’ailleurs !!!

  12. Franchement tu m’as donné envie de le lire ! Peut-être que je m’y mettrai quand j’aurai fini les 3-4 livres que j’ai prévu de lire pour l’instant… J’ai un souvenir du téléfilm les misérables avec Gérard Depardieu que j’ai du voir quand j’avais 11-12 ans …mais je me souviens du personnage de Javert qui m’avais particulièrement marqué 😉 !
    Pour parler de classiques, j’ai lu dernièrement « les liaisons dangereuses » et je suis aussi bien entrée dedans même si l’histoire est particulière et les personnages principaux parfois détestables, c’est assez étrange de ne pas s’identifier à eux du coup, ou de ne pas toujours comprendre leurs actions. Mais ça m’a plu.
    J’aime bien que tu nous mette des citations, ça donne encore plus envie.

    1. Moi aussi j’ai vu ce téléfilm et Javert m’avait fascinée ! Il était joué par John Malkovitch ce n’est pas très étonnant. Et du coup j’hésite à m’acheter les DVD maintenant pour les revoir 🙂 .

  13. Je ne lis plus suffisamment, Je le regrette parfois, surtout que c’est clairement à la faveur d’un plongeon dans une série télévisée. Mais cela fait très longtemps que je me dis qu’il faut que je lise Les Misérables. Tu as confirmé mon envie. Merci

    1. J’ai de la chance peut être de n’avoir jamais accroché avec les séries ça me laisse un peu plus de temps pour le reste 🙂 .

  14. Tu as réussi à me donner envie ! Et ce n’était pas gagné, autant j’aime les poèmes de Victor Hugo, autant j’ai un très mauvais souvenir de Notre Dame de Paris qu’on nous avait fait lire au collège, ce qui ne m’avait pas du tout donné envie de lire ses autres romans. En dehors de Zola que j’aime vraiment beaucoup, j’ai généralement du mal avec les auteurs du 19e (je n’ai jamais compris Raphaël qui adore et relit Stendhal par exemple). Je vais le mettre dans ma liste pour cette année !

    1. J’ai aussi lu notre Dame de Paris dans ma scolarité et il ne m’a en effet pas tellement marqué. Peut être aussi que nous étions trop jeunes pour l’apprécier ? En tout cas il ne te reste plus qu’à trouver le temps pour 2000 pages alors maintenant 🙂 .

  15. J’ai fait pareil que toi il y a 4 ans, je l’ai lu durant l’été. J’adore Victor Hugo et je me suis régalée.
    Je l’ai souvent étudié avec mes élèves et ils aiment beaucoup, c’est très actuel pour bcp des sujets qu’il traite !

  16. 2000 pages, wahou ! C’est super que tu aies profité de ton alitement pour t’attaquer à une oeuvre ! Personnellement, je n’y arrive pas encore pour le moment à la maison. J’ai beaucoup lu à l’hôpital mais chez moi, j’ai du mal, je suis toujours dérangée … J’aime lire le soir mais avec M. qui dort encore dans notre chambre (dans le dressing, parents indignes !), c’est impossible … Et j’avoue avoir été dégoûtée des classiques par une prof de français au lycée… Un jour peut-être ! En attendant, je tricote lol
    Petite question : tu prends autant de plaisir à lire sur ta liseuse qu’avec un vrai livre ?

  17. Oh oui Les Misérables, j’en garde un bon souvenir de lecture, je me souviens que je ne voulais pas que ça s’arrête… Signe évident que je lisais un bon roman ! 🙂

    1. Tu as raison c’es toujours LE signe qui ne trompe pas 🙂 . En plus pour moi je me doutais que ma grossesse se terminerait peu de temps après l’avoir refermé…

  18. Au début je pensais que je ne lirai simplement pas cette rubrique, car cela m’intéressait moins. Et pourtant ! Que tu as bien fait de n’écouter que tes envies ! C’est plus que réussi et je me surprend à lire ces articles avec autant de plaisir que les autres.
    Là c’est encore plus particulier, car je repense à ta petite confidence sur Marius tu m’as vraiment donné envie de relire ce classique. Merci

    1. Oh ça me fait très plaisir que malgré tes réticences initiales cette rubrique te plaise ! J’aime bien aussi lire des romans où les héros portent le prénom de mes fils 🙂 .

  19. Tu m’as convaincue d’essayer; c’est bon il est dans mon Kindle et je tente le coup pendant mes vacances qui commencent demain (j’ai un peu peur, j’avoue mais un gros pavé classique c’est un peu comme rentrer dans la piscine, dès qu’on a fait une longueur, en général ça va mieux et sinon au pire on va se réchauffer au sauna — disons que le reste des livres téléchargés ont moins la classe mais ils me réchaufferont si l’eau est trop froide !)

    1. C’est exactement comme tu dis pour la piscine ! D’autant plus que, je te préviens, le début est particulièrement long (avant que Jean Valjean fasse son apparition). En revanche moi je n’ai pas eu besoin de pause sauna 🙂 !

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