L’autre qu’on adorait

L’autre qu’on adorait

C’est un livre pas facile que je termine aujourd’hui. Un livre qui parle de dépression et de suicide, d’une trajectoire de vie ratée. J’en avais beaucoup entendu parlé dès sa sortie, puis mes parents me l’ont offert à Noël. Je ne sais pas s’ils ont perçu les points communs qu’ils pouvaient y avoir entre son héros et moi.

  • Titre : L’autre qu’on adorait
  • Auteur : Catherine Cusset
  • Edition : Gallimard
  • Année : 2016

Quelques informations de contexte

Catherine Cusset est un auteur contemporain qui a déjà rencontré quelques succès. J’avais notamment lu et beaucoup aimé « un brillant avenir » prix Goncourt des lycéens en 2008. Le livre dont je vous parle aujourd’hui a fait partie des finalistes pour l’obtention du prix Goncourt l’an passé. Il a donc probablement été longuement disséqué par la critique à l’époque. J’ai fait attention d’en lire le moins possible avant de rédiger ce modeste article.

Résumé

L’originalité de ce roman tient au fait qu’il est presqu’entièrement rédigé à la première personne du singulier : « Tu ». L’auteur s’adresse ainsi en permanence directement à son héros. Il a été rédigé à partir de l’histoire vraie d’un ami de l’auteur.

Nous suivons ce héros, Thomas, de ses dix-sept ans jusqu’à la fin de sa trentaine. Lorsque nous le rencontrons au début du roman, il est un jeune étudiant parisien et brillant en classe préparatoire littéraire. Nous le quittons le jour de son enterrement, qui fait donc suite à son suicide – et je ne vous révèle rien en vous le disant, puisque la fin est annoncée dès le début.

Que se passe-t-il entre les deux évènements, pendant les 275 pages du roman ? Une succession de faits malheureux, qui empêchent Thomas de construire sa vie, de « se poser » comme on dit. Alors que tous ses anciens camarades s’établissent dans leur vie professionnelle et personnelle, décrochent des emplois stables, fondent une famille, il enchaîne une expatriation aux Etats-Unis, les contrats précaires et les relations passionnelles sans lendemain.

Des parallèles entre ce livre et ma vie

J’en ai trouvé bizarrement beaucoup, je me suis beaucoup identifiée aux héros du livre. Pas forcément à Thomas, mais aussi à ses amis. Vous savez peut-être que j’ai fait une classe préparatoire littéraire et que j’ai étudié à Paris, le début m’était donc familier. Mais au delà, je me suis beaucoup reconnue dans ces enjeux de la vingtaine. Je me suis toujours dit qu’au fond, c’était une période de la vie très stressante, parce qu’elle était déterminante. Et en effet c’est ce qu’on voit très bien dans ce roman : c’est à ce moment là que le destin des personnages se noue, dans un sens ou dans l’autre.

A travers le chemin de Thomas, j’ai aperçu ce qu’aurait pu être ma vie si je n’avais pas fait ce que je considère aujourd’hui comme étant les bons choix.

Pendant un an j’ai hésité entre la fonction publique, une certaine tranquillité et ma passion pour l’histoire russe. J’ai choisi la première, comme vous savez. Et si parfois je regrette encore de ne pas avoir de métier-passion, je me dis que, comme Thomas, je n’aurais sans doute jamais supporté la précarité d’une autre voie.

Longtemps j’ai savouré de petites histoires passionnelles sans lendemain. Et puis un jour j’ai rencontré mon mari et je ne sais pas trop pourquoi, j’essaierai de vous expliquer peut-être un jour, j’ai choisi de construire une famille avec lui. Et je mesure mon bonheur quotidien aujourd’hui.

Thomas n’a pas eu ma chance, peut-être pas ma volonté aussi, il souffrait apparemment de troubles psychologiques graves. Mais je sais qu’une partie de moi aurait pu être lui, et c’est peut-être ce qui m’a autant remué dans cette histoire.

J’ai aimé ?

Au cas où cela ne transparait pas déjà clairement : oui j’ai aimé ce roman. Il m’a beaucoup touchée et un peu déprimée alors je ne le mettrai pas forcément dans toutes les mains. Mais j’ai aimé suivre la trajectoire folle de ce jeune homme trop brillant, un peu comme un pilote de course qui perd le contrôle pour venir s’encastrer dans un mur. Le style est un peu déroutant, pas franchement fantastique, mais il tient en haleine. J’avais du mal à reposer ce livre et j’en ai lu des chapitres entiers pendant mes insomnies. Est-ce que certaines ici l’ont déjà lu ? Ou je vous ai donné envie de l’acheter ?

29 réactions au sujet de « L’autre qu’on adorait »

  1. Je le mets dans ma liste de lecture quand j’aurai le temps… Je pense que c’est le genre de livre qui me plaît même s’ils sont un peu déprimant !

  2. Tout cela donne à réfléchir. J’aime beaucoup la façon dont tu décris ce roman. Le fait que nos choix d’hier nous conduisent où nous sommes aujourd’hui, et ceux d’aujourd’hui nous dictent notre conduite de demain.
    Je ne sais pas si je lirai ce roman, mais tu as attisé ma curiosité.

  3. Voilà un livre que je ne suis pas près de lire, mais qu’il me faudra sûrement lire un jour.
    J’avais abandonné « un brillant avenir » au 2/3 parce que j’avais trop peur d’une similitude de l’histoire des deux femmes allant jusqu’à la mort du fils, donc quand j’ai vu Cusset j’étais sur mes gardes… mais en lisant le propos, je crois qu’il fait BEAUCOUP TROP écho à ma vie, de la brillante prépa littéraire à la précarité professionnelle en passant par les troubles psys. Ce qui renforce mon impression que ce qui diffère entre le parcours de Thomas et le mien – l’amour et le soutien indéfectible de mon mari depuis mes 20 ans – est sans doute LA raison qui m’a retenue du côté de l’espoir quand la tourmente voulait me trainer vers l’HP…
    Du coup, j’attendrai d’être sûre, comme toi, d’être du bon côté de mes décisions, avant d’oser lire cette autre vie qui aurait pu être la mienne.

    1. J’ai un peu pensé à toi, c’est vrai, parce que la maladie du héros a des ressemblances avec la tienne je crois (avec ses baobabs). Mais j’y ai vu aussi des différences, positives, avec ta vie 🙂 : ton mari comme tu le rappelles, mais aussi tes amis présents et stables dont tu avais parlé dans un article et enfin le fait de ne pas t’être déracinée sur un autre continent.

  4. Ce livre à l’air de t’avoir beaucoup plu. Tu en parles bien. Je ne me sens pas d’être remuée comme ca par un livre aussi touchant, donc je n’ai pas envie de le lire. Mais j’ai aimé que tu nous en racontes le résumé.

    1. Merci 🙂 . Je comprends ta réserve, sur certains sujets je ne peux pas lire non plus de choses trop tristes , je n’y prends aucun plaisir.

  5. On voit tout de suite dans ta manière d’en parler que tu as aimé ce livre et qu’il t’a touchée. Tu me donne envie de le lire meme si le sujet est dur… (Cependant je ne le lirai peut-être pas tout de suite car actuellement je lis un roman parlant du veuvage alors je vais d’abord lire du plus léger ensuite 😉 )
    Je pense aussi que les choix qu’on fait entre 20 et 30 ans déterminent en grande partie la suite de notre vie, sans qu’on en ait forcément conscience d’ailleurs, c’est avec le recul qu’on se rend compte que telle décision nous a mené là où on est aujourd’hui… Quel serait notre vie si nous en avions décidé autrement ? Très différente pour ma part, sans aucun doute. Mais comme je suis globalement heureuse dans ma vie, je ne regrette rien, même mes erreurs car sans elles je n’en serais pas là aujourd’hui. Mais on peut toujours rêver avec des « et si… » Et au fond on ne peut pas savoir ce qu’il en serait vraiment.

    1. Hi hi moi aussi j’essaie d’alterner les romans « lourds » et les plus légers 🙂 . Après celui-ci j’ai même eu besoin d’une petite pause lecture ! Et je suis contente de voir que tu partages mon idée sur la vingtaine. Du coup je trouve la vie beaucoup plus détendue depuis que j’ai 30 ans 🙂 .

  6. Je ne sais pas si c’est le bon moment pour moi de lire ce livre, mais en tout cas la façon dont tu racontes l’histoire donne envie de le parcourir un jour! 🙂

  7. Ton commentaire attise ma curiosite, m’intrigue… mais je crois que je ne lirai pas ce roman. A coup sur j’en ferais des cauchemars. Depuis que je suis adulte, j’ai laisse tomber les romans et les films trop sombres (mais j’en ai sacrement bouffes a l’adolescence). Mes loisirs, pour l’instant, ne sont consacres qu’aux jolies choses 🙂
    A fait, tes insomnies, c’etait a cause du livre ou independant?…

    1. J’avais lu un livre l’an passé sur la mort d’un enfant et en effet il m’avait traumatisée et je me suis jurée de ne plus lire ce genre de choses. Mais celui-là m’a plutôt fait prendre conscience de ma chance en fait ! Les insomnies sont dues à la grossesse, ca fait partie de mes symptômes « de base »… Et d’ailleurs je te remercie car je vois souvent tes commentaires au milieu de la nuit ici, du coup je me sens moins seule 😉 .

  8. Je n’ai pas lu ce livre mais j’en avais entendu parler (par les médias). J’avais déjà envie de le lire, ton article me conforte dans cette idée. Merci !

  9. La manière dont tu en parles est tentante … mais je sais que je ne lirais pas ce genre de roman. J’ai trop tendance à m’investir dans le personnage et j’ai donc beaucoup de mal à lire des sujets qui pourrait faire puissamment écho en moi (je garde encore un souvenir traumatique de ma lecture « les yeux jaunes des crocodiles » de Katherine Pancol dont la relation sororistique des deux héroïnes ressemble trop à celle avec ma jumelle … mais je suis la seule à avoir tiquer dessus, ma mère et ma soeur n’ont jamais compris ma réaction – je me suis effondrée en pleure sur un quai de gare au suicide d’une des soeurs)

    1. En fait bizarrement ce roman ne m’a pas vraiment déprimée au contraire il m’a fait prendre conscience de ma chance plutôt… Mais je comprends ce que tu dis, moi aussi je me protège des romans trop tristes ou sur des thèmes trop douloureux pour moi.

  10. En tout cas moi tu m’a donné envie de le lire ce livre. Je suis sensible au déprimant mais plutôt au genre « ou la la ça pourrait m’arriver  » donc là ça va. Je ne sais pas pourquoi ta description de ce roman m a fait pensé à « respire » d’Anne Sophie Brasme .
    Bon courage pour les insomnies, comme tu le vois je compatis. … 🙂

    1. Nous avons exactement la même notion du déprimant 😉 c’est pour ça que finalement ce livre ne m’a pas déprimée, il m’a plutôt fait réfléchir on va dire. Je ne connais pas le roman dont tu parles il faut que j’aille y jeter un oeil. J’ai lu ton message en direct cette nuit, je suis donc crevée ce soir… Dur dur parfois d’être enceinte !

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