Titus n’aimait pas Bérénice

Titus n’aimait pas Bérénice

Chose promise chose due, voilà ma première critique de livre version 2017 c’est-à-dire version longue. Je voulais dans un premier temps essayer d’écrire ces critiques en plus de mes articles du mardi, afin de ne pas frustrer mes lectrices non-lectrices 😉 . Mais finalement je me dis que si j’y passe autant de temps que pour rédiger un article classique, ces critiques méritent aussi leur place hebdomadaire… Bref je vous épargne mes hautes réfexions éditoriales et me lance pour mon premier livre de l’année : « Titus n’aimait pas Bérénice » (au regard de mon dernier article, c’est tout un programme 😉 ).

  • Titre : Titus n’aimait pas Bérénice
  • Auteur : Nathalie Azoulai
  • Editeur : P.O.L
  • Année : 2015

Quelques informations de contexte…

J’ai trouvé ce livre chez mes parents pendant les vacances de Noël, le titre et les premières pages m’ont intriguée et donné envie de lire la suite. Je n’avais jamais entendu parler de Nathalie Azoulai auparavant, elle a en fait déjà écrit plusieurs livres dont quelques uns sur la maternité qui pourraient m’intéresser. De tous ses écrits, ce roman est celui qui a remporté le plus grand succès. Il a notamment obtenu le prix Médicis (j’aime bien lire des livres qui ont été primés, vous allez trouver ça débile mais ça me conforte toujours un peu dans mes choix).

Résumé

Le livre commence par une histoire contemporaine : une rupture entre un homme marié et sa maîtresse – et la description de la souffrance ressentie par la jeune femme abandonnée, qui se console en relisant les tragédies de Racine. Le récit s’interrompt ensuite pour un très long moment et est en fait très majoritairement constitué d’une espèce de biographie romancée de l’auteur de théâtre susnommé. On ne revient à l’histoire de la rupture que très ponctellement puis à la fin.

Des parallèles entre ce livre et ma vie…

Plusieurs passages m’ont interpellée et donné l’occasion de reflechir. Je vous en cite quelques-uns ici.

« Jean n’insiste pas, ne tranche pas. Sa négligence aura soit causé le mal soit empêché qu’il le voie. Pour l’heure tout ce qu’il conclut de ce départ impromptu, c’est que Charles ne lui manquera pas, et que, dans sa vie, les personnes se suivent et se succèdent comme les degrès d’une échelle. N’est-ce pas d’ailleurs le cas de toutes les vies ? Les différentes périodes et circonstances façonnent l’enchaînement sans qu’on ait même besoin de décider. Il aura eu ses maîtres, Harmon, le marquis, ses cousins. Et maintenant François. Il n’aura été fidèle à personne. »

Ce passage m’a interpellée parce que je m’y suis retrouvée. Comme je vous en avais parlé dans mon article sur l’amitié je n’ai presque pas d’amis de très longue durée, j’ai souvent du mal à tenir un engagement et je crois pouvoir dire qu’avec le temps je le regrette un peu. Alors finalement lire cela m’a par exemple donné envie de continuer à collaborer aux sites Dans ma tribu et Sous notre toit. Ils connaissent quelques difficultés en ce moment, il serait tentant pour moi de quitter le navire puisque je peux en plus continuer à naviguer par ici. Mais non je ne le ferai pas. Je vais tester pour vous l’engagement amical 🙂 .

« Il n’a jamais eu si chaud. Pour la première fois, il sent sa peau à cause de la sueur, il voit le sable jaunir jusqu’à l’or. Certaines après-midi, cette blondeur prend la blancheur du métal. Il se plaint dans ses lettres à ses amis, mais au fond, il découvre des sensations nouvelles, intenses, qui l’amèneront peut-être à mieux comprendre encore les textes qui ont été écrits dans la fournaise de Rome et d’Athènes. Les tragédies d’Eschyle et de Sophocle ne vont ni avec la pluie ni avec le froid. »

Je ne vais pas vous ressortir la théorie des climats de Montesquieu (selon laquelle, pour faire bref, le climat a une influence sur les hommes et les sociétés) mais quand même, il y a du vrai. Ces sensations si bien décrites de la chaleur et du soleil de l’été dans le sud, elles ne peuvent pas être anodines. J’en suis d’autant plus convaincue que je viens de là et vis désormais dans le froid. Les gens du sud, du vrai sud qui dépasse les 30 degrès tout l’été, je ne sais pas comment vous l’expliquer mais je les sens. Ce n’est pas une histoire d’accent, c’est une affaire de tempérament. Frau Pruno par exemple est une de celles dont je me suis dit : « Mais oui mais c’est bien sûr – on vient du même climat ».

Enfin un dernier passage, issu de l’histoire de la rupture cette fois : « On a mesuré ses douleurs [celles de Titus] sur une échelle de 1 à 10, elles atteignent 9,5, parfois 9,7. On ne peut infliger pareil martyre à personne, même à son pire ennemi. Si répond Bérénice sans attendre et en ajoutant, je prie pour que le degrè de ses souffrances grimpe encore, qu’elles atteignent 9,9, voire 10, pour tomber dans cet inconnu où on ne sait pas ce que donne le corps, ces fièvres qui, au delà de 41, l’emportent comme un fleuve trouble et convulsif. Que ce soit les souffrances de Titus qui obligent même à trouver une nouvelle gradation. Elle n’aurait jamais imaginé tant de cruauté en elle, mais le malheur de Titus et de Roma, étalé là devant elle, lui procure un bien-être inespéré ».

Au regard de mon dernier article où je vous expliquais ne pas souhaiter le bonheur de mon ex, je me suis retrouvée et ai aimé la violence avec laquelle l’auteur l’exprime, même si je ne me suis jamais interrogée encore sur le degrè exact de souffrance que je lui souhaite 😉 .

J’ai aimé ?

J’ai beaucoup aimé les passages dédiés à l’histoire de cette rupture contemporaine suite à un adultère. La description des sentiments est très brute et réaliste. Ces passages sont malheureusement très minoritaires dans le livre.

La partie consacrée à la vie de Racine est très intéressante, j’ai apprécié de retrouver toutes ses tragédies que j’ai étudiées à l’école ou au théâtre – une nouvelle information sur moi que je détaillerai peut-être un jour : j’ai longtemps pratiqué l’art dramatique au conservatoire !

Je ne peux cependant pas dire que ce livre m’ait passionnée, je lui donnerais une note moyenne et ne le recommanderais pas forcément, si ce n’est à une copine en pleine rupture ou une fan de Racine 🙂 .

35 réactions au sujet de « Titus n’aimait pas Bérénice »

  1. Je trouve le titre très attirant mais pas forcément le reste, et ta conclusion de fin m’a fait sourire, tu ne m’as pas donné envie de le lire finalement 😉 !
    Mais bravo pour cette première critique plus approfondie, j’aime bien le fait que tu cite des extraits qui te renvoient à tes propres réflexions. Personnellement quand un extrait de livre me touche beaucoup, je le recopie pour moi et j’aime les relire de temps à autre.

    1. Moi je corne généralement les pages et j’aime comme toi régulièrement y revenir. Je suis contente que cette nouvelle formule te plaise !

  2. C’est marrant, je suis venue à ce livre un peu comme toi. On me l’avait offert, certes, mais j’en avais alors une tonne en retard à lire, et en lisant le titre et les premières lignes, j’ai eu du mal à le quitter. Pendant ma thèse, j’ai eu du mal à lire, alors que je suis habituellement une lectrice assidue. Et ce livre m’a réconciliée avec la lecture, il a été le premier après ce grand vide. Je l’ai tout simplement dévoré, moi qui adore Racine, j’ai été absorbée par l’écriture, il y avait de nombreuses phrases que je voulais lire à haute voix et me répéter sans cesse… Bref, un vrai coup de foudre pour ce livre ! (j’ai d’ailleurs voulu ouvrir une catégorie lecture dans mon blog pour en parler mais comme souvent, l’article est resté au stade de brouillon…) Merci d’en avoir parlé !

    1. Oh alors tu as un avis bien plus enthousiaste que le mien je vois ! Mais tu as raison ce livre a aussi des points positifs j’ai juste été très surprise car je ne m’attendais pas à l’origine à tomber sur une biographie de Racine 🙂 .

    1. Mon bilan n’est pas 100% négatif et ça reste bien sûr un avis personnel mais je dois dire que je n’ai pas été totalement emballée 😉 .

  3. Merci pour cet article critique de livre. J’avais entendu parler de cet auteur, mais je n’ai jamais lu de livre d’elle.
    Moi je ne lis que très rarement des livres primés. Pourquoi ? Aucune idée, peut-être parce que je lis peu de littérature contemporaine, mais il faudrait que je me lance.

    1. Moi c’est l’inverse je lis surtout de la littérature contemporaine et j’ai parfois du mal à lire autre chose… mais je te fais un peu de teasing pour la prochaine critique, le prochain livre sera du 19ème siècle 🙂 .

  4. Hmm j’avoue que le résumé ne donne déjà pas très envie mais ton avis le confirme ! Même si ton analyse donne une perspective intéressante 🙂
    Tu l’avais déjà dit mais je me rends compte à quel point tu interprètes et analyses fort un livre, ça m’interpelle ! Malgré mes études, j’ai toujours considéré la lecture comme un « plaisir débranché » : je veux dire par là que je dépose mon cerveau sur le côté quand je lis et que je me laisse complètement porter par le fil. Ca m’empêche en général de faire des liens actifs ou d’analyser en cours de lecture…
    Au fait, je ne connaissais pas la théorie des climats de Montesquieu mais, pour information, dans le domaine du contact de cultures et de l’interculturalité, on considère que le climat est l’acteur source de tous les changements et événements 🙂 Il me semble donc très logique qu’il influence l’homme, sa personnalité ou ce qu’il « dégage » !

    1. Tu veux dire que cette théorie est confirmée par des études de psychologie sérieuses ? Ça me ferait très plaisir car j’en suis empiriquement convaincue 🙂 . Tu as raison je crois pour moi la lecture n’est pas un plaisir « passif » c’est peut être aussi pour ça que je n’ai presque jamais « dévoré » les livres et que j’ai toujours été plutôt lente dans mes lectures.

  5. Merci pour cette analyse. Le titre m’aurait donné envie de lire ce livre, mais tu n’as pas l’air très enthousiaste. Je ne lis plus beaucoup en ce moment et j’ai vraiment envie de trouver un bouquin qui m’inspire! Peut-être le prochain que tu nous présentera? 😉

    1. Mmmmh je ne suis pas sûre 🙂 ! Qu’est ce que tu aimerais ? De la littérature contemporaine ? Un roman prenant ou qui fait réfléchir ? Je peux te proposer d’autres choses si tu veux !

          1. Joël Dicker – qui tu cherches un roman super prenant que tu ne pourras plus lâcher je te le conseille vraiment ! Il donnerait envie à n’importe qui de lire 😉 .

  6. Sur ce point, on ne se ressemble pas…
    j’aime dévorer les livres et oublier ce qui m’entoure. Deconnecter mon cerveau et me plonger dedans comme si j’étais un personnage.
    J’affectionne particulièrement les romans historiques même si mon dernier coup de coeur n’en n’était pas un:deux petits pas sur le sable mouillé d’Anne-Dauphine Julliand, à lire avec un coeur de maman.
    Vivement ta prochaine chronique littéraire. J’aime découvrir d’autres univers littéraires et les réflexions qu’ils engendrent.

    1. J’aime aussi beaucoup les romans historiques ! D’ailleurs le prochain en sera un 🙂 . Je suis contente en tout cas que ce type d’articles te plaise !

  7. Merci pour cet article, c’est chouette de voir ta façon d’analyser ce que tu lis !
    C’est marrant, je ne lis que très rarement des livres primés ou alors seulement ceux du prix Goncourt des lycéens parce que j’y avais participé à l’époque (nostalgie quand tu nous tiens).
    Bref on m’a prêté il y a peu le prix Goncourt « Chanson Douce » que j’ai fini en début de semaine et j’ai été plutôt déçue, c’est bien écrit mais je n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir en fait…
    Du coup je ne pense pas lire « Titus n’aimait pas Bérénice » mais je ne sais pas quel va être mon prochain livre.
    J’espère que pour DMT et SNT ça va s’arranger très vite.

      1. 2005, l’année de la victoire de Magnus de Sylvie Germain, j’en ai un très bon souvenir et cet article m’a donné envie de le relire 🙂

  8. Hello Franfran ! (Oui, j’ai décidé de t’appeler Franfran maintenant, j’espère que ça ne t’embête pas^^)

    Alors au départ je me suis dit « oh, une critique littéraire, c’est nul, j’aurais préféré un article sur la vie de tous les jours…bon, on va voir ! » et finalement j’ai bien aimé la lire 🙂

    Sinon, je n’ai pas non plus lu ce bouquin mais comme les filles, je n’ai pas plus envie de le lire maintenant 😀

    Et je ne sais pas ce que tu en penses mais autant ma liste de livres à lire est longue comme le bras, autant j’ai plus de mal à trouver des films chouettes…
    Bref, moi qui adore lire depuis toute petite, je lis moins de bouquins qu’avant, car le soir je lis des blogs sur mon téléphone (pas top de faire ça mais je crois que je suis accro, j’adore ce moment de ma journée :p )
    Bises

    1. Aucun souci pour Franfran 😉 et je suis contente que cet article t’ait plus malgré tout 🙂 ! Concernant les films en effet j’ai peu d’idées mais d’un autre côté pour le coup je n’ai quasiment jamais le temps (1h30 d’affilée ça arrive rarement…) alors je n’en cherche pas trop 😉 . Et sinon bien sûr chez moi aussi internet a réduit mon temps de lecture… Mais bon c’est aussi un plaisir !

  9. Première critique : ça se fête !!! 😉
    Le titre m’aurait attiré au premier abord, mais ce que tu en dis ensuite ne m’attire pas plus que ça… Donc, si je tombe dessus, j’aurai peut-être la curiosité de lire quelques passages pour voir (et peut-être que je serai happée !) .
    C’est marrant que tu fasses des parallèles entre tes lectures et ta vie, en général quand je lis, je lis. Effectivement, je n’irai pas vers les mêmes romans en fonction de la période de ma vie, mais je « intellectualise » pas mes lectures. Bref, c’est passionnant de voir les différents rapport à la lecture !
    Bravo pour cette critique !

  10. Ummm je ne suis pas sûre d’être emballée par ce livre… la coupure sur Racine au milieu me semble un peu étrange, non?
    Par contre je nous decouvre deux nouveaux points communs: j’aime la lecture et particulièrement les romans historiques (hâte de voir tà prochaine critique ! ) et j’ai fais la classe théâtre au lycée (mais nous n’avons jamais joué Racine!)

      1. Pas vraiment en connaissance pure, mais cela m’a plutôt laissé une aisance à parler en public (ce qui me sert beaucoup dans l’animation de réunion/management qui est aussi une part importante de mon job), et aussi je n’ai pas de problème à chanter devant un groupe d’enfants, lire des histoires…
        Mais cela m’a aussi laissé une certaine culture théâtrale et une bonne diction! 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *