Le banc des réfugiés

Le banc des réfugiés

Je vis en Allemagne et cela ne vous a pas échappé, il y a un thème qui a bien secoué ce pays cette année : l’accueil d’un bon million de réfugiés. Alors je ne vais pas vous expliquer les grands débats politiques, le positionnement d’Angela Merkel. Si cela vous intéresse je vous recommande la lecture du numéro du Point du 9 juin dernier. Je vais vous dire ce que j’en perçois, moi, de ma toute petite vue de maman dans la province allemande.

En fait au début je n’ai rien vu justement. J’entendais parler de tout ça via les médias français (je n’écoute toujours pas les informations en allemand) et j’avais l’impression qu’on me parlait d’un autre pays. Et puis un jour, je suis allée au parc avec mon fils. Et je les ai rencontrés.

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Dans le parc en bas de chez nous, il y a trois bancs. Et sur le banc le plus reculé, un peu caché à l’abri des branchages, tout à droite sur la photo, se trouvait un groupe un peu bruyant. Des jeunes gens, des enfants, des bébés… Tous très bruns et parlant un dialecte étranger. J’aurais pu penser qu’il s’agissait de simples émigrés, de personnes d’origine turque par exemple, installées depuis longtemps en Allemagne. Mais certains signes ne pouvaient me tromper.

Le premier, c’est que ces enfants étaient particulièrement mal chaussés. Nous étions au mois d’avril et ils portaient tous de très légères sandales en cuir ou en plastique. Au mois d’avril chez nous, les températures dépassent rarement les 15 degrés. En sandales, on a froid. N’importe quelle personne installée depuis longtemps en Allemagne, même avec des moyens extrêmement réduits, aurait porté des chaussures fermées. Quitte à ce qu’elles soient trouées. Quitte à ne jamais s’acheter de sandales de sa vie.

Le second, c’est que ces enfants portaient de petits bracelets en plastiques. Comme ceux qu’on peut porter après avoir payé son entrée en boîte de nuit ou dans les hôtels « all inclusive » vous voyez ? Sauf qu’il y avait deux lettres désignant notre ville et un numéro dessus. Sur le moment je me suis vraiment demandée ce que c’était, j’ai même failli leur poser la question. Heureusement je ne l’ai pas fait. J’ai appris par la suite que les centres d’accueil leur demandaient de porter ce signe distinctif. Pour faciliter les entrées, les distributions de repas, tout ça. Drôle d’idée.

Alors voilà je les rencontrais pour la toute première fois, ces fameux réfugiés. Et depuis à chaque fois que je vais au parc ou presque je les revois. Ils sont logés dans un centre d’hébergement pas très loin de chez nous, d’anciens bureaux administratifs inoccupés jusque là.

Ce ne sont pas toujours les mêmes et ils sont toujours nombreux. Je n’arrive jamais à bien comprendre qui est la maman, qui est l’enfant, qui est de la même famille. Ils forment un petit attroupement toujours très joyeux et festif. Parfois ils emmènent même de la musique sur un vieux transistor. C’est rigolo cette musique, j’ai l’impression que dans leurs yeux « ça se fait » et qu’ils trouvent ça sympa. Finalement c’est vrai que c’est sympa, ça met un peu d’ambiance dans le parc parfois.

Une fois une maman est venue nous parler. Elle avait un tout petit bébé dans les bras, de six mois je dirais. Elle-même devait avoir tout juste 20 ans, peut-être, même pas. On sentait qu’elle voulait faire connaissance, vraiment. Elle a essayé de nous parler un peu en anglais, nous a demandé comment s’appelaient nos enfants, quel âge ils avaient. Elle nous a dit qu’elle venait de Syrie et que son bébé y était né. Je me suis demandée comment c’était possible, comment elle avait fait pour venir jusque là avec ce si petit enfant. Mais je ne lui ai pas posé la question. Et elle est repartie sur son banc.

Parce que ce banc est devenu le leur vous comprenez. Entre mamans blondes et brunes c’est comme ça on dirait. On ne se mélange pas.

Des fois je me dis que c’est à nous de faire le premier pas. De les accueillir, vraiment, chez nous. Mais je n’ai jamais osé. Parce que moi non plus je ne suis pas chez moi. Alors les accueillir en Allemagne en allemand avec mon accent à couper au couteau je ne sais pas si ce serait vraiment bien. D’un autre côté ça nous ferait au moins un point commun. Il faudrait que j’essaie.

Ces petits enfants ils n’ont pas de jouets. Mais ils jouent beaucoup avec les jouets du parc, bruyamment, joyeusement. Alors ça ne se voit pas. Pas vraiment. Enfin si, parfois je vois bien leur grand air ahuri devant les pelles et les seaux multicolores, les vélos incroyables de nos enfants à nous. Je me demande s’ils en ont eu avant chez eux ou s’ils en voient pour la première fois. Quoiqu’il en soit, ce type de regards, ça fait toujours un peu mal dans un cœur de maman.

Ces petits enfants ils sont souvent petits. Vraiment petits quoi, pas comme les petits allemands souvent costauds et géants dès leurs tout premiers mois. Ça me fait sourire, ça. Parce que le mien aussi, d’enfant, les courbes de taille et de poids allemandes, depuis la naissance, il ne les atteint pas. C’est sans doute parce que c’est aussi un enfant d’émigré. En tout cas c est souvent ce qu’on me dit.

Et mes copines mamans allemandes alors elles en disent quoi de tout ça ? Ca dépend comme toujours. J’ai tout entendu, tout et son contraire. J’ai entendu de grands discours humanistes qui prônaient un accueil généralisé. J’ai entendu du bout des lèvres, lors de l’annonce de l’augmentation des tarifs de la crèche : « On dépense tellement pour les réfugiés, et nos enfants allemands ? ». Et puis j’ai entendu ce que j’aurais préféré ne jamais entendre : « On dirait de petits singes ».

Cette phrase m’a fait sortir de mes gongs – et a posteriori encore. J’ai dit « Tu ne peux pas dire ça ! ». J’ai espéré très fort que ces enfants ne comprennent pas l’allemand. Elle s’est justifiée : « Non mais je voulais dire ils sont mignons ! Comme les petits singes du zoo ! ». Ah oui…

Vous savez pourquoi elle a trouvé qu’ils ressemblaient aux singes du zoo – au-delà de leurs cheveux noirs – ces enfants du parc ? Parce que dans le regard qu’ils nous lançaient, dans le regard dont ils dévisageaient nos enfants, leurs têtes blondes, leurs jouets rutilants, leurs chaussures flambant neuves il y avait la même curiosité, la même incompréhension, et surtout la même envie que dans le regard de petits singes enfermés dans une cage regardant des passants, voilà.

J’aimerais sincèrement qu’un jour ces familles syriennes quittent leur banc. Qu’elles viennent sur le notre parler avec nous de leurs petits soucis. Et que plus rien ou presque ne distingue leurs enfants des nôtres.

63 réactions au sujet de « Le banc des réfugiés »

  1. Un très bel article ! Ça fait du bien de lire un texte aussi joli avec des faits et aucun jugement ou prise de position, juste un coeur de maman ! Merci 🙂

  2. tu écris toujours aussi bien.. sujet tellement sensible que celui des réfugiés. « tout le monde » est d’accord, il faut les accueillir, mais.. pas chez nous !! c’est pas facile, je pense qu’ils auraient besoin de soutien et de rencontres, compliqué comme tu dis avec la barrière de la langue.. effectivement les remarques sont .. comment dire .. particulières ! comment laisser ces familles en Syrie, quand le pays n’est qu’un champ de ruine, ou on risque sa peau en sortant, et sans doute en ayant du mal à se nourrir convenablement ? (enfin je suppose, les infos ne filtrent pas beaucoup.. ) je comprends tes questionnements, sans savoir vraiment y répondre..

    1. Oh merci pour ton compliment qui me touche beaucoup ! Oui beaucoup de questions sans réponse c’est pourquoi cet article n’était pas si facile à écrire.

  3. C’est très compliqué comme situation. Ces mamans n’osent sûrement pas venir vous parler, alors le mieux est peut etre de faire le premier pas. Certaines semblent avoir envie de vous parler, comme cette maman du jeune bébé.
    Ça peut être l’occasion de leur demander ce qu’elles vivent dans leur camp de réfugier et si elles ont besoin de quelque chose….
    Mais je comprends tout à fait que le premier pas soit vraiment difficile à faire. C’est le genre de situations qui me rendent timide.

    1. Oui c’est exactement ça je me sens très intimidée aussi. Je ne voudrais pas non plus avoir l’impression de leur faire la « charité » alors qu’ils ne demandent rien du tout. Mais je vais réfléchir la prochaine fois à une technique d’approche 😉 .

  4. Je ne sais pas trop quoi répondre à ton article … d’autant plus que j’habite dans une zone qui est loin de connaître ce genre de situation …
    Peut-être que tu pourrais voir avec le centre d’accueil s’il possible d’organiser une collecte de jouet dans ton quartier avec les autres mamans du parc …?

    1. J’avais pris contact avec une association qui organisait des binômes de mamans avec enfant j’avais trouvé l’idée très sympa ! Mais Pierre était alors trop petit pour « participer ».

  5. Ton post est très touchant. C’est difficile la question du premier pas. Et accent ou non, ce pays est devenu le tien comme il deviendra le leur. J’espère que les préjugés s’effaceront.

  6. Petit rappel aux malheurs du monde dans ces endroits qu’on voudrait des havres pour nos enfants…
    Dur aussi de trouver l’attitude juste et adéquate, surtout qu’ils ont sûrement des attentes différentes chacun.
    L’année dernière j’avais fait un gros don en réaction à la Croix-Rouge, et cette année je renouvellerai, comme probablement l’année prochaine, ce sera toujours utile…

    1. Oui c’est toujours utile de donner. Et comme tu dis c’est vrai que c’est « étrange » cette confrontation entre nos bébés si petits et ces bébés qui ont sans doute déjà connu et vu tellement de vilaines choses.

  7. Bel article sur un sujet sensible ! Le terme de petits singes est vraiment horrible et j’espère que cette maman a trop vite parlé et qu’elle n’a pas réfléchi à ce qu’elle disait !!! En général, tous les enfants jouent ensemble, peu importe leurs origines. Peut-être que Pierre trouvera des camarades de jeux venus d’un autre pays et que ce sera l’occasion pour vous de discuter avec eux? En tout cas, le parc est l’endroit idéal pour ça !

    1. C’est vrai tu as raison ! Pour le moment en fait ces enfants ne se sont jamais vraiment approchés pour jouer avec « nos » enfants et c’est justement cette séparation tacite qui est bizarre. Mais j’espère que cela va évoluer progressivement.

  8. Bonsoir, il est vraiment touchant ton article. Moi aussi, émigrée, je constate l’arrivée de ces gens qui apportent tant de couleurs à cette Bavière qui en manque tant ( j’habitais à Paris avant)… Moi aussi, un jour, deux petites filles jouaient au parc, elles regardaient avec curiosité mes « poupées  » à moi toutes blondes, j’ai bien essayé de leur parler, elles venaient d’Afghanistan, mais elles ne parlaient pas anglais ni allemand ni français… Alors à part mon sourire, je n’avais rien à offrir. Je vois tout cela, l’effort gigantesque pour les loger ( et à quelle vitesse) leur donner des cours d’allemand, le fait qu’ à un moment donné, les assos ne pouvaient plus accueillir de dons de vêtements, que les sites répertoriant les possibilités de bénévolat disaient,  » besoins assouvis » et que d’un autre côté, le plombier venant chez moi pour changer ma chaudière me demande ce que j’en pense moi des réfugiés, je lui dis que je suis mal placée pour répondre, étant moi aussi une étrangère, il me dit, non vous, vous êtes presque comme nous, il y a des différences mais ça passe… Mais eux vous comprenez’ … Il avait peur. Une peur de l’autre. Je lui ai dit, mais c’est un formidable défi pour l’Allemagne, vous y arriverez.

    1. Tu confirmes exactement mon ressenti… Déjà, comment communiquer quand on a aucune langue en commun ? Et puis oui parmi la population allemande il y a évidemment de tout et aussi beaucoup de peurs. J’espère aussi qu’ils vont y arriver 🙂 .

  9. C’est vrai que c’est souvent difficile de faire le premier pas pour s’ouvrir à l’autre et à ses différences. Je ne sais pas ce qui nous retient? La peur? Les barrières sociales? Toujours est-il qu’on hésite souvent à se lancer vers l’inconnu, quitte parfois à regretter ensuite de ne pas avoir « sauté le pas ». J’espère que tu y arriveras. Parles-en autour de toi… à deux c’est sûrement plus facile…

    1. Oui tu as raison. Il reste quand même une énorme barrière linguistique mais je pense qu’avec quelques mots d’anglais ça vaudrait le coup d’essayer 🙂 .

  10. Moi ce que je vois déjà, c’est que ton parc ressemble beaucoup au « nôtre » (je mets entre guillemets parce qu’on y va rarement), qu’il a aussi des jeux plutôt pour les plus grands. Pas de petit toboggan ou de balançoire pour bébés (à moins que ce ne soit caché ?). Je trouvais ça d’une grande injustice pour les bébés, mais je vois que tu te satisfais de celui-ci, alors je vais peut-être reconsidérer la question (quoi, ça n’a rien à voir avec l’article ??).

    Sinon, comme je te le disais, c’est un très bel article, et même plutôt émouvant 🙂 J’espère que vous réussirez à tisser des liens (après, j’ai franchement été choquée par les remarques des mamans que tu rapportes, et c’est sûr qu’avec ce type de mentalités, le « mélange » n’est pas pour tout de suite) !

    1. Alors en fait dans ce parc au fond un peu à droite tu devrais voir une petite balançoire nacelle verte que Pierre adore depuis qu’il a six mois ! Et puis il y a du sable alors avec une pelle et un seau c’est un jeu infini… Cela dit il y a un autre parc à cinq minutes de chez nous encore plus adapté avec une petite cabane et un petit toboggan et c’est clairement son préféré 😉 . Mais sinon tu occupes comment vos après-midis avec Choupie si vous n’allez pas au parc ?
      Merci encore pour ton compliment sur mon article venant de toi ça me touche toujours beaucoup 🙂 . Pour le reste moi aussi j’espère beaucoup…

      1. Alooors, je réponds enfin (oui, j’ai du mal à re-commenter :p). On fait pas mal d’activités à la maison, déjà. Ensuite, elle nous accompagne un peu partout (aux courses, etc. – cet après-midi c’était à la gendarmerie, wouhou, grosse sortie !). On fait aussi pas mal de balades, notamment dans des endroits piétons. On va dans des parcs (sans jeux pour enfants) pour qu’elle court un peu. Et enfin, souvent, en revenant de chez la nounou, je la laisse jouer un peu dans la petite allée devant chez nous, tripoter les touffes d’herbe, les insectes et les cailloux (ça suffit généralement à son bonheur). Voilà en gros les occupations hors parc avec Choupie ! (et le weekend, elle nous suit dans nos activités et sorties)

  11. Bel article qui laisse songeur… Difficile de trouver une reponse ou une attitude appropriee…
    Et ici, en Thailande, les gens sont encore bien plus nationalistes et aggressifs vis a vis des migrants. En Chine c etait pareil, y compris pour les « migrants interieurs », qui venaient des provinces plus pauvres…
    … Petit rayon de soleil neanmoins du cote des enfants, ravis de fraterniser ensemble dans n importe quel parc. Nous aimons encourager ces rencontres, chez nos garcons… Et utilisons parfois le gouter comme technique de rapprochement… c’est toujours facile de partager une boite de gateaux avec les petits qui gambadent autour 🙂

    1. Très bonne idée le gouter comme technique de rapprochement ! On voit que tu as l’expérience des barrières linguistiques 🙂 .

  12. J’aime beaucoup ton article. On sent plein d’humanité et de compassion mais aussi un peu de peine et d’impuissance. Je te félicite pour l’avoir écrit, il me semble que tu n’osais pas écrire sur la politique 😉
    J’avais beaucoup d’appréhension en commençant la lecture car étant immigrée moi même c’est un sujet sensible, mais je me retrouve dans ce que tu dis. C’est difficile de trouver comment vraiment aider. J’avais été aider à un repas de noël et c’était un flop, je crois qu’on était en mode charité++ et que ce n’était pas ce dont l’audience avait besoin…
    Je trouve l’idée des binômes super intéressant, j’espère que tu pourras y participer quand Pierre aura l’age. Ici on voulait se proposer pour héberger un couple mais il fallait être disponible en journée pour les accompagner dans les démarches et ça n’allait pas avec nos horaires de boulot. On continue à réfléchir, et en attendant on se contente de sourire et de rester disponibles.

    1. Merciiiiii Flora ! Ton commentaire me touche beaucoup, d’autant plus que, comme tu le soulignes, tu es toi même immigrée. Je vais commencer par essayer de faire un premier pas au parc, et on verra.

  13. C’est un sujet qui nous touche beaucoup ici alors impossible de faire court!

    A la maison, on en parle souvent. Cela a commencé au moment où Angela a ouvert les frontières aux réfugiés venant de Syrie, au détour d’une conversation, le Jeune Homme (10 ans) nous a sorti « Il y a trop de réfugiés ». Mon mari (son beau-père) et moi avons bondi et commencé la discussion avec lui.

    Il répétait clairement des mots entendus à l’école parce que ce n’est pas du tout le discours tenu à la maison ni chez son père. On lui a demandé dans quelle mesure il ressentait un « préjudice », en quoi, la présence de si nombreux réfugiés le contraignait ou affectait négativement SA vie à lui. Ce n’était absolument pas le cas.

    Et on a parlé de la guerre. En lui disant que ni son père, ni mon mari ni moi n’avions vécu dans un pays en guerre, que clairement on ne savait pas ce que c’était de devoir tout quitter pour fuir la guerre. Mais comme son papa est bien plus âgé que moi (quasiment 20 ans de différence) et que mon mari est le petit dernier, ses deux grand-mères allemandes ont vécu la guerre (ma belle-mère a fui devant l’arrivée des Russes et est arrivé en tant que réfugiée en Allemand : Kriegsvertriebene). Et qu’au sein de notre famille, seules ses grand-mères (et ma propre Grand-mère) savait ce que c’était. Alors on lui a suggéré de leur en parler (parce que la mémoire vivante est tellement importante, que l’histoire familiale ne doit pas s’éteindre le jour où elles ne seront plus là), de leur demander comment c’était quand elles étaient petites/ado et qu’il y avait la guerre.

    Et même si dans son école actuelle, il n’y a pas d’enfant réfugié, ça sera différent l’année prochaine parce que le Gymnasium où il ira a une classe spécifique de « mise à niveau ». Et on lui a clairement expliqué qu’on attendait de lui un comportement exemplaire (ne pas se moquer de leur allemand, ne pas juger, être gentil et faire de son mieux pour qu’ils se sentent à l’aise) compte tenu de son « background » familial => les parents de mon mari ont été Kriegsvertriebene tous les deux, je suis française vivant en Allemagne. Je lui ai rappelé qu’il n’accepterait pas que qqn soit désagréable (voir raciste) à mon égard simplement parce que je suis française et qu’il devait donc agir en fonction (selon le principe du « ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse »).

    C’est vraiment un sujet qui revient de régulièrement comme la tolérance religieuse parce que la famille est assez mélangée (nous sommes catholiques, ma famille et celle de mon mari aussi, la famille du côté du papa est protestante et la belle-famille de ma soeur est en partie juive, cachée pendant la guerre…) et que pour nous, s’il y a bien un message à faire passer au niveau de son éducation, c’est celui-là: on ne juge pas qqn selon sa couleur, religion, origine…

    Désolée pour le roman!

    1. Ne t’excuse pas pour le roman, c’est très intéressant ! Je vois que vous avez rencontré aussi, via votre fils, des remarques dérangeantes… Et vous avez très bien réagi, bravo ! Le fait d’être soi même « étrangère » nous fait aussi voir ce genre de choses différemment… Au sujet de la crèche quand certains m’ont dit « on devrait dépenser en priorité pour les enfants allemands » je ne pouvais pas m’empêcher de penser que le mien aussi ne l’était pas à 100%…

      1. On est d’accord, je pense que le fait d’être soi-même étranger influence aussi notre perception des choses.

        Il y a quelques jours lors d’une discussion particulièrement houleuse avec le Jeune Homme (à 10 ans, la puberté n’est pas loin du tout) qui râlait parce que finalement, le menu du repas du soir n’était pas celui attendu et qu’il boudait et chouiniait , après lui avoir dit que je comprenais sa déception mais qu’il fallait aussi savoir passer à autre chose (au bout de 20min, je saturais pas mal), je lui ai rappelé des conditions de vie pas marrantes des enfants réfugiés qui vivent dans des containers (quand ce ne sont pas des tentes), qui ne peuvent pas aller à l’école tant que leur statut n’est pas réglé…

        Je ne suis pas pour faire du misérabilisme à tout va mais clairement on est hyper privilégié et une piqûre de rappel de temps en temps ne fait pas de mal.

        A l’école du Jeune Homme, il y a une action pour faire don des cartables à la fin de la 4e année et jusqu’à présent plus de la moitié des élèves de sa classe le feront.

  14. Très joli billet…en ce moment je me fais cette réflexion tous les jours également à la Gare Saint-Lazare où les réfugiés syriens investissent désormais chaque recoin, des adultes, des enfants, des bébés…J’y passe toujours à l’heure de ponte où des milliers de personnes circulent et malgré le bruit qu’ils font pour interpeller les gens, c’est comme s’ils n’existaient pas, ils sont devenus un « mobilier » de gare…cela m brise le coeur, évidemment surtout quand je vois de tous petits bébés…forcément tu essaies de te mettre à leur place…mais tu ne l’es pas, alors, comme les autres, tu passes vite ton chemin pour aller courir vers ton train. Tout ceci est vraiment très triste.

    1. C’est vrai qu’à Paris vous êtes confrontés tous les jours à ce genre de situations et parfois même bien pire 🙁 . C’est difficile de trouver la bonne manière d’agir et moi même je n’ai finalement encore rien fait de concret pour les aider…

  15. Ton parc ressemble beaucoup au notre! Notre municipalité accueille plutot des jeunes hommes africains. Je pense que certains sont francophones car j´au remarqué certains regards lorsque je parle aux enfants. Certains ont joué au ping-pong avec mon fils sur l´aire de jeu, mais le contact n´est pas allé plus loin, la difference d´age etant trop importante. Ici des parrains sont recherchés, peut-etre pourrais-tu renseigner aupres de ta municipalité?

    Dans tous les cas je suis admirative de l ´accueil fait par les Allemands aux refugiés, meme si tout ne se passe pas de facon idyllique. Je suis quasiment certaine qu´en France un tel effort sur une si courte periode n´aurait pas ete possible.

    1. Je ne me suis jamais posée la question de savoir ce qui aurait été possible en France. Nos deux pays sont cependant dans des situations trés différentes en ce moment que ce soit au niveau économique, démographique ou « culturel ». Alors c’est difficile de comparer. Personnellement je me demande quand même comment ca va évoluer à moyen terme : par exemple ils vont rester combien de temps dans ces bureaux désaffectés ?

      1. Je me le demande moi aussi, mais je vois lentement des évolutions chez nous: les refugiés etaient d´abord logés sous un grand chapiteau, maintenant ils sont dans des petites maisons en bois, qui , efficacité allemande oblige (!), ont ete construites en un rien de temps. C´est plus la question de l´intégration aéconomique qui me préoccupe: Quand pourront-ils travailler? Quels emplois auront-ils?

  16. C’est un article très touchant !

    Je pense que ce genre de choses (y compris en France et y compris pour une intégration « généralisée » et non pour un cas particulier comme celui-là) doit se faire des deux côtés. Je ne vois pas en quoi ce serait mal que tu les accueilles alors que tu es émigrée… justement, ça fait un point commun même si les circonstances ne sont pas les mêmes, ça peut lancer un sujet de discussion. Je pense que c’est important que ces réfugiés ne soient pas juste « des réfugiés » mais de vrais voisins. Malheureusement c’est plus facile à dire qu’à faire.

    1. Oui tu as raison je dois sans doute faire ce premier pas ! Je vais y songer la prochaine fois même si le problème linguistique reste difficile à surmonter.

      1. Peut-être que partager qqch aiderait pour le 1e pas malgré la barrière de la langue: partager des biscuits ou des quartiers de pomme avec les enfants par exemple.

  17. Ce billet est très bien écrit.
    Pas évident de savoir comment agir face à cette situation. Les enfants peuvent être un vecteur de communication en jouant ensemble. Sinon en allant avec une autre maman discuter à ces femmes peut être moins intimidant ou en se rapprochant d’association qui aide les familles de réfugiés à s’intégrer…

    1. Merci Tamia 🙂 . Ce n’est pas évident en effet, je pense que j’essaierai de faire le premier pas la prochaine fois même si, à cause de la barrière linguistique, nous ne pourrons peut être pas beaucoup échanger.

  18. Bravo pour ton article touchant un sujet très sensible , bien d’actualité , écrit sans aucun jugement , sur lequel beaucoup de gens restent en retrait ne s’estimant pas concernés , et pourtant n’importe quelle maman du monde reste une maman à part entière , comment ne pas être sensibilisée lorsque l’on voit leurs petits bambins émerveillés devant les jouets qui peuvent défilés devant leurs yeux , l’insouciance de ceux et celles qui jouent avec , alors qu’eux n’ont connu que la guerre ….

    1. Merci beaucoup. En effet je trouve qu’en tant que maman on réagit différemment je crois qu’on ne peut pas rester insensible dès qu’il s’agit d’enfants.

  19. Merci pour cet article émouvant et sans jugement. Je n’ai pas grand chose à ajouter à tous les commentaires, mais j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. Ici, je n’ai pas vu de réfugiés et très franchement j’en suis soulagée. Voir la misère, ce n’est jamais facile – surtout en se sentant impuissant.

  20. Ton article m’a énormément touché comme beaucoup de personnes à en juger par les commentaires. Et pourtant je ne suis pas une maman mais cela me touche peut être est ce ma sensibilité et mon émotivité mais ton article m’a laissé pleine de bons sentiments et de bienveillance.

    1. Je suis ravie que mon texte te touche. Heureusement les bons sentiments ne sont pas réservés qu’aux mamans 🙂 . Mais c’est vrai que dans mon cas la maternité m’a rendue vraiment moins égoïste.

  21. C’est très touchant, très triste : que faire ?…
    Il y a quelques années, ma fille aînée, a peu près âgée de 3 ans, en France, en région parisienne, dans un joli parc, regardait avec curiosité les poussettes pour poupées d’une autre petite fille. Et la, le groupe de maman se moque « vous avez vu le petit singe ». Mon cœur s’est arrêté. Mes enfants sont métisses et je suis certaine qu’elles n’auraient pas utilisé cette expression si ma fille avait été blonde.
    Une seconde plus tard, la petite fille (de 3 ans aussi) lui dit « c’est que les peaux blanches qui peuvent regarder ma poussette ». J’ai pris ma fille, j’ai foncé au centre commerciale le plus proche, je suis revenue avec ma fille qui poussait une très jolie poupée dans une poussette. Je ne crois pas avoir bien réagi, mais sur le moment, il fallait que ma fille ne se sente pas différente et que ces mamans ne penses pas que le parc était que pour les blonds.
    Bref, pas de lien avec ton article poignant, mais cette expression de petit singe est, pour moi, profondément raciste.
    J’espère que tu nous tiendras au courant de l’évolution de la situation car je suis sûre que tu vas trouver une belle suite !

    1. C’est horrible ! J’ai été moi même stupéfaite de cette expression de « petit singe » et je la trouve également très raciste. Et sinon oui, je vais essayer de donner une suite à cet article 😉 .

  22. C’est vraiment un article très touchant que tu nous livres. Même si les gens ne pensent pas à mal, ce genre de réflexions fait vraiment de la peine à entendre.

  23. Bonjour, ton article est très émouvants. Ces enfants ont toute la vie devant eux mais ont besoin d’un coup de pouce pour se lancer. J’habite en Arabie Saoudite. Un pays très fermé ou le racisme est quotidien. Pour avoir eu une expérience similaire, nous avons proposé un gouter avec des gâteaux, des bonbons, des ballons gonflables. Tout cela a été comme une baguette magique : les mamans se sont rapprochés et les enfants ont joué ensemble. Cela ne résout pas les problèmes mais ce genre de moment réchauffe le cœur. Merci pour ton article. Je te souhaite une belle journée

    1. Je n’avais pas pensé au goûter pour dépasser la barrière de la langue mais j’essaierai prochainement ! Et merci pour ton gentil commentaire 🙂 .

  24. Très bel article, félicite pour cette grande Une largement méritée! Je me dis aussi qu’il faudrait que je fasse un geste, les accueillir dans ma maison , chez moi. Mais je n’ose pas. Pourquoi n’ose t-on pas être généreuses? Est-ce l’individualisme faire partie de notre culture européen ne? En tous cas , ton article m’a émue.

  25. Très bel article… 🙂 Comme toi, ça me rend un peu « chose » de voir que des enfants qui pourraient très bien être Pierre ou Croquette n’ont pas droit aux mêmes chances dans la vie… De constater qu’en tant que parent aussi, parfois tu ne sais pas donner le meilleur à tes enfants, simplement parce que des conflits en ont décidé autrement.
    Je comprends que tu veuilles tendre la main et effectivement, il vaut mieux que ça vienne de toi que d’eux, je pense, comme ça a déjà été dit.

    Ton article me touche d’autant plus qu’à un moindre niveau, je suis aussi une fille d’immigrés économiques et politiques. La Belgique a laissé une chance énorme à mes grands-parents et leurs 3 enfants (mon grand-père est devenu fonctionnaire !), elle a ouvert ses portes pour qu’ils aient une vie meilleure et ça me permet d’exister et de vivre ma belle vie actuelle, au final 😉 Alors aujourd’hui, je ne comprends pas qu’on puisse refuser une telle chance à d’autres immigrés. Pourquoi ma famille et pas la leur ?
    Et ça me désole d’autant plus quand j’entends mon propre père, qui est ici depuis 55 ans et n’a toujours pas la nationalité belge, dire que « on devrait tous les renvoyer dans leur pays ! » … Ok ben tiens, la frontière est là, Papa, bonne chance.

    1. Oui tu as raison c’est un grand paradoxe… Et je crois que moi aussi leur situation me touche d’autant plus qu’une grande partie de ma famille était immigrée (italienne) et que je le suis aussi désormais. En tout cas dans ces cas là on se rend compte que Pierre et Croquette ont bien de la chance.

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