Jour de deuil national

Jour de deuil national

IMG_2136Pour aujourd´hui j´avais prévu un article gai, contrastant avec mes confidences de la semaine passée. Il était déjà écrit, mis en forme, prêt à être publié. Et puis les événements de vendredi ont eu lieu et je me suis demandée ce que je devais faire. Parce que je suis moi-même très touchée par ce qui s´est passé, par respect pour ces trois jours de deuil national aussi, j´ai finalement décidé d´en reporter la publication. Il sera de ce fait un peu en décalage lors de sa parution, vous me pardonnerez.

En attendant je vais faire ce que beaucoup d´autres bloggeuses ont fait, peut-être avec un peu de retard, sans doute avec moins de talent, je vais vous dire ce que j´en ai pensé, de tout ça, brusquement.

Samedi matin je berçais mon bébé mais c´est moi pleurais. Je me suis dit, heureusement qu´il n’a pas encore l’âge de me demander pourquoi. J´imaginais ce dialogue un peu surréaliste : « Pourquoi tu pleures maman? – Parce que des fous ont tué des gens comme moi dans la ville où j’ai vécu sept ans. – Mais pourquoi ils ont fait ca, maman ? – Ben justement… Je ne sais pas ». Je pensais que si on m’avait dit, quinze ans auparavant, quand j’étais lycéenne, qu´un jour à nouveau des gens tueraient d’autres gens massivement pour leur Dieu et je ne l’aurais pas cru. Ca m’aurait semblé tellement anachronique. Je croyais que les religions allaient disparaître, moi.

Il y a deux choses que je trouve particulièrement insupportables dans les événements du week-end.

La première c’est qu´il s’agit de kamikazes. Bon, les précédents terroristes ne semblaient pas non plus tellement tenir à leur vie. Mais quand même je crois que c’est la première fois que plusieurs se font sauter comme ça. Et ça me fait peur parce que j’ai l’impression que cette guerre là on ne peut pas la gagner. On se bat comment contre quelqu’un qui ne tient pas à la vie ? On négocie quoi ?

La deuxième c’est que les gens qui ont été touchés cette fois, c’est moi. Charlie, c’était moi aussi, les juifs de France c’était moi aussi – évidemment. Mais c´était moi par solidarité. Cette fois les gens touchés c’est résolument moi, symboliquement comme dans les faits. De jeunes citadins de 20-30 ans. Rien de plus rien de moins.

A posteriori et même si j´ai presque honte de l´écrire, je crois que le sentiment qui domine chez moi, c´est l’incompréhension. Je suis trop naïve sans doute. Je devrais me rappeler l´Histoire. Mais je ne comprends quand même pas.

Comment on peut faire ça ? Comment un homme de mon âge, de mon pays, de mon siècle, peut tirer de sang froid sur une foule d’innocents ? Je sais bien qu´ils ont été embrigadés, drogués peut être. Mais quand même, ceux qui ont tué, ils ont été à la même école que moi, non ? Ils ont sans doute un jour regardé le club Dorothée…

Et puis je me demande : c’est quoi leur prochaine étape, maintenant, dans l´horreur ? Une crèche, une école ? Elle va aller jusqu´où, cette haine inexpliquée ? J’ai peut être trop confiance en l’homme. Il est peut-être temps d´abdiquer.

Enfin je suis maman. La valeur d’une vie je connais. Sa grande fragilité, surtout. Neuf mois pour la porter, un long chemin pour l’accueillir, des années pour la voir grandir. Alors on peut tout détruire comme ca ? En appuyant sur la gâchette une centaine de fois ? Sans aucune vraie raison ?

Au delà de cette incompréhension, ce qui me fait mal, c´est de penser que mon fils grandira dans un monde moins ouvert que le mien. Moins ouvert, moins tolérant, moins optimiste. L´Histoire n´a vraiment aucun sens… Parmi les plus grands bonheurs de ma jeunesse, il y eut une année près des plages tunisiennes. Qui va encore en Tunisie aujourd´hui ? L´Europe elle-même vacille et retrouve ses frontières. Et puis même si on refuse, les amalgames, la peur de l´autre : oui, j´ai peur désormais quand un homme à barbe s´installe dans mon avion un coran à la main. C’est humain, non ?

Samedi matin en descendant dans ma rue en Allemagne j’avais presque un peu peur de parler en français à mon fils. Peur des regards, de je ne sais quoi. Ca m´avait déjà fait ça à l´époque de Charlie. Je me suis demandée si ce ne serait pas mieux que tout le monde pense que nous sommes allemands. Et puis j’ai vu la devanture du magasin de bière en bas. Ils avaient mis un drapeau français. Un tout petit drapeau qui flottait dans le vent froid de ce mois de novembre. Ca m’a fait tellement chaud dans le cœur. Je suis allée voir le vendeur et je lui ai parlé en français, j’étais sure qu’il me comprendrait que pour une fois la langue n’aurait plus d’importance. Je lui ai dit très fort : « Merci, pour le drapeau, merci ». Il m’a fait un très grand sourire.

C´est déjà ça.

10 réactions au sujet de « Jour de deuil national »

  1. Je crois que je suis aussi naïve que toi …
    Et je ne comprends pas comment on peut oublier l’Histoire ou refuser d’en apprendre les leçon, pour se livrer à la violence gratuite et à une guerre de religion qui n’a plus lieux d’être … Dans leurs communiqués, ils parlent de pays croisé !!!! Je pensais que les croisades s’étaient terminée il y a plus de 700 ans … plutôt en leur faveur, d’ailleurs.

    1. Je crois que je vais devoir faire l’effort de m’informer vraiment sur le sujet, de lire, pour comprendre comment ces hommes peuvent en arriver là…

  2. Moi non plus je ne comprends pas… Et je ne sais pas comment on va vivre avec ça, comment on va surmonter l’horreur.
    Et j’ai peur, moi aussi. Peur de leur haine dont je n’arrive pas un seul instant à comprendre les fondements, l’origine ou l’intensité. Et si eux ont cette haine, cela veut-il dire que nous en sommes capables aussi ? J’ai peur de ce qu’on peut devenir.
    Je suis encore sous le choc et je ne suis pas certaine de pouvoir m’habituer à cette réalité-là. C’est un gâchis sans nom, et je n’arrive pas à dépasser ce sentiment d’incompréhension.
    Aujourd’hui il est important d’entourer ceux qui ont perdu leur femme, leur mari, leur mère, leur père, leur fils, leur fille, leur sœur, leur frère, un(e) membre de leur famille, leur ami(e) dans cette immonde barbarie… Et, même si la douleur ne se partage pas, je souffre avec eux.
    C’est décousu, je suis désolée. Les mots se bousculent et les idées ne s’organisent pas vraiment. Je suis trop bouleversée de voir mes valeurs, tout ce en quoi je crois, l’humanité, la liberté, la bienveillance, l’ouverture et la solidarité aussi mis à mal.

    1. C’est aussi ce que je ressens et c’est pour ça que mon article aussi était un peu décousu. Il va sans doute nous falloir encore beaucoup de temps pour être au clair avec ces événements…

  3. C’est difficile d’avoir foi en l’avenir de la future génération, en effet, quand on fait face à ces horreurs … (qui rappelons le malgré tout, ne touchent malheureusement pas que la France, loin de là). Mais il faut continuer à éduquer et aimer ses enfants, leur inculquer nos valeurs, celles de l’amour, du respect, de la tolérance, de la fraternité, de la vie tout simplement.
    C’est l’Histoire de nos enfants qui s’écrit en ce moment même, il est encore temps de replonger dans l’Histoire pour en retirer les leçons du passé …

  4. Ton article me noue le ventre. Je ne comprends pas non plus … Je n’ai pas habité à Paris mais j’y suis née et y fait mes études. Ce qu’il s’est passé ne correspond pas à la ville que je connais. Bien sûr, il m’est déjà arrivé d’avoir peur en croisant certaines personnes dans le métro ou le rer. Je ne suis pas vraiment courageuse … Mais cette fois-ci, c’est différent. Ce n’est ni aux Etats-Unis, ni en Espagne, c’est chez nous. J’ai peur pour ma famille et mes enfants. J’en parlais avec une amie mercredi et lui disais que je n’irai pas au marché de Noël quand il est bondé, ni dans les magasins. Elle trouvait que j’exagérais un peu et on sait tous que c’est exactement ce qu’ils veulent. Mais le lendemain, on apprenait que la femme venait de Creutzwald qui est à quelques kilomètres de chez nous … Et ce matin, un hélicoptère de la Bundeswehr survolait la frontière, juste au dessus de notre jardin. Il était très bas et cherchait manifestement quelqu’un/quelque chose. Ce n’est pas vraiment rassurant …

    1. Je te comprends totalement… Ici dans ma province du Nord de l’Allemagne je me sens encore un peu en sécurité mais si j’étais encore à Paris je crois que je serais terrorisée.

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