J’avais un chien

J’avais un chien

J’ai un peu honte de ne pas vous en avoir encore parlé. Depuis l’ouverture de ce blog pourtant, je veux écrire sur elle. Mais je n’y arrive pas. Et je ne suis pas sûre encore d’y arriver aujourd’hui. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire « faire son deuil ». J’ai beaucoup pleuré les premiers jours. J’ai continué à pleurer ensuite, lorsque je traversais le parc où je l’emmenais chaque jour, retrouvais ses affaires au garage. Maintenant je ne pleure plus je crois, mais j’y pense encore, et ça ne me rend toujours pas gaie.

Lorsque j’ai commencé mes études, j’ai acheté un chiot dans un très bel élevage. J’aime passionnément les animaux et je réalisais ainsi un rêve, dans mon premier appartement loin de mes parents. Ce chien m’a accompagné fidèlement pendant 13 ans. Elle est morte trois mois après la naissance de Pierre, en février cette année. Qu’est ce que je pourrais vous dire d’elle ?

Mes amis la surnommaient « mon porte-clé » parce qu’elle était de petite taille et que je l’emmenais partout. Habituée des métros, des trains et des avions, des restaurants, des hôtels et des cafés, elle a voyagé toute sa vie avec moi. Je ne m’en séparais presque jamais. Nous formions presque un tout : il arrivait que les gens ne me reconnaissent pas dans la rue sans elle gambadant à mes pieds.

J’étais très fière d’elle. J’avais pris des cours d’éducation respectueuse : sans cris et surtout sans violence, elle obéissait parfaitement. Nous avions intégré une association de chiens visiteurs en hôpitaux et établissements de soins. Elle a fait la page santé du Figaro, est passée sur RFI et même à la télé ! Parfois il m’est arrivé de me demander si je la méritais : un chien vraiment exceptionnel.

Sa fin de vie a été difficile. Les six derniers mois, la vieillesse l’a anéantie. Elle ne s’alimentait plus, ne pouvait plus sortir. Ai-je trop attendu pour abréger ses souffrances ? Ai-je manqué de patience au contraire ? Je crois que je n’ai pas été à la hauteur. La fin de ma grossesse, les premières semaines de Pierre, la fatigue m’ont empêchée de l’accompagner comme j’aurais du le faire. Je m’en veux.

Je suis heureuse d’avoir pu lui dire au revoir, vraiment. Je n’aurais pas aimé la trouver morte dans son panier. J’ai pu cuisiner pour elle une dernière fois de la viande fraîche. J’ai pu la serrer très fort dans mes bras. Est-ce que Pierre a compris alors ce qui se jouait dans sa maison ? Je ne le saurai sans doute jamais. Il adore les chiens, peut-être tient-il ça de moi.

J’ai retrouvé ce texte de 2008, mon ancien blog. J’aime bien le relire pour me souvenir d’elle, parce que c’était exactement ça.

Complément d’âme 

« Je plonge dans ses yeux noirs chaque matin et chaque soir depuis sept longues années. Elle est là, bienveillante et constante. Elle a connu tous mes déménagements. Tous mes hommes aussi.

Elle m’a vue et me voit tout le temps et partout. Elle m’est si familière que je l’oublie parfois. Nous sommes un lot, nos amis le savent bien : jamais l’une sans l’autre, sauf rare exception.

Je déteste ceux qui pensent que je confonds ce chien avec un être humain. C’est me prendre pour bien bête. Elle n’est pas un ersatz d’homme ni d’enfant. Elle est un animal avec lequel j’ai noué une très grande amitié.

Je la respecte en tant que chien : pas d’habits ridicules ni de capture aux bras. Chaque matin, je la regarde courir sans laisse, renifler mille odeurs, et savoure ces instants autant qu’elle.

Sept ans bon sang. Ma plus vielle coloc. Ma plus grande histoire. Passés presque inaperçus, sans m’en rendre compte. Les souvenirs s’estompent… Mon histoire avec l’Homme, les soirées sur la plage, la maladie. Elle était toujours là.

Avec le temps, elle est devenue cette extension de moi qui m’a suivie partout. Son absence est un manque, c’est qu’il faut que je rentre, qu’elle m’attend quelque part.

Si un jour elle me quitte, je devrai réapprendre à être entière sans elle et ne l’imagine pas. Le plus tard sera le mieux.

Je ne te le dis pas assez souvent. Merci mon chien d’être juste là. »

Elle n’est plus là désormais. Pour me consoler, je me dis qu’elle a eu une vie longue et heureuse. Et je garde son amitié en moi comme un trésor.

On me demande souvent si j’aurai un autre chien. Les gens demandent cela tellement spontanément, le lendemain de la mort pourquoi pas. Moi je ne sais pas remplacer ce qui ne s’achète pas. Je ne me sens pas encore prête pour une nouvelle histoire de chien. Et je ne suis même pas sûre que l’envie revienne un jour. Ce n’est pas un chien qui me manque, c’est elle. Et puis j’ai tellement à faire avec Pierre. Aujourd’hui, je n’aurais pas le temps qu’il faudrait pour m’y consacrer. Un chien aussi, ça s’éduque, et pas n’importe comment.

J’espère en tout cas que Pierre aimera les animaux, qu’il pourra aussi un jour communiquer avec eux dans le respect de leur espèce. Cet amour, ce respect, ce sont des choses essentielles que j’aimerais lui transmettre. Et c’est déjà en bonne voie.

18 réactions au sujet de « J’avais un chien »

  1. Très beau et touchant ton article.
    Je suis enceinte et accouche à la fin de l’année.
    J’ai perdu ma mamie et 2 de mes furets cette année. Et le dernier de mes furets est très vieux. et en fin de vie C’est un grand vide en moi.
    La vie est vraiment étrange, remplie d’émotions fortes en yoyo, un coup de la joie, et puis beaucoup de tristesse.
    Heureusement que ce petit coeur qui bat en moi me donne la force d’avancer. Ne t’en veux pas pour ton chien, tu as fait tout ce que tu devais faire, lui offrir une vie merveilleuse pendant 13 ans. Tu ne l’oublieras jamais et c’est ce qui compte le plus.
    Les gens sont idiots à toujours demander si on va prendre un autre animal pour « remplacer ». Est-ce que je vais adopter une nouvelle mamie pour remplacer celle que j’ai perdu ?? Bien sûr que non ! Elle restera toujours dans mon coeur, entourée de tous les gens que j’aime et de mes boules de poils que j’aime et j’aimais par dessus tout.
    Je te souhaite du courage pour continuer à avancer et je ne doute pas une seconde que ton petit Pierre sera un passionné d’animaux.
    Bises

    1. C’est vrai que c’est bizarre, que la vie nous confronte à la mort et à la naissance en même temps. Merci de ton passage ici et bonne fin de grossesse !

  2. Ton témoignage m’a mis les larmes aux yeux.
    Nous avions un chien dans ma famille, je l’adorais (tout le monde l’adorait). On l’avait chez nous depuis mes 12 ans.
    Et puis un jour, alors que j’étais loin mes parents m’ont dis qu’il était très malade. Il avait 12 ans quand il a fallu lui dire au revoir.
    Les premiers temps il fallait que je me retienne de demander de ses nouvelles. J’avais l’impression qu’il allait venir m’accueillir quand je rentrais chez mes parents. Ça a été dur pour tout le monde surtout ma mère. Alors je comprends qu’encore aujourd’hui elle te manque.

    1. J’avais aussi un chien chez mes parents et ça a été très dur pour eux quand il est mort. Je crois qu’après le départ de leurs enfants pour leurs études, c’était un peu trop de vide d’un coup.

  3. J’ai le même modèle, des amours ces cavaliers King Charles !
    Apple a aujourd’hui 8 ans et je n’ose même pas penser au jour où elle ne sera plus là. Je la délaisse un peu depuis la naissance de mon fils et ca me fait de la peine car elle est toujours si douce et attachante. Elle a accueilli bébé avec beaucoup de bienveillance, moi qui pensait qu’elle serait jalouse…
    J’ai perdu mon labrador en 2009, elle était comme ma sœur, j’ai grandi avec elle et je pleure encore aujourd’hui lorsque je pense à elle.
    Je ne pense plus reprendre de chien après, leur perte est trop douloureuse.
    En tout cas ton article est très émouvant

    1. Merci 🙂 . C’est difficile de tout concilier, un chien est très chronophage et un bébé aussi, mais je suis sûre que tu n’as pas de quoi culpabiliser. Bientôt ils joueront ensemble ! De mon côté, la douleur de la perte n’est pas l’argument qui me ferait renoncer à un autre chien. Je trouve que le bonheur de toutes ces années avec elle la compense largement.

  4. Ici aussi on est des dingues de nos animaux. Le premier est toujours spécial je crois, comme le premier amour. Je pense que le temps n’atténue pas la douleur, ça nous arrive de pleurer de concert en pensant à nos premiers animaux décédés (et de flipper grave pour Plume et ses 10 ans …). C’est juste qu’on s’y fait avec le temps.
    Le Chti a des regrets identiques sur le décès de son premier chien, le toutou était malade et il s’en occupait moins ces jours là, ses parents l’ont piqué sans prévenir le Chti, il a pas pu lui dire au revoir. C’est toujours une blessure ouverte.

    Ici aussi si Plume décède je pense pas reprendre tout de suite un chaton. C’est tellement de travail pour les élever au début, comme un bébé. Après est-ce que je saurai vivre sans un chat ? Même si aucun chat ne sera comme Lenwë, Isryl ou Plume ?

    Bref, on les aime nos bêtes 🙂

  5. J’ai les larmes aux yeux … je pourrais écrire tout ou en partie ce texte …
    Moi, c’est un chat que j’ai adopté il y a 7 ans et lui et moi c’est … fusionnel.
    Et puis j’ai rencontré mon mari et ses 2 chats … et nous avons ainsi commencé à former une jolie tribu … Qui est maintenant agrandie par l’arrivée d’Ishka notre chienne loup tchèque et Oscar notre labrador adopté récemment à la SPA. Nous ne pouvons imaginer notre vie sans eux. Et il y a 3 mois, nous avons perdu le 1er chat de mon mari, il venait d’avoir 8 ans … Comme toi aujourd’hui, certes ,nous ne pleurons plus à chaudes larmes, mais nous avons le coeur serré et douloureux …
    Les animaux ont un vrai pouvoir sur nous, quand on sait les aimer, les respecter et les comprendre en tant que tels.
    Je te souhaite d’arriver à « faire ton deuil », et à avancer en gardant les souvenirs de ce compagnon de vie !

  6. J’ai lu cet article ce matin, et il m’a beaucoup touchée (même si je n’avais pas le temps de laisser un commentaire avant maintenant). Il m’a rappelé la relation que j’avais avec une de mes chattes, Belgazou de son petit nom, qui m’a accompagnée dans ma vie durant plus de sept ans, entre 2001 et 2008. Elle a été la compagne de mon adolescence et m’a suivie dans mes appartements d’étudiante. Elle est morte quelques mois avant que je ne rencontre mon mari, chez ma mère, alors que j’étais jeune fille au pair en Belgique. Ça a été un énorme choc et même si j’ai eu d’autres chats depuis (une qui est morte prématurément d’un souci cardiaque, à moins de 2 ans, et les deux que j’ai actuellement), elle n’a jamais été remplacée. J’adore mes chats, ce sont un peu mes bébés (un peu, parce que ce sont quand même surtout des chats), mais elle, c’était mon ombre. Alors je comprends tout à fait ce que tu as pu ressentir (même si pour moi c’est plus loin).

    Et j’aimerais bien avoir une chienne, pour retrouver une relation un peu similaire, très proche, avec un animal… mais bon, là, je ne sais pas si on aurait le temps de la sortir. Et niveau fusion, j’ai déjà Choupie qu’est pas mal (non, je compare pas ma fille à un chien, je dis juste que j’ai pas trop de place sur mes genoux). Quand je serais stabilisée niveau boulot (et si celui-ci le permet) et que Choupie sera plus grande, peut-être…

    (sinon en ce moment, Choupie est fan d’une de nos chattes ! elle passe ses journées à la martyriser, à lui mettre des couverture, à lui donner de la brioche, à parler avec elle, et à la masser avec des petites voitures… la pauvre bête vit un enfer !)

    1. J’envie un peu ceux qui vivent le quotidien avec un bébé et un animal ! Donc n’hésite pas à en parler davantage sur ton blog 🙂 . Et sinon nous adopterons peut-être un chien en même temps alors qui sait. Quand on en aura marre de l’éducation non violente version enfant 😉 .

  7. Oh merde! Tu me fais chialer! J’ai jamais eu de chien mais je rêve d’un bouledogue français depuis des années. Je me dis que je l’aurais après le départ de mes enfants de la maison…ou quand ils seront ados…

    Moi aussi je trouve les couples bébé/chiot très mignons mais je ne vois pas comment ça peut bien se passer au quotidien entre un tout petit chien et un tout petit bébé…mais ça on le met pas sur instagram hein.

    Bref…toutes mes condoléances (c’est comme ça qu’on dit non?) et je compte sur Pierre pour te redonner le sourire quand tu es nostalgique. 😉

    1. C’était pas le but de te faire pleurer ! Je pense que ça peut bien se passer, le couple animal / bébé mais je suis un peu trop maniaque et trop vite débordée peut-être alors ça attendra encore un peu… Et puis j’en ai déjà bien profité !

  8. J’ai toujours eu des chiens à la maison de 0 et 19 ans et ça a toujours été une grande joie. Je suis née avec un chien, j’ai grandi avec des chiens… je mourrai avec un chien hihi ? 😀 Pour moi, ce qui est bizarre, c’est de ne plus en avoir (là, ça fait 8 ans pile et mon dernier toutou est mort il y a 3 ans) et ça me rend triste que ma fille ne puisse pas avoir son compagnon à 4 pattes comme moi j’ai eu le(s) mien(s), surtout qu’elle adore visiblement les chiens. Je n’attends qu’une chose : avoir notre maison avec jardin pour enfin prendre deux grosses bêtes !
    Cela dit, je comprends tellement bien ton article… On ne remplace pas comme ça un animal qui nous a accompagné aussi longtemps. Ca devient un membre de la famille à part entière, même si ce n’est pas un humain, qui a ses humeurs, ses émotions et ses envies. C’est ce qui me fait le plus peur : revivre leur fin et cette douleur de perdre un être qui a fait partie de ton quotidien pendant 10 ans et +.
    Un an plus tard presque, est-ce que tu y vois plus clair ? 🙂

    1. Elle me manque toujours beaucoup et reste irremplacable. Mais j’ai des projets, car je veux en effet comme toi offrir à mon fils cette chance de grandir avec des animaux. Je pense que c’est vraiment bien. Pour commencer mon mari et moi réfléchissons à prendre dans les prochains mois un petit animal adapté : on hésite entre cochon d’inde, poisson rouge… Du coup ta photo la dernière fois m’a un peu refroidie pour les poissons, mais les cochons d inde meurent aussi… A voir. Après quand nos enfants seront « grands » (je me dis quand le dernier aura six ans en gros) je reprendrai un chien. D’ici là nous aurons une maison et moi plus de temps en tout cas j’espère.

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