Adaptation – semaine 2

Adaptation – semaine 2

Je ne m’attendais pas à ce que mon dernier article sur l’adaptation en crèche de mon fils ait autant de succès. Vous êtes un brin sadique et aimez me voir souffrir, c’est ça ? Je plaisante bien sûr. Peut-être que tout simplement, ce thème est presque universel au royaume des jeunes mamans. Un jour ou l’autre nous sommes toutes obligées de nous séparer de notre progéniture, hélas – ou pas !

Cette deuxième semaine d’adaptation s’est beaucoup mieux passée puisque je n’ai versé aucune larme ! Pierre non plus d’ailleurs, mais lui c’est normal 🙂 . Nous avons allongé le temps de séparation qui est désormais de deux heures. Vendredi, j’ai même eu la permission de quitter l’établissement pour la première fois ! La semaine prochaine, nous devrions ajouter le déjeuner puis la sieste au programme. Alors, nous aurons fait le tour et je crois que nous pourrons considérer cette adaptation comme terminée.

Au delà des effets bénéfiques sur l’enfant que j’ai du mal à analyser – parce que ce n’est pas du tout mon domaine, mais je fais confiance à ceux qui ont étudié le sujet – je suis désormais convaincue du bien-fondé d’une adaptation aussi longue et progressive pour la maman que je suis. Elle me permet d’observer l’environnement auquel mon bébé sera confronté lors des jours à venir : ses camarades, ses éducatrices, la façon dont la structure est organisée.

La grande majorité du temps, cela me rassure car tout ce que j’observe concorde avec l’image que je me faisais d’un accueil de qualité. Mais il y a eu ce petit incident, cette éducatrice encore très jeune qui se détourne de la table à langer. Cela me restait sur le cœur si fort, j’avais besoin d’en parler. Et c’est ce que j’ai décidé de faire. Je ne l’ai pas fait n’importe comment. J’ai reçu une formation d’encadrant pour mon travail et j’y ai appris à mener un entretien critique – un entretien qui consiste à faire un reproche. J’ai décidé d’utiliser cette méthode pour éviter que l’équipe se sente attaquée. J’en profite pour vous la donner, car je l’utilise souvent, et elle est presque magique, vraiment !

  1. Prévoir un horaire et un lieu pour l’échange

Mardi soir avait lieu une réunion des parents avec l’équipe. J’ai demandé à l’éducatrice référente de Pierre – qui est aussi la chef d’équipe – si elle aurait le temps de s’entretenir en privé avec moi dix minutes avant le début de la réunion. Elle a de suite accepté. Le soir venu, elle m’a proposé d’aller dans la salle du personnel qui nous garantissait un peu d’intimité.

2. Commencer par une introduction rassurante

« Pour commencer, je tenais à te dire que je suis vraiment ravie que Pierre intègre votre structure. Il se plait déjà beaucoup ici ».

3. Enoncer les faits sans jugement

« J’ai cependant observé quelque chose dont je voulais te parler. Lorsque j’étais là mardi, Karin s’est détournée un instant de la table à langer alors qu’elle changeait la couche de Paul ».

4. Evoquer son ressenti au regard de ces faits

« Cela m’a beaucoup inquiétée car il aurait pu tomber. J’ai désormais peur qu’il arrive la même chose avec Pierre. »

5. Formuler son attente

« Je veux que vous fassiez très attention à Pierre lorsqu’il se trouve sur la table à langer et j’aimerais que tu en parles avec Karin. »

L’entretien s’est extrêmement bien passé. L’éducatrice a su comprendre mes craintes tout en trouvant les mots pour me rassurer. Elle m’a promis d’en parler en réunion d’équipe. Elle m’a par ailleurs expliqué que Karin débutait encore dans ce métier et s’occupait pour la première année des plus jeunes. Le lendemain Karin est venue me trouver et s’est excusée elle-même personnellement pour son inattention. Elle m’a promis que cela était exceptionnel et ne se reproduirait plus. J’étais épatée par la gentillesse, le calme et la maturité de son discours alors qu’elle n’a sans doute qu’une vingtaine d’années. Je me suis sentie mieux après avoir évoqué ce problème et je pense que l’équipe ne m’en veut pas de leur avoir fait cette remarque. J’espère maintenant avoir l’occasion de leur montrer que j’apprécie par ailleurs leur travail – et n’en vois pas que les défauts. Elles se donnent vraiment à fond pour les petits qu’elles accompagnent, leur engagement et leur énergie m’épatent. Je regrette de ne pas leur avoir encore dit mais je trouverai l’occasion d’un petit mot ou d’un cadeau.

Concernant les grains de raisin – vous vous souvenez ? Les autres enfants en amènent au goûter et j’avais peur que Pierre n’en prenne un et s’étouffe – je leur en ai parlé plus simplement, en leur expliquant à l’occasion que Pierre ne pouvait pas encore manger ce type de morceau. Encore une fois, elles ont su me rassurer en me promettant qu’elles y feraient attention.

Vendredi, lorsque je lui ai dit : « Je m’en vais maintenant Pierre, je reviens te chercher plus tard » je suis convaincue qu’il a compris ce qu’il se passait. Ses yeux ont hésité un instant puis il a repris son jeu et m’a laissée partir. Je suis sortie alors, montée dans ma voiture et là c’est un drôle de sentiment qui m’a envahie. J’ai eu l’impression que nous avions franchi une grande étape tous les deux. Lui comme moi nous sommes ré-individualisés. Même si c’est dur et neuf encore, je crois que je peux exister sans lui à nouveau désormais – enfin, deux heures par jour 😉 .

18 réactions au sujet de « Adaptation – semaine 2 »

  1. Ré-individualisé c’est bien le mot, pour toi. Lui c’est individualiser tout court plutôt. Mais c’est vrai que ça doit faire bizarre, je vois moi j’ai l’habitude d’être une hydre à deux têtes maintenant presque… Je pense que j’aurai pas le droit à une adaptation aussi longue et bonne (question de poisse) et que je vais avoir du mal ^^’

    1. Oui j’ai pensé à ça en écrivant le mot ! Mais bon en ajoutant des parenthèses sur le re ça faisait un peu lourd 😉 . C’est clair que quand on reste à la maison à 100% sans aide à côté, la relation a vite tendance à devenir fusionnelle, j’en suis un bon exemple. En ce sens c’est peut être pas si mal dans mon cas qu’on se sépare un peu. J’espère que le jour venu tu tomberas sur une bonne équipe aussi, ou une super nounou, et que tu te sentiras bien. Et tu pourras compter sur mon soutien bien sûr !

  2. Pfiouuu je vais jouer les troubles fêtes mais tu en fais beaucoup….t’as déjà eu de la chance de ne pas retourner au boulot deux mois après la naissance, c’est déjà un grand garçon…je pense que toutes ces précautions ne sont pas très utiles pour lui, ça te rassure toi, et si t’es aussi anxieuse t’es pas sortie de l’auberge !

    1. Bonjour et bienvenue ici ! J’ai conscience d’en faire beaucoup et d’avoir de la chance, je l’ai déjà souligné dans d’autres articles préalables. Je suis sans doute aussi un peu trop anxieuse… Cependant la confiance et le dialogue me semblent essentiels pour pouvoir le confier en paix à des mains étrangères alors je ne regrette pas d’avoir parlé aux éducatrices.

  3. Bonjour,

    concernant la démarche, c’est typiquement une habilité proposée par Faber&Mazlich (« parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent »). Ayant une formation scientifique, j’ai toujours cru que ma voie, c’était l’expertise. Gérer des gens, trés peu pour moi! Et puis j’ai eu des enfants, dont un ainé au sommeil extrement compliqué (réveils tous les 45 min à partir de 1h du matin pendant 2 ans. Rien n’y a fait, nous ne savons tjrs pas pourquoi. QUant à l’endormissement seul………..) et dasn l’opposition. J’ai été obligée, d’une certaine manière, à me plonger dans la CNV et toutes les habilités. Aprés cette « formations » sur le terrain pendant 3 ans, manager une équipe me parait presque simple.
    C’est toujours un plaisir de vous lire. Vos articles sont trés bien structurées. Quant à l’adaptation, c’est un moment difficile à passer. Rien n’est acquis, prenez les choses comme elles viennent. Parole de maman qui aime tout contrôler!

  4. Oups, toutes mes excuses pour les fautes. Quelles erreurs de ne pas se relire!
    Un dernier commentaire: pour avoir travailler en Allemagne (et en Autriche), sans enfant, je suis vraiment interessée de voir votre point de vue de maman dans ce pays. Concilier travail et maternité m’avait effectivement paru compliqué. Et les femmes qui travaillaient commençaient à 6h pour finir à 14h.

    1. Merci pour votre passage par ici ! En effet en Allemagne concilier travail et maternité n’est pas toujours une évidence…Et vous avez raison, je dois prendre les choses comme elles viennent. Nos enfants nous apprennent à moins contrôler !

      1. Je ne peux que être d’accord sur le lacher prise. Mais je ne parlais que des émotions. En ce qui concerne les personnes qui s’occupent de mes enfants, je dois paraitre extrêment pénible. Quant à l’anecdote sur la table à langer, j’aurais fait pareil. Je vais même plus loin, je précise que mes enfants sont des anguilles, qu’il faut faire attention.

  5. C’est chouette ! Et je retiens ta méthode (de pro) pour dire les choses pas agréables à entendre 😉

    Profite aussi de tes moments seule, ou seule avec ton mari, tu vas voir, c’est agréable aussi 🙂

    1. Eh eh vendredi j’en ai profité pour boire un café entre copines SANS bébé et aujourd’hui pour aller faire les boutiques SANS bébé. Je sens que je vais en profiter 😉 .

  6. Bon en fait, cet article contredit un peu mes « voeux » dans mon dernier commentaire ! Finalement tu es contente d’avoir pu observer si longtemps, et tu auras du coup la possibilité d’imaginer ce que fait ton fils dans la journée quand il est loin de toi. Ce sera sûrement très réconfortant. Bon courage pour la nouvelle semaine qui s’annonce !

    1. Je pense sue ce point – comme sur presque tous en fait – que nous sommes toutes différentes. Une bonne amie me confiait que cette adaptation à rallonge avait été une torture pour elle, et qu’elle ne voulait absolument pas renouveler l’expérience avec son deuxième. Moi je crois que ça me convenait bien 🙂 .

  7. Cette crèche a l’air d’avoir de très bons professionnels, qui semblent pouvoir prendre le recul nécessaire face aux « critiques » ou en tout cas aux remarques et différentes craintes des parents. C’est important ! Ainsi, tu laisses ton petit avec un sentiment de sécurité. Et malheureusement, ce n’est pas tous les jours que les mamans tombent sur ce genre d’établissement ! Déjà, une adaptation aussi « longue », en effet, permet vraiment à TOUT le monde de prendre ses marques et de s’apprivoiser 🙂
    A bientôt pour « la routine de la crèche » !

  8. C’est très bien que tu ai réussi à en parler : ça t’a rassurée et en plus l’équipe se rend compte des « failles ». C’est surtout très bien que tout se passe bien. C’est une séparation difficile mais essentielle, la faire en douceur comme tu le fais je trouve que c’est top. Je suis ravie pour toi, et pour lui !
    Bises, Elsa.

  9. Je pense qu’une adaptation progressive comme toi est vraiment le modèle idéal ! Et les professionnels de ta crèche ont l’air à l’écoute et responsables, ça fait du bien de voir ça en tant que maman 🙂
    Chez nous, adaptation pendant 2 heures seulement une semaine avant l’entrée à la crèche : tu déposes bébé, tu pars 2 heures, tu reviens la prendre et si ça s’est mal passé … ben tantpis. Pas de souci pour nous parce que Croquette était un bébé facile et pas timide mais je crois que ça peut être très perturbant pour certains et pas du tout suffisant…!

    1. Oui je crois que nous avons eu beaucoup de chance avec cette crèche, la méthode proposée, etc. Cela dit j’ai aussi eu des retours différents de mamans qui trouvaient que cela rendaient le processus trop long et donc plus douloureux au final… En fait je pense que chaque enfant est différent le top ce serait une méthode flexible !

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