Mon début de grossesse

Mon début de grossesse

Voilà la seule période qui a précédé la naissance sur laquelle je n’ai encore rien écrit. Sur le blog Dans Ma Tribu, j’avais raconté il y a fort longtemps notre décision d’arrêter la contraception, puis le déroulement de nos essais qui ont duré quatre mois. Ici, j’ai déjà parlé de mon dernier trimestre que j’ai dû passer alitée et de mon accouchement qui s’est très bien passé. Le deuxième trimestre n’a pas été particulièrement marquant. Au milieu de tout ça, il y a eu les premières semaines de grossesse…

C’est difficile à raconter a posteriori parce que je connais la fin. J’ai un bébé merveilleux et en bonne santé, je suis très heureuse au quotidien. Alors venir vous dire que ces premières semaines de grossesse font partie des pires de ma vie, c’est désagréable. C’est désagréable parce que je me sens triste et coupable envers mon petit Pierre. J’ai peur qu’il ait ressenti quelque chose, de ne pas l’avoir suffisamment bien accueilli. C’est désagréable aussi parce que je sais que beaucoup rêvent de tomber enceinte, d’avoir un bébé en bonne santé, et que j’ai un peu l’impression de me plaindre pour rien. D’un autre côté, je me souviens qu’à l’époque, ce qui m’a fait tenir, ce qui m’a rassurée, c’est de savoir que je n’étais pas seule. Qu’il était arrivé à d’autres femmes de faire une grosse déprime pendant la grossesse. Et que ça n’avait pas fait d’elles des mères abominables. Alors je me dis que si mon témoignage peut en rassurer d’autres, ce serait aussi très bien.

J’essaie de vous resituer le contexte. Nous sommes au printemps 2014. J’ai arrêté la contraception depuis le mois de décembre, je guette chaque mois les symptômes mais reste – à peu près – sereine. Mon mari et moi avons réservé notre voyage de noces en Asie pour les vacances de Pâques. Nous devons d’abord passer une semaine en France chez mes parents – y déposer le chien – puis nous envoler vers la Corée. Je suis alors convaincue que la grossesse n’est pas une maladie et que quoiqu’il arrive, nous pourrons conserver nos plans. Début avril je remarque quelques petites choses : mes seins sont très tendus, je dors mal… D’un autre côté j’ai des saignements que je prends pour mes règles. Bizarre ! Je finis par faire un test qui se révèle positif. Je suis très heureuse mais un peu inquiète aussi : pourquoi je saigne ?

Lorsque je me suis rendue chez ma gynécologue la première fois pour faire confirmer ma grossesse, elle a été très rassurante. Elle a supposé que ces saignements étaient dus à la nidation. En revanche elle m’a fortement déconseillé de me rendre en Asie. Elle m’a dit en gros : « On ne sait jamais, s’il se passe quelque chose sur place… Restez plutôt en Europe.  » C’était un premier coup dur : il fallait annuler notre voyage, du moins sa partie asiatique. Bien sûr nous n’avions pris aucune assurance annulation, et allions perdre de ce fait beaucoup d’argent. Et puis les saignements ont continué, ils se sont amplifiés. Je suis retournée la voir et cette fois elle a été beaucoup moins optimiste. Elle m’a donné de la progestérone pour favoriser l’implantation puis elle a dit : « On ne peut rien faire d’autre que d’attendre. Si les saignements augmentent, rendez vous à l’hôpital. Sinon, il faudra refaire des dosages d’HCG (l’hormone de la grossesse) et une échographie la semaine prochaine. On pourra voir alors comment les choses évoluent. » La semaine suivante, je devais déjà être en France, chez mes parents. Elle m’a dit que ça ne posait pas de problème, que je pourrais faire ces examens là-bas.

Je suis donc partie en France seule – mon mari devait me rejoindre quelques jours après sur place – convaincue d’être en train de faire une fausse couche (je ne suis pas optimiste de nature) et envisageant déjà dans quel hôpital je devrais me rendre. Sur place je n’ai parlé de l’affaire a personne. Je n’aime ni être plainte ni être consolée, je voulais régler cela seule. J’ai déniché un cabinet d’infirmière et un gynécologue et suis allée faire les contrôles demandés. Incroyable : ils étaient tous bons. Les saignements avaient cessé sous l’effet de la progestérone. J’ai même pu pour la première fois écouter le petit cœur. J’aurais du me réjouir, être rassurée. Mais ce ne fut pas du tout le cas. Je restais persuadée que quelque chose n’allait pas, que saigner pendant sa grossesse n’était pas normal. Je vivais très mal le fait de prendre des hormones, j’avais l’impression que ma grossesse se poursuivait de manière factice, artificielle. Et puis nous devions annuler notre voyage, mais pour faire quoi ? Lorsque mon mari m’a retrouvée en France nous nous sommes trouvés comme pris au piège. Nous n’osions pas partir en Asie puisque la gynécologue nous l’avait déconseillé – les médecins français aussi, d’ailleurs. Nous ne pouvions pas rentrer en Allemagne de peur que tout le monde ne se doute de quelque chose – Comment justifier l’annulation d’un voyage de noces ? Et nous ne pouvions pas rester chez mes parents sans alerter toute la famille vivant autour. Nous avions deux semaines à tuer… Je refusais obstinément de dire la vérité à qui que ce soit. J’étais dans une espère de déni. J’aurais aimé rester sous terre le temps que les semaines passent et confirment ou non l’issue de mon état. Mon mari m’a un peu raisonnée et nous avons adopté le plan d’action suivant : confier à nos parents respectifs ce qu’il se passait, leur demander de mentir à tout le reste de la famille et partir pendant ce temps nous cacher en Italie. C’est ce que nous avons fait. Quand j’y repense je me rends compte que c’était un peu fou. Je recevais des messages nous souhaitant un bon voyage de noces en Corée. Certains m’en ont voulu, après coup, de n’avoir rien dit. Mais j’étais prête à tout pour ne pas en parler.

Nous voilà donc mi-avril en Toscane. Je crois que mon mari et moi sommes d’accord pour dire que ce sont les pires jours que nous avons passés ensemble. Les nausées ont commencé, je vomissais tous les matins et n’avais d’appétit pour rien qu’on puisse trouver au restaurant. Je ne savais jamais en plus, ce que j’avais le droit de manger ou pas, et faire une erreur me tétanisait. La nuit, je ne dormais pas et enchaînais les insomnies. La journée, j’oscillais entre larmes et crises d’angoisse. J’avais peur de marcher trop longtemps ou de trop me fatiguer, je me disais que l’embryon allait forcément se décrocher. J’allais aux toilettes toutes les dix minutes vérifier que les saignements ne recommençaient pas. J’ai imaginé 1 000 fois que le petit cœur s’était arrêté de battre. J’ai fait l’erreur de lire sur internet. J’y trouvais les pires récits de fausse couche. Je me disais que les hormones empêchaient un processus naturel de se réaliser et augmenteraient mes souffrances à venir. Mon état ne me rendait pas gentille, au contraire. J’étais très agressive avec mon mari, cherchais à régler mes comptes. Je crois que nous ne nous sommes jamais autant disputés. J’étais dépassée par l’absurde de la situation telle que je la vivais : j’avais annulé notre voyage de noces, menti à tous mes proches, pour attendre une fausse-couche. Au bout d’une semaine, épuisés, nous avons décidé que tout cela n’avait aucun sens. Nous avons annulé le reste de nos vacances en Italie – et de nouveau perdu beaucoup d’argent. Tant pis pour les doutes potentiels de nos collègues, nous avons téléphoné à nos chefs respectifs, dit que nos vacances avaient du être écourtées pour raison de santé, nous sommes retournés en Allemagne et avons repris le travail.

Ce fut la seule bonne décision que nous avons prise au cours de ce mois, je crois. A partir de ce moment là j’ai commencé à me sentir un peu mieux. Au travail personne ne savait rien, tout le monde continuait à vivre, à penser à autre chose. Ça me faisait du bien. Personne ne m’a posé de questions embarrassantes comme je le redoutais. Alors j’ai pu moi aussi, pour quelques semaines, mettre cette grossesse que je ne considérais pas encore comme telle entre parenthèses.

Le 9 mai, je me souviendrai toujours de cette date, j’avais un nouveau rendez-vous avec ma gynécologue. J’en étais alors à 9SA exactement. Elle devait me faire une nouvelle échographie de contrôle. Je tremblais de tous mes membres quand je m’y suis rendue. Je m’attendais déjà aux prochaines étapes terribles, le cycotec, l’aspiration ou le curetage. J’avais très, très peur de tout cela. Juste avant d’entrer dans le cabinet, j’ai reçu des messages très encourageant de mon mari, de ma meilleure amie (la marraine de mon fils aujourd’hui) et de ma soeur, au courant. Ils m’ont vraiment fait du bien. Je me suis dit que quoiqu’il arrive, eux étaient là. Et puis la gynécologue m’a reçue, elle a mis en marche sa machine… Et là j’ai vu sur l’écran, une espèce de petit haricot rouge avec quatre toutes petites pattes qui s’agitaient. Je n’en revenais pas de voir ça. Je suis tombée folle amoureuse de ce petit haricot. Et j’ai presque versé quelques larmes d’émotion (et ce n’est pas mon genre).

Après ça a été mieux. Je n’ai pas beaucoup aimé être enceinte, je suis restée angoissée tout au long, mais les semaines qui ont suivi ce rendez-vous n’ont rien eu à voir avec celles qui l’avaient précédé. Je me suis enfin considérée enceinte, et pas dans l’attente d’une fausse-couche.

Pour la petite histoire mon mari et moi prenons désormais systématiquement des assurances annulation. Et pour toutes les grossesses qui suivront nous ne prévoirons plus jamais de quitter l’Europe 😉 !

10 réactions au sujet de « Mon début de grossesse »

  1. Ah c’est drôle, ça ressemble beaucoup à mon début de grossesse !

    Nous c’est notre voyage de PACS en… Italie que nous avons annulé au dernier moment. J’ai commencé à avoir des saignements vers 3SG et ils ont duré 10 jours, c’était l’angoisse permanente. J’étais persuadée de faire une seconde fausse couche (puisque je venais d’en faire une deux mois avant), et je dois dire que l’angoisse ne m’a pas quitté de toute la grossesse. Je rêve d’une deuxième grossesse plus sereine, sans trop y croire, vue ma nature angoissée.

    Je comprends bien ce sentiment d’attendre la fausse-couche. Moi aussi, j’attendais qu’un problème me tombe dessus, comme si c’était inévitable. Et pourtant on a chacune un bébé en pleine forme aujourd’hui !

    Mais alors « toutes les grossesses qui suivront » vous comptez en faire beaucoup dis donc 🙂 !?

    1. Ah oui effectivement ça y ressemble beaucoup ! Moi je ne suis pas très optimiste pour la prochaine grossesse à vrai dire… La MAP et l’alitement ont aussi laissé des traces. Mais qui sait ?
      Sinon ben il faut que j’écrive un article sur nos projets c’est prévu ! Mais en résumé, mon mari veut une famille nombreuse et des enfants rapprochés. Et moi… J’ai déjà réussi à négocier un délai pour BB2 et je ne suis pas encore sûre de vouloir aller au delà 😉 .

  2. Que ça a été dur ces 9 premières semaines…je trouve ta réaction violente et ton sentiment de culpabilité « normaux » puisque je pense que j’aurais réagi à peu près de la même façon. Tu pensais perdre ton bébé, ce n’est pas « un rien », c’est la pire idée qu’une future maman puisse avoir. C’est normal de réagir violemment, de déprimer, de ne pas se sentir enceinte…
    Quand je lis ton histoire et les autres histoires de femmes qui ont lutté (qui luttent encore) pour donner la vie, je me rends compte de ma chance.
    Ta prochaine grossesse sera probablement plus sereine.

    1. Merci c’est vrai tu as raison ce n’était pas facile… Malheureusement comme la suite n’a pas été géniale non plus (MAP, alitement, accouchement prématuré) je ne suis pas sûre que ma prochaine grossesse sera plus sereine. En revanche maintenant je sais qu’au bout m’attend une aventure géniale, je pense que ça m’aidera !

  3. Je me retrouve aussi un peu dans ton récit… Les nausées, l’envie de rien, les crises d’angoisse et le comportement irrationnel.

    C’est une anecdote que je raconte souvent, alors tu la connais peut-être déjà, mais l’avant-veille de mon mariage, alors que j’étais enceinte de quelques semaines, je me suis mise à saigner aussi. J’ai attendu que ça passe jusqu’au lendemain en tentant de garder mon calme, et ce n’est pas passé. Le soir, j’étais persuadée de faire une fausse-couche et je pleurais toutes les larmes de mon corps. J’étais ce jour-là chez ma mère et nous nous sommes beaucoup engueulé, car elle ne comprenait pas pourquoi je le prenais aussi à cœur. Le lendemain, veille de mon mariage, donc, nous sommes allées avec ma mère (vêtue de sa blouse et de son badge, histoire de ne pas avoir à attendre) dans l’hôpital où elle travaillait pour passer une écho… et tout allait bien ! Le cœur battait, j’ai demandé si on pouvait me certifier que je ne faisais pas une fausse-couche et si je pouvais partir me marier tranquille, et on m’a dit que pour le moment, il n’y avait aucune raison de le penser. Je suis rentrée, j’ai fait mes bagages, et on est tous partis préparer le mariage.

    Bon, ça ne m’a pas sauvée pour autant puisque toute ma grossesse a été une grosse catastrophe physiquement et moralement. D’ailleurs le mariage a été une catastrophe, et les jours qui ont suivi le mariage (avec le stress et la fatigue accumulés, l’adrénaline qui retombe…), les pires de ma vie. Je ne pensais pas constamment que j’étais en train de faire une fausse-couche, mais j’ai eu tellement peur ce jour-là que l’angoisse n’est jamais vraiment partie (l’avantage, c’est que comme j’étais complètement apathique, déprimée et shootée aux anxiolytiques, je ne m’engueulais pas avec mon mari) (ah oui, et le second avantage, c’est que malade comme j’étais, je ne l’avais caché à personne et j’ai pu me plaindre tout mon saoul).

    Bref, voilà, ton début de grossesse me rappellent mes premiers jours de femme enceinte… C’est pas super marrant, mais quand on a vécu ça, je suppose qu’on a une sorte de traumatisme à évacuer, et ça fait du bien d’en parler. Second point commun : on a donc toutes les deux un voyage de noces à rattraper (enfin, peut-être que toi tu l’as fait, mais nous on n’est pas encore partis depuis tout ça !) 🙂

    1. Je crois que si à l’époque j’avais su combien de femmes saignent et dépriment pendant leur grossesse, ça m’aurait vraiment rassuré. Beaucoup me disent « moi aussi » maintenant quand je leur raconte. Mais je croyais alors que enceinte = pas de sang = épanouissement généralisé. J’ai aussi pensé aller consulter à notre retour d’Italie si mon état psychique ne s’améliorait pas. Le fait que tu l’évoques sur ton blog m’a beaucoup aidé alors (je crois même que je l’ai découvert grâce à ça !).

      Concernant le voyage de noces à rattraper ce n’est pas fait et n’est pas près de se faire je crois. Nous souhaitons continuer à agrandir la famille et nous sommes plutôt du genre parents poules (sur ce point mon mari est presque pire que moi) : nous n’avons pour le moment même pas laissé Pierre à garder pour une soirée… Heureusement nous avons bien profité avant avec plusieurs grands et beaux voyages à deux. L’argent qu’il reste de nos cadeaux de mariage, nous l’avons mis de côté, et nous prévoyons le jour où nous aurons une grande maison (c’est en projet) de l’utiliser pour nous acheter des cadeaux plus classiques : de la jolie vaisselle etc.

  4. A moins d’être complètement inconsciente, les débuts de grossesse sont la plupart du temps angoissants pour toute future maman. On connaît toutes le risque de la fausse-couche … Alors quand il y a en plus des saignements, j’imagine que c’est une période très éprouvante 🙁 Ton récit est un peu « fou » mais je comprends totalement votre décision d’annuler votre voyage de noces et ensuite de rentrer en Allemagne ! Pour Pierre, j’ai eu de la chance et ma grossesse s’est très bien passée (juste des nausées et des brûlures d’estomac pendant 1 mois). Par contre, cette 2ème grossesse a mal commencé dès la 1ère consultation chez la gynéco à 5 sa 🙁 J’avais un kyste sur l’ovaire et courrais le risque de perdre le bébé si le kyste se tordait ou se rompait (car opération sous anesthésie générale). Bref, j’ai attendu le pire pendant les 12 premières semaines, je ne me suis pas du tout projetée … Et en même temps, j’avais des nausées 24 heures sur 24 … Et suite à mon hospitalisation, on a annulé nos vacances … Et nous aussi, on n’avait pas pris d’assurance … Evidemment !!!
    Maintenant, tout semble bien allé 🙂 Mais je reste prudente (j’ai bien compris la leçon) et je n’ai plus du tout envie d’une 3ème grossesse !!

    1. Je suis triste de lire que ta deuxième grossesse a été si éprouvante et je ne savais pas qu’elle l’avait été depuis le début ! Je te souhaite alors un très bon accouchement et de bons débuts avec BB2 ! Pour ce qui est de l’envie d’une troisième grossesse je comprends très bien… Moi je sais que je veux avoir un deuxième enfant mais si je pouvais le commander sur internet, ça m’arrangerait !

      1. Il y a des grossesses plus compliquées que la mienne mais j’avoue que pour le coup, l’envie d’une 3ème m’est bien passée ! Surtout que celle pour Pierre avait été tellement facile, je ne m’attendais pas à Ça. Tu me fais rire pour la commande sur internet! Tu crois qu’il y aurait une garantie ?!

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