Travail / Famille : l’impossible équilibre ?

Travail / Famille : l’impossible équilibre ?

Bien avant de devenir maman, avant même de rencontrer mon homme, j’avais déjà une image assez claire de l’équilibre que je souhaitais avoir entre ma vie professionnelle et ma vie familiale. Il faut dire que ça a été un sujet très (trop) présent dans mon enfance. Alors je savais notamment ce que je ne voulais pas reproduire.

Tout d’abord je voulais que mon enfant fasse relativement tôt son entrée en collectivité. J’ai été gardée jusqu’à l’âge de quatre ans par ma mère puis ma grand-mère. J’ai sans doute été choyée autant que possible par ces deux femmes que j’adore. Mais à quatre ans, quand j’ai débarqué en maternelle, le choc a été très, très dur. Vous me croirez ou pas, mais je me souviens encore de mon angoisse chaque matin quand ma mère m’y déposait. C’était tout simplement horrible. Et l’angoisse a duré jusqu’à l’entrée au lycée. Aujourd’hui encore, je fuis les groupes et suis restée solitaire dans l’âme. Alors pour moi c’était sûr : mon enfant rencontrerait au plus tôt d’autres enfants. C’est d’ailleurs le même argument qui a déterminé mon choix d’activités avec lui.

Lorsque j’ai eu quatre ans, ma mère a repris le travail et s’y est énormément investie. Elle n’avait pas forcément le choix non plus : elle avait demandé un temps partiel qui lui avait été violemment refusé. Aujourd’hui encore, je suis fière d’elle et de la carrière qu’elle a alors construit. C’est grâce à cela aussi que j’ai pu étudier dans de si confortables conditions. Sauf que du coup, à partir de ce moment là, j’ai eu l’impression de ne plus la voir. Je me souviens avec quelle impatience j’attendais 19 heures, l’heure à laquelle elle rentrait généralement, et comme je me réjouissais des jours où j’étais très malade, et où elle restait avec moi. Dans mes souvenirs, elle n’est jamais venue me chercher à l’école, n’ a participé qu’une fois à une réunion prof/parents, n’est quasiment jamais venue me voir à la danse. C’était mon père, ma grand-mère ou mon grand-père qui s’en chargeaient. Je ne disais rien, mais j’en souffrais beaucoup. Je me sentais abandonnée. La situation me semblait d’autant plus dure à accepter que la plupart des mamans de mes amies, elles, ne travaillaient pas ou très peu. Bref pour moi c’était sûr : je voulais un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. J’ai fait mes choix de carrière en fonction. Je gagnais beaucoup plus d’argent dans le privé, où j’ai commencé ma carrière. Mais j’ai voulu intégrer la fonction publique : je ne m’y verrai jamais refuser un temps partiel ou un aménagement d’horaires. (Oui, je suis une grosse chanceuse qui travaille dans une « niche », qui a pu faire des choix de carrière, et pas simplement aller où elle pouvait).

J’avais donc deux principes en tête : la collectivité « assez » tôt et travailler, mais pas « trop ». Et c’est là qu’interviennent les guillemets. Oui parce qu’en fait, ça veut dire quoi, « assez » tôt et pas « trop » ? Aujourd’hui que ces choix deviennent concrets, je trouve qu’il est très difficile d’y répondre. Je regarde ce qui se fait autour de moi, je parle avec d’autres, me questionne. Et me rends compte qu’il y a presque autant de réponses que de personnes. Les psychologues ne sont pas du tout d’accord entre eux sur le sujet. De combien de temps avec sa maman a besoin un enfant ? Jusqu’à quand ? Et de quel temps parle-t-on, au fait ? Un temps d’échange de qualité, même court, ne remplace-t-il pas des heures de présence vague ? Quelles sont les avantages de la collectivité ? Les réponses apportées à ces questions sont presque diamétralement opposées en France et en Allemagne. Ici, les mentalités commencent doucement à changer, mais la mentalité dominante reste : avec maman les deux premières années, l’école à mi-temps seulement ensuite. En France au contraire, la plupart des mamans (en tout cas dans mon entourage) confient leur bébé à des mains extérieures dès la première année. Et l’école, malgré les récents aménagements, reste du temps plein.

J’ai essayé de trouver mes réponses, de m’inspirer de celles qui m’entourent et dont j’apprécie les méthodes d’éducation au premier rang desquelles se trouve ma grande sœur. J’ai aussi pris en compte les contraintes financières et de carrière car il faut quand même bien malheureusement. Et je suis arrivée au programme suivant : rester un an à la maison avec Pierre, puis le mettre en crèche tout doucement. A partir de ses un an, je reprendrai le travail à 80%. Je le déposerai tous les matins à 7h30 et viendrait le chercher à 14h30, après sa sieste. Nous prendrons une femme de ménage pour que je puisse en profiter. Je me dis qu’ainsi, nous aurons encore chaque jour tous les deux une longue après-midi, que c’est un bon équilibre. Parfois j’ai peur : et si c’était trop, trop tôt, et si je me trompais ? Et si un bébé avait vraiment besoin de sa maman à temps plein jusque deux ou trois ans ? D’un autre côté parfois je me sens si malhabile dans mon rôle de maman, je me dis que ça ne pourra pas lui faire de mal de voir autre chose ? J’espère que tout se passera bien et que notre quotidien à partir de l’automne effacera mes doutes. Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ?

7 réactions au sujet de « Travail / Famille : l’impossible équilibre ? »

  1. Je ne pense pas que ce soit trop tôt, non.
    Il sera certainement ravi, après un temps d’adaptation, de rencontrer d’autres adultes, jouets, de se faire des copains. Et vous vous retrouverez avec encore plus de bonheur à 14h30.
    On est sur ce modèle là à la maison, et ça nous convient parfaitement à toutes les deux ! Je profite même bien mieux d’elle depuis que j’ai aussi du temps sans elle 😉

  2. J’envie ton organisation, pour tout te dire 🙂 Dans l’idéal, j’aurais fait pareil. Après, on peut dire que tu as très bien mené ta barque professionnellement alors que je me suis plutôt laissée portée par le fil de l’eau (ça me fait penser à une chanson) (ah oui, c’est « Bateau sur l’eau ») (merci le jouet de bain musical offert par Papy).

    Je ne sais pas si les « phobies scolaires » trouvent vraiment leur origine dans un manque de socialisation précoce. Je sais que moi qui allais en nounou (mais pas en crèche, c’est vrai), j’ai fait une énorme crise pour mon premier jour d’école : j’ai renversé toutes les tables et les chaises dans un accès de rage (douce enfant). Et je ne crois pas qu’en maternelle, j’avais beaucoup d’amis (après si, hein, je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières). Pourtant, je devais avoir été gardée exactement de la même façon que mes petits camarades, la crèche étant très minoritaire à l’époque…

    Je n’ai aucune idée de ce que l’avenir nous réserve d’un point de vue professionnel, j’ai une visibilité uniquement sur cinq mois, ce qui fait court 😉 Idéalement, je voudrais un mi-temps à l’extérieur (ou un plein temps à l’intérieur mais je ne vois pas trop comment). Ma mère était à mi-temps durant notre enfance, et je n’ai pas le souvenir d’un manque. Je crois que ce serait pour nous le meilleur compromis possible entre revenus suffisants et temps passé avec son enfant.

    1. Oui j’ai pensé en écrivant cet article – et je l’ai d’ailleurs écrit aussi je crois – que j’avais avant tout énormément de chance. Ne serait-ce que de pouvoir choisir, ce qui est impossible dans 99% des cas (les mamans subissant par ailleurs souvent un chômage ou un poste à temps plein non négociable). Mais du coup j’ai aussi une plus grosse responsabilité, je ne pourrai pas vraiment dire que je n’avais pas le choix !
      Concernant les phobies scolaires tu as raison au fond ça n’aurait peut-être rien changé. Mais d’un autre côté je trouve quatre ans vraiment très tard (classiquement c’est trois) pour faire une rentrée et je pense que ça ne m’a quand même pas aidé.
      J’espère vraiment que tu vas trouver le poste qui correspond à tes attentes !! Je te serre les pouces comme on dit en allemand pour te porter chance :).

  3. Coucou, je crois que quand on est maman française en Allemagne, on est confrontée à 2 grands questionnements (et sûrement plus par la suite mais je n’ai pas encore eu l’occasion de m’en rendre compte ^^) : l’allaitement et le mode de garde ! J’imagine que selon l’endroit où on habite, cela peut un peu varier mais dans l’opinion générale : tu allaites et tu gardes ton enfant à la maison. Il n’y a pas vraiment de choix ! Pour l’allaitement, quand j’ai annoncé ma grossesse à mon chef, il m’a dit « et tu allaites bien sûr ! » « Euuuuh oui, je crois que peut-être c’est ce que je ferai » J’étais méga choquée qu’un homme et de surcroît, mon boss me sorte ce genre de choses ! Ensuite, viens le temps de la non-question du mode de garde. Tu n’as pas trop le choix non plus parce que trouver une crèche qui accepte les enfants de moins de un an … Cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin (du moins par chez moi, dans les vraies grandes villes, c’est peut-être différent). Là aussi, j’en ai entendu des pas mal ^^ Par exemple, belle-maman qui commentait le fait qu’une de mes amies reprenait le travail à temps partiel après 14 mois passés avec son fils « pauvre enfant, il va être traumatisé et perturbé !!!!!!! ». Personnellement, je suis allée chez une nounou vers 4 mois (avec quelques heures passées à la crèche familiale) et je me trouve plutôt équilibrée … Bref, j’habite dans un village et la mentalité n’est pas très moderne ^^ Et la Sarre est un des Länder où il y a le plus de mères au foyer … Re-bref ! 🙂 Ceci dit, maintenant que mon fils est grand (19 mois demain, je vais pleurer !!), je me rends compte qu’il a besoin vraiment besoin de voir d’autres têtes que les nôtres !! Même si j’essaie de faire de mon mieux pour qu’il soit épanoui, il lui manque cette partie d’ouverture sur le monde. Certes, il voit beaucoup la famille et ses demi-frères/soeur, les enfants de nos amis mais ce n’est pas pareil vu que nous sommes toujours là avec lui.
    Concernant l’âge, passé la 1ère année, je trouve que c’est le bon moment ! Tu remarques vraiment dans le comportement de l’enfant qu’il est prêt à aller avec d’autres personnes, que les autres l’intéressent.
    Et pour le côté financier, au bout de 14 mois maximum (ou 2 ans si tu as divisé), finito l’Elterngeld 🙁 Il y a certes le Betreuungsgeld mais 150€/mois, ce n’est pas ça qui nous fait vivre ^^

    1. Je me reconnais entièrement dans ton commentaire bien sûr ! D’ailleurs lorsque j’ai dit vouloir reprendre le travail après un an, un collègue m’a accusée d’être une « mère corbeau » !! Avant un an c’est clairement mission impossible. Mais je dois dire que le système de l’elterngeld est quand même pas mal et que je suis contente de pouvoir en profiter si longtemps.
      Sinon merci de me rassurer pour les débuts à un an. C’est vrai qu’ils changent si vite, j’ai du mal à me projeter et à imaginer comment sera mon bébé dans 6 mois (et demi). Sans doute qu’il me surprendra !

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