Le mal du pays

Le mal du pays

Je m’étais promis d’écrire dès notre retour, j’ai beaucoup d’idées d’articles, mais je n’y parviens pas. L’échéance se rapproche pourtant dangereusement – j’essaie de publier un article tous les mercredis et dimanches matin. Mais c’est difficile, et je sais pourquoi : j’ai le mal du pays. C’est comme ça à chaque retour de France. Nous en rions même avec mon mari : il sait que les trois jours suivants, je suis à prendre avec des pincettes. Je n’ai pas le moral, j’ai du mal à me projeter, je rumine. Je repense aux vacances, aux moments passés là-bas. J’ai envie d’y retourner. Ça m’a presque toujours fait ça. Je veux dire, je crois que je ressentais quelque chose de semblable quand je quittais mon Sud pour rejoindre Paris avant (j’ai quitté ma région natale dès 18 ans). Mais c’est sans doute encore pire depuis que j’ai changé de pays. Les différences sont encore plus marquées. Et le manque double : le Sud me manque, Paris aussi ! Mais qu’est ce que ce mal du pays au juste ?  Qu’est ce qui me manque ? Il me manque tout ce qui m’était familier avant, qui faisait mon quotidien, et dont je suis désormais la plupart du temps privée.

Lors de mes premières années d’expatriation, je ressentais notamment le besoin d’entendre parler ma langue, et de pouvoir la parler. Il n’est pas simple de s’efforcer en permanence de parler allemand. Bien que les autochtones m’ont toujours encouragée, félicitée et adorent mon accent, tout semble toujours un peu plus compliqué. Chaque rendez-vous est un effort, les risques de malentendus omniprésents. Aujourd’hui je ne placerai plus ce manque en priorité – signe que ça progresse. Je parle quotidiennement français avec mon fils et mon mari, et je suis suffisamment à l’aise en allemand pour ne plus me sentir limitée. Ce qui me manque ce sont plutôt des petites choses futiles mais qui font que je me sens toujours plus chez moi là-bas.

Ainsi, lorsque je suis en France, mon plaisir ultime est de me rendre dans de grands supermarchés, pour m’extasier devant les rayons d’alimentation. J’essaie toujours de ramener quelque chose, mais les possibilités sont limitées.  Toutes les saveurs auxquelles je n’ai pas accès ici me replongent dans un passé douillet : la marque de biscotte que je prenais pour mon petit-déjeuner étudiante, les petits gâteaux que ma mère me donnait pour goûter à l’école. En Allemagne, les grandes surfaces sont guidées par un principe d’économies : on trouve surtout du basique, à petit prix. En France, c’est peut-être superflu mais j’adore toutes les innovations dont sont chargées nos rayons : du pain de mie sans croûte, des biscuits à toaster, des petits cubes de fromage arômatisés pour l’apéritif, j’ai envie de tout essayer !

Ici, je n’ai pas de code culturel commun. Pouvoir discuter de l’émission de télé de la veille, du dernier film sorti au cinéma, des événements récents, de la vie politique nationale… Je ne peux rien faire de tout cela Je continue obstinément à regarder la télé française, idem pour la radio – il faudra d’ailleurs à l’occasion que j’explique comment, et je crois que c’est un frein certain à mon intégration. En France j’aimerais aller voir tous les films, tous les spectacles aussi, et je râle toujours de ne pas rester assez longtemps pour le faire. Je débats avec mes amis des derniers sujets d’actualité, je commente l’actualité en famille, et j’adore ça.

Tout est plus facile en France, tout simplement. Dans ma région d’origine, je sais exactement où trouver quoi, je ne me perds pas, je pourrais traverser la ville les yeux fermés. Ici je dois encore me servir du GPS pour trouver un médecin. Il y a la météo aussi. J’aime que les saisons soient bien marquées dans le Nord de l’Allemagne. Il n’empêche que j’aime aussi sentir ma peau au soleil et mon corps à plus de 30°. J’en ai besoin même. C’est pour ça que je retourne là-bas obligatoirement chaque été.

Enfin et bien sûr, le mal du pays, c’est surtout le manque des personnes qui me sont chères et que je ne peux plus voir très souvent. Des amies d’enfance, ma très grande famille… Ce manque est aujourd’hui exacerbé car je l’impose à Pierre : il ne reverra pas ses grands-parents avant le mois d’août, et je ne sais pas encore si leur relation ne souffrira pas de la distance. Je ressens la peine de mes parents quand ils disent au revoir à leur petit fils avec ses mots : « Tu auras déjà bien changé la prochaine fois » et elle me rend triste, évidemment. Avec moi , les moyens de communication modernes permettent de compenser, mais pas avec lui.

J’ai choisi de partir, et je ne crois pas que c’était un hasard, au contraire. Je suis heureuse d’avoir fait ce choix et je ne le regrette pas. Mais c’est comme ça, quand je reviens de là-bas, la nostalgie me prend. Heureusement le mal du pays finit toujours par passer. Une nouvelle semaine va commencer, je vais retrouver mes copines allemandes, mon petit rythme avec Pierre. Et d’ici quelques jours je crierai à qui veut bien l’entendre que je n’ai jamais été plus heureuse qu’ici ! Est-ce qu’à partir d’un certain nombre d’années d’expatriation ou d’éloignement, le mal du pays finit par disparaître totalement ? Si vous avez des expériences à raconter, dites-le moi !

14 réactions au sujet de « Le mal du pays »

  1. Ah lala comme j’imagine…j’ai jamais été dans cette situation mais comme tu dis je pense que quand tu rentres de France ça doit être très exacerbé et que ça va vite redescende..tu sembles déjà avoir une petite vie bien rodée là bas et c’est déjà super parce que ces choses là prennent du temps ! Pour ton fils je comprends aussi mais là ça prend de l’importance parce qu’il est petit mais tu verras que dans quelques années même si il voit des grands parents que 3 fois par an il saura très bien qui ils sont et sera toujours heureux de les retrouver et c’est ça qui compte au final.. Courage j’espère que ton mal du pays va vite passer et en attendant tu as tes copines de là bas pour te remonter le moral et un peu nous 🙂

  2. Bonjour!
    Je l’ai eu aussi, mais surtout lorsque, Française, j’ai quitté l’Allemagne pour me réinstaller en France. Ce fut un petit déchirement identitaire qui a laissé des traces quelques années après encore (par exemple, le fait que je suis un peu jalouse lorsque tu parles de ta vie en Allemagne!). Mais ça n’a plus rien à voir maintenant avec ce que c’était alors!
    Quant au mal de la famille, on peut l’avoir aussi que l’on soit en Allemagne ou en France, tant qu’on vit loin de ses proches (une situation que je vis depuis des années par exemple et que tu as vécu aussi un peu à Paris !). L’on peut je crois tâcher de développer une vie ensemble dans cet espace commun qu’est l’internet, les appels gratuits sur les fixes et les we. … Personnellement j’envoie beaucoup de mails très courts ou de petits sms à mes amis / parents loin, afin de maintenir artificiellement le « flot » de la discussion courante. C’est je crois ce qui fonctionne le mieux.

    1. C’est drôle que tu envies ma vie en Allemagne, je suis sûre que ce serait pareil si un jour je revenais, il nous manque toujours ce qu’on a pas ! Et sinon oui tu as raison heureusement il y a les nouvelles technologies, WhatsApp par exemple à littéralement changé ma vie.

  3. J’ai fait des séjours de plusieurs mois à l’étranger durant ma folle jeunesse, du coup je comprends un peu. Les proches qui sont beaucoup trop loin pour les voir régulièrement, ne pas être parfaitement comprise et ne pas comprendre parfaitement, ne plus entendre sa langue maternelle, les produits chouchous qu’on ne trouve pas et le soleil qui joue à cache-cache (j’ai été en Belgique flamande et en Angleterre :)). Je crois que moi je ne pourrais pas m’expatrier. Je ne suis pas extrêmement famille mais les week-ends qu’on réussit à passer une fois tous les mois ou tous les deux mois avec nos parents qui habitent à deux heures me sont bien souvent salutaires (ne plus être les seuls adultes responsables de la maison, relâcher la pression, se laisser un peu vivre…). Tu as beaucoup de courage !

    D’un autre côté, pour l’avoir testé comme je l’ai dit à petite échelle (entre deux et trois mois), je sais qu’on se trouve aussi à l’étranger des produits chouchous qu’on n’a pas en France, qu’on se fait au temps, au paysage et que toutes ces différences nous enrichissent.

    Et c’est vrai que ton fils verra peu ses grands-parents mais quand il sera plus grand, il pourra bien les identifier et discuter avec eux aussi… Et puis il changera moins vite 🙂

    1. Les gens qui ont déjà vécu à l’étranger ont generalement tendance à mieux comprendre, même si bien sur dans mon cas la particularité tient au fait que je ne reviendrai peut être jamais. Concernant la famille tu as vu juste ca fait tellement de bien de se faire gâter un peu les pieds sous la table ! Et quand Pierre pleure toutes ces paires de bras gratuites et volontaires qui se tendent !

  4. Bonjour,

    J’ai découvert ton blog par le biais de « Dans ma tribu » (grâce à une amie qui avait posté ton article concernant la visite des services sociaux sur ma page fb)

    Comme je me retrouve dans cet article!!!!

    J’ai moi aussi quitté mon sud de la France natal pour m’expatrier en Allemagne (dans la région de Hanovre), et tout (ou presque) me manque, à commencer par mes amies (même si je discute avec elles tous les jours) et ma famille (surtout mon petit frère) ; Nous avons déménagé avec mon mari (ça fait bizarre de dire mon mari, on s’est mariés ici fin janvier) pour son travail. Je suis femme au foyer et ça me convient très bien, du moins ça me convenait tant que j’avais mes amies ou ma mère que je voyais régulièrement, mais maintenant la solitude me pèse un peu (malgré mes boules de pils) d’autant que j’ai énormément de mal à me faire des amis, même si j’ai rencontré des personnes formidable à mon club de tir à l’arc ou à l’école où j’ai appris l’allemand; oui je ne parlais pas un mot d’allemand en arrivant ici, il y a deux ans, maintenant j’arrive a faire mes courses au marché (c’est très important pour moi) ou a tenir une conversation simple avec les personnes que je connais.

    Pour la nourriture je me suis habituée, d’autant qu’a la base je mange surtout des fruits et des légumes, et que je me suis grandement calmé sur les biscuits, bonbons et autres friandises. Mais c’est vrai que beaucoup de choses me manquent, comme certaines fromage ou de bons patés comme on sait si bien les faire en France. Dès qu’il y a un marché français (en automne et au début du printemps dans la région où j’habite) j’y cours pour acheter du fromage (qui ne tient pas la semaine) ou du pâté (qui lui tient un peu plus longtemps, vu qu’on le prend en pot, je le « cache » dans un placard pour pas être trop tentée XD)

    Cependant j’ai la chance d’avoir dans mes « amies » parle couramment français, ça fait du bien de parler sa langue maternelle avec quelqu’un d’autre que mon mari ou mon chat… (je mets des « … » parce que même si on discute souvent, étant donné qu’elle travaille, je n’ose pas la dérager pour faire des activités entre filles, comme c’est le cas avec les autres, qui sont soit à la fac, soit continuent les cours d’allemand, soit vient juste de devenir maman)
    Mais j’avoue tendre l’oreille a chaque fois que j’entends un mot en français dans un magasin ou dans la rue. La dernière fois, on est tombé sur un couple de retraités en vacances ici, on a discuté pendant 20 bonnes minutes et tout et de rien, ça m’a vraiment fait du bien. Et une autre fois, nous étions à la librairie, et comme d’habitude nous discutions entre nous en français et un petit garçon nous a dévisagé (ça arrive souvent quand ils nous entendent parler, vu qu’il ne connaissent pas forcément la langue) et il a courut vers sa mère en disant « Maman! Maman! Il y a des gens qui parlent français là-bas », le temps de réaliser on s’était déjà bien éloignés….

    Désolée pour le pavé, mais ça fait tellement de « bien » de savoir que je ne suis pas la seule a avoir le mal du pays.
    Et ne t’inquiète pas autant pour ton fils, je suis moi aussi issue d’une famille mixte (mon père est tunisien et ma mère française) et je ne voyais mes grands parent qu’une fois par an (parfois deux mais c’était très rare) et cela ne m’a pas empêché de nouer des liens très fort avec eux, ainsi qu’avec mes tantes (surtout une) et mes cousins et cousines. En fait je crois que c’est le fait de savoir que je ne les voyais qu’une fois par an qui me faisait apprécier d’autant plus les moment passés avec eux 🙂

    1. Bienvenue par ici, merci d’être passée ! Et merci de me rassurer pour mon fils 🙂 . Je comprends ce que tu dis, mes débuts ici ont été particulièrement difficiles aussi, les six premiers mois notamment. J’espère que petit à petit tu réussiras à t’intégrer davantage. Moi aussi je guette les occasions de parler français, et heureusement internet existe. J’arrive aussi à avoir quelques chaines de TV françaises (TV5, canal +, …), j’espère que toi aussi ! Vous êtes en Allemagne pour une durée déterminée ou vous allez rester ? Je pense que ça change un peu la donne. Si vous restez je te rassure : ça va aller de mieux en mieux 🙂 .

      1. Nous comptons rester ici encore 4 ou 5 ans. Et nous somme ici depuis 1 ans et demi.

        En fait au début, mi à part la barrière du langage, c’était bien. Je m’émerveillait de tout: les paysages, les gens (qui sont vraiment gentils et chaleureux par rapport à là où je vivais avant), le recyclage, les écureuils qui traversaient la rue pour aller du parc du cimetière au noisetier ou au poirier devant ma fenêtre…

        Mais au fur et à mesure mes amies ont commencé à me manquer terriblement, même si on discute tous les jours via internet, ce n’est pas pareil que de les voir toutes les semaines, parfois plusieurs fois par semaines.
        Et le plus gros coup au moral ça a été le décès de mon meilleur ami, 2 semaines avant mon anniversaire. La première fois que je retournais en France et c’était pour ses funérailles….
        J’en ai quand même « profité » pour passer 1 semaine avec des amis en région parisienne, ça m’a un peu remonté le moral. Mais j’avais perdu mon meilleur ami et seul correspondant régulier (on s’envoyait 3 ou 4 lettres par mois)

        Depuis on est allés passer les dernières fêtes de fin d’année chez mon beau-père (que j’adore) et j’ai passé 1 semaine a Nice chez une amie au printemps, j’ai pu voir mes copines et ma famille. Ça m’a fait énormément de bien, mais j’avais hâte de retrouver mon chéri et mes z’animaux quand même.

        Après suis assez positive comme personne, j’ai toujours tendance à voir le bon côté des choses et je me plait vraiment ici, j’ai pris mes petites habitudes. Mais il y a des jours où le soleil du sud, la mer et mes amies me manquent, surtout quand il fait gris plusieurs jours de suite (comme en ce moment….)
        Je crois aussi que le fait de pas me plaire dans notre appartement (on vit au rez-de-chaussez, je déteste ça quand je suis dans un immeuble, il me faut au moins 1 étage) et de savoir qu’on va déménager dans un autre appart (au 3e celui-là) plus spacieux et lumineux et mieux agencé, joue aussi beaucoup sur mon moral. Mais va falloir attendre début 2016 (c’est pas si long que ça, il y a « que » 6 mois à attendre)

        Et pour ce qui est de la télé, même en France je la regarde pas. En général je me mets un film ou un dessin animé le matin pendant que je prends mon petit déjeuner, je regarde mes messages, je vais sur facebook, instagram, pinterest…. Et le reste du temps je m’occupe de mon ménage, je fais beaucoup d’activités manuelles (surtout de la couture, de la peinture, un peu de crochet et un peu de carterie/scrapbookig/kirigami (je m’amuse a faire des cartes pour Noël et Pâques que j’envoie a tout mon entourage en France, et les cartes d’anniversaires ou juste pour faire plaisir), je lis beaucoup, et je fais du coloriage pour adulte (ça fait un bien fou, j’aurai jamais pensé quand j’ai commencé). Le tout avec un fond de musique selon mon humeur (en général de la musique classique ou des BO de film, sauf quand je fais du ménage, je mets des trucs qui bougent bien)

        1. Je comprends bien tout ce que tu racontes, le manque !! Mais je suis ravie aussi de lire que tu as pris tes petites habitudes et qu’il y a des choses qui te plaisent ici. Tu as pensé de ton côté à écrire un blog sur cette expérience ? Ca pourrait te permettre de mieux l’apprécier !

          1. Oui j’ai pensé à tenir un blog, mais j’ai un gros problème de régularité, la fréquence de publication de mes articles serait beaucoup trop aléatoire. Donc je sais pas trop….

  5. Coucou,

    c’est encore moi 😉 Je remonte le temps avec ton blog.
    Je me reconnais complètement dans ton article.
    Le coup de blues après mon retour, le sentiment aussi d’être déchirée, de rater des trucs dans la vie de ma famille, tout ce que tu dis, je le ressens aussi, même après 12 ans.
    Je me demande parfois aussi si c’était une bonne idée… Surtout quand je m’imagine vieille : alors là, je me vois avec mon rollator ici, seule, et c’est ça c’est la vision d’horreur. Mais en même temps, j’essaie de m’imaginer en France et comme je n’y ai pas construit ma vie, je me vois à la limite avec mon frère et sa famille, et encore, seule aussi, mes parents certainement décédés et dont j’aurai donc rater les années où ils étaient encore en forme.
    Bien sûr on se voit « assez souvent », mais je me demande régulièrement où est ma place, d’autant plus que toutes mes amies ont déménagé et donc je me sens souvent seule ici. Et cela joue sur ma relation avec mon mari, qui n’était pas au top après la naissance de ma fille. Alors là je me sentais hyper seule.
    Bref, de ce côté-là ça va mieux, mais je crois que je ressentirai toujours ça, même si moi aussi je suis partie sans doute pour de bonnes raisons.
    Je crois que l’Allemagne me manquerait aussi, si je retournais en France. C’est compliqué, et même dur à vivre, par moment, en ce qui me concerne.
    En tout cas, je suis soulagée de ne pas être la seule à ressentir ça.
    À bientôt,

    1. Je comprends tout ca… Avec mon mari ca a notamment été difficile au moment du mariage, je crois que c’est à ce moment là que j’ai réalisé que j’allais vraiment rester ici. En tout cas tu vois que tu n’es pas seule. Mais au fait si ca te dit de venir passer une journée dans ma ville avec ta fille n’hésite pas ! Ce serait sympa de se rencontrer !

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