Alitée

Alitée

En ce moment Pierre recommence à me faire de vraies siestes, du genre qui durent plus d’une heure. Qu’est ce que ça me fait du bien ce temps pour moi ! Alors j’ai décidé de terminer enfin la série que j’avais commencée il y a bien longtemps : « Un village français ». C’est une série française très bien faite sur la période de l’occupation en France. J’avais acheté le coffret complet au début de mon alitement. 5 saisons, 2400 minutes de film, c’est bien ce qui me fallait.

J’ai donc enfin commencé la cinquième et dernière saison. J’ai mis le disque dans le lecteur, le générique a commencé et là… Ouah tous ces souvenirs qui me sont remontés ! Je ne pouvais plus imaginer que Pierre était déjà si grand, dans son lit à côté. Je me revoyais, que dis-je, je me « ressentais » lourde et douloureuse, allongée sur le côté, avec ce ventre énorme qui s’agitait. J’ai revu toutes ces journées, passées sur ce canapé, à l’attendre. Et je me suis dit, c’est peut-être le moment d’en parler, de mon alitement.

Pendant ma grossesse, j’ai commencé à ressentir quelques premières petites contractions au cours du deuxième trimestre. Quand je dis contraction, à l’époque je ne savais pas ce que c’était. Toujours est-il que ça me tirait parfois dans le ventre, sans m’inquiéter pour autant. Ma date prévue d’accouchement était mi-décembre. Début septembre, j’ai subi un grand stress au travail. J’ai senti que ça me tirait de plus en plus, mais je ne m’alarmais pas. Et puis ma sage-femme est venue me rendre visite à domicile. C’est elle qui m’a fait prendre conscience que quelque chose n’allait pas. Elle m’a confirmé qu’il s’agissait de contractions et m’a conseillé d’en parler à la gynécologue. C’est à partir de là que les choses ont commencé à se corser. La gynécologue m’a fait passer un monitoring, puis auscultée par échographie endo-vaginale. Le verdict est tombé comme un couperet : menace d’accouchement prématuré, arrêt de travail, alitement, avec contrôles très réguliers. Mon col commençait à se modifier dangereusement. Il fallait à tout pris que mon bébé reste dedans. Je n’en étais qu’à 28 SA.

La suite, ce sont donc huit semaines, deux mois entiers d’alitement. Finalement, Pierre est né à 36 SA + 4. Quatre jours après donc, avoir recommencé à me lever. C’est difficile de résumer globalement tout ce que j’ai ressenti pendant ces longues semaines, ces journées entières passées sans bouger, à craindre de faire un faux mouvement, à angoisser d’avoir un grand prématuré. Je tenais en attendant chaque contrôle, comme autant de petites bouées. Je me rassurais en lisant des témoignages encourageants. Chaque journée passée me donnait confiance pour la journée suivante.

Je ne me suis pas ennuyée, je m’étais fait un planning que je respectais scrupuleusement, de peur de finir totalement déphasée. Lever à 7h30, blogs et forums entre 10h et midi, émissions de télé de 13h à 15h, séries ensuite… Je n’ai pas reçu beaucoup de visites, et je n’en voulais de toute façon pas. Mon appartement n’était pas en état – mon pauvre mari n’arrivant alors pas toujours à assurer sur tous les fronts, je n’étais pas en état non plus – condamnée à porter des bas de pyjamas immondes pour ne surtout pas contraindre mon ventre, et moralement, j’en avais marre d’entendre les mêmes choses qui étaient sensées me rassurer mais ne me rassuraient pas. Ce qui a été le plus dur, ce fut ça : l’angoisse. Imaginer son bébé grand prématuré, imaginer le placement en couveuse, s’y préparer tout en priant pour que ça n’arrive pas.

J’ai été jalouse des autres femmes enceintes à l’époque. Jalouses de celles qui profitaient de leur début de congé maternité, qui pouvaient préparer la chambre de leur bébé des étoiles dans les yeux, qui faisaient les boutiques, qui promenaient leur ventre avec fierté. Mon ventre à moi, à partir du mois de septembre, plus personne ne l’a vu. Quand Pierre est né, avec un mois d’avance, beaucoup de choses n’étaient pas encore prêtes. J’avais seulement commandé le strict minimum sur internet, et j’ai d’ailleurs à cette époque lié une amitié touchante avec notre livreur de la poste, souvent ma seule visite journalière.

Avec mon mari, ce fut une période un peu difficile à gérer. Je vivais très mal la situation, je me sentais diminuée. J’enrageais de devoir lui demander de faire seul le ménage, les courses, à manger. J’étais terriblement angoissée, et je n’avais pas d’autre interlocuteur que lui pour ressasser.  J’avais toujours accordé une grande place à mon travail et je m’en trouvais subitement privée. Je n’avais même pas eu le temps de vider mon bureau, de ranger mes dossiers ni de parler à ma remplaçante. Je n’avais pas dit au revoir à mes collègues. Du jour au lendemain, il me semblait que ma vie s’était arrêtée. Cela m’énervait d’autant plus que je savais qu’elle s’apprêtait à changer radicalement, cette vie, qu’elle ne recommencerait plus jamais comme avant. Je ne pouvais pas lui dire au revoir.

Aujourd’hui je reste un peu amère de cette fin de grossesse ratée. Mais d’un autre côté, tout est plus facile car je connais la fin. Je sais que j’ai réussi à tenir presque jusqu’au bout, que Pierre est né en bonne santé, que tout va bien, et que c’est, bien sûr et de loin, le plus important. Je ne peux pas m’empêcher de redouter une deuxième grossesse, un accouchement encore plus prématuré, mais je n’en suis pas encore là. Et vous, vous avez connu une période d’alitement ?

9 réactions au sujet de « Alitée »

  1. Oh ma pauvre ça n’a vraiment pas du être facile…j’ai été alité 2 semaines pour « faire grossir mon bébé » et j’au très mal vécu cette période alors 2 mois je n’imagine pas…Toutes les grossesses sont différentes, ce sera sûrement mieux à la prochaine et en tout cas tu as fait les bonnes choses pour le bien de ton bébé !

    1. Pour savoir ce qui m’attendrait pour une éventuelle prochaine grossesse je voulais en parler à ma gynécologue lors du prochain RDV. Bien sûr ça m’angoisse un peu mais on verra bien ! En tout cas cette fois je crois que je serai peut-être moins prise au dépourvu et que par exemple, je n’hésiterai pas à demander de l’aide aux grands-parents.

  2. Je n’ai pas été strictement alitée pendant les 2 semaines à la maternité, j’avais le droit d’aller au buffet chercher mon petit-déjeuner et mon dîner et d’aller aux monitos sans fauteuil roulant … Mais c’était franchement long et angoissant … Alors 2 mois, je ne préfère même pas imaginer !! 🙁 Je suis rentrée hier à la maison et je dois me reposer le plus possible … C’est vite dit avec un petit de 19 mois à la maison ^^
    J’ai été hospitalisée à 24 sa avec piqûres pour la maturation des poumons de bébé, explication de la césarienne en urgence et du séjour aux soins intensifs pour bébé … Tout en moins de 24 heures, la douche a été glaciale 🙁 J’ai refusé en bloc de penser à un éventuel accouchement si tôt ! Heureusement, la situation a évolué dans le bon sens et le personnel a été plus qu’adorable … Je pense que jusqu’à l’accouchement, je serai toujours angoissée ! Mais je sais aussi que si j’accouche à 34 sa, ça sera « ok ».
    Ce qui ne m’a franchement pas aidé, ce sont les appels des personnes qui veulent te remonter le moral et qui ne font que remuer le couteau dans la plaie :-/

    1. Ah oui c’est aussi ce dont je parle dans cet article, les gens qui essaient de te remonter le moral et tombent totalement à côté, sans faire exprès… Je suis contente d’avoir de tes nouvelles et qu’elles soient bonnes, même si je comprends que désormais l’angoisse ne te lâche plus… Je pense à toi !!

    1. Oui c’est vrai mais je ne voulais quand même pas trop donner l’impression de me plaindre ;). Finalement Pierre est né presque à terme et en bonne santé et je sais que c’est le plus important.

  3. Je viens de tomber sur ton article car je suis … alitée. Eh oui, cela explique mon absence de la blogosphère depuis quelques semaines … Je ne me plains pas car c’est « juste 15 jours » comparé à toi mais c’est tellement frustrant sur la dernière ligne droite de me retrouver sur le canapé. Bref, je ne sais pas encore si j’en parlerai peut-être que oui puisque comme ton article cela peut servir 🙂

    J’ai pu tenir (alors que les médecins avaient déjà préparer mon accouchement et ils m’ont dit à bientôt) pour au moins atteindre les 37sa et je pense que ce n’est pas pour maintenant en plus ! Donc je suis contente d’être tombée sur un témoignage et une fin heureuse, en espérant que ta seconde grossesse se passe différemment.

    1. Oh zut je suis désolée de l’apprendre ! Je suis contente si mon article a pu t’aider et c’est super si tu as atteint les 37 SA ! J’espère que tu pourras profiter un peu de ta fin de grossesse maintenant. Il est probable que ma deuxième se termine de la même façon mais je crois que je le vivrai mieux cette fois, je suis davantage préparée.

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