Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (2)

Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (2)

Les larmes me sont montées aux yeux en écrivant ces dernières lignes. C’est franchement très exagéré, mais ça prouve quand même l’ampleur du traumatisme. Je suis contente d’avoir accouché sans péridurale pour prouver que je ne suis pas une chochotte. Mais la douleur infligée à ma poitrine pendant toutes ces semaines dépasse dans mes souvenirs de très loin ce moment.

Aujourd’hui, trois mois après l’arrêt, quel est le bilan ? Mes tétons restent marqués par l’épreuve. Les plaies sont refermées, mais ils restent rouges, déformés, et disons le, très très moches. J’ai retrouvé une vie sexuelle épanouie mais pour le moment mes seins en sont bannis. Je n’arrive plus à les considérer comme objets de plaisir. Je ne sais pas si je dois en parler, à Ulrich, à un docteur, à quelqu’un ? J’espère secrètement que le temps fera l’affaire et me rendra mes tétons d’avant.

L’allaitement au biberon de Pierre se passe bien. Je dois même dire mieux que je ne l’avais imaginé. Je me rends compte que j’avais peut-être surestimé la valeur de l’allaitement au sein. Ainsi, ce n’est pas parce que je donne le biberon que je n’ai pas de moments d’intimité / fusion avec mon fils. Au contraire même. Je crois que je les ai tellement voulus ces moments, que je les ai créés. Peut-être davantage que d’autres mamans allaitantes de mon entourage finalement. De même, personne ne m’a jamais forcé à laisser quelqu’un d’autre nourrir mon enfant. Et finalement puis sa naissance, j’ai donné 99,5% des repas à mon fils. Là encore parfois plus que certaines de mes copines allaitantes qui laissent plus volontiers le relais au papa avec un biberon de lait tiré. Ce qui a été le plus dur à vivre finalement, ce sont les jugements extérieurs. L’allaitement au sein est tellement valorisé en Allemagne, que je perçois toujours une seconde de réprobation quand je sors mon biberon. J’ai l’impression qu’il fait de moi une mauvaise mère, qui préfère son confort au bien être de son enfant. Et c’est très dur à vivre. Heureusement en ce moment déjà, Pierre commence la diversification et cette période s’éloigne. Elle ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Et comme je prépare moi-même ses purées, je suis carrément passée du côté bonne maman en un rien de temps ! Je précise que pour moi toutes les mamans sont formidables, allaitement au sein ou au biberon, petits pots achetés ou cuisinés, je trouve ça très triste et très regrettable que de nos jours encore on ressente si fortement ce genre de jugement. A lire sur ce sujet, l’admirable livre d’Elisabeth Badinter « Femmes et mères, le conflit » qui m’a beaucoup appris.

J’aurai sans doute un jour un second enfant. Et la question se posera alors de savoir si j’essaierai encore, ou pas, d’allaiter au sein. Je ne sais pas pour le moment. Je dois dire que je suis très refroidie, alors probablement pas. La seule chose qui pourrait me convaincre, ce serait un super accompagnement. Une sage-femme spécialisée qui m’aiderait à chaque étape, me conseillerait dans ma problématique particulière des tétons plats, et ne me forcerait cependant pas à poursuivre si je n’en avais plus envie. Mais je ne sais pas si un tel accompagnement existe, ni quel en serait le prix. Alors pour le moment, je crois finalement que je vais rester dans la tradition familiale du biberon. Parfois je ne sais même plus pourquoi c’était si important pour moi, cet allaitement. Peut-être parce que je n’aime pas être confrontée à mes propres limites. Mais j’ai les tétons plats (et moches de surcroît maintenant), c’est comme ça !

4 réactions au sujet de « Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (2) »

  1. Comme je comprends le traumatisme ! Moi aussi j’aurais les larmes aux yeux si je devais donner un biberon de lait artificiel à ma fille (qui a 5 mois). C’est fou cette pression qu’on se met pour l’allaitement ! Oô Une pression d’autant plus difficile à supporter que personne ne peut allaiter à notre place et qu’on culpabilise vite dès que ça ne marche pas comme on le souhaite, en considérant cela comme un échec.

    Je comprends qu’après une telle expérience tu sois un peu dégoûtée de l’allaitement et n’aie pas envie de recommencer. En même temps, inutile de te prendre la tête : tu verras bien le moment venu, si tu as un autre bébé, tu pourras toujours essayer une tétée de bienvenue, puis continuer à l’allaiter ou non en te laissant le choix à chaque tétée.
    C’est vraiment dommage que tu aies mal été entourée. Les sage-femmes de ta maternité avaient l’air franchement barbares, je croyais qu’il n’y avait qu’en France qu’elles étaient aussi peu compétentes en allaitement, mouarf !
    La prochaine fois il faudrait vraiment que tu sois bien entourée.
    Les bouts de sein ne servent à rien, par exemple, bébé a souvent du mal à téter avec des bouts de sein, du coup le lait vient mal, du coup il prend peu de poids et prend un mauvais réflexe de succion.
    Si tu avais aussi mal (et je comprends tout à fait, moi aussi j’ai été un peu mal conseillée au début, j’ai eu des crevasses saignantes pendant un mois et demi, la douleur en est à grimper au rideau ! 🙁 ) c’est que ton bébé était mal positionné, ou avait un frein de langue, bref il tétait mal, du coup le lait venait mal, et il prenait peu de poids.
    Est-ce qu’on t’a au moins donné des conseils pour aider à la cicatrisation des crevasses ? (crème Lansin*h, compresses de lait gras maternel ?…)
    Quant aux mamelons ombiliqués, c’est clair que c’est difficile à gérer 🙁 Pourtant, comme pour tout, il existe des solutions, notamment celle-ci : http://www.amazon.fr/Lansinoh-70150-Poire-Forme-Mamelons/dp/B001PPGR42
    Ca aide à faire sortir le mamelon avant la tétée : il faut donc l’utiliser avant chaque tétée pendant plusieurs semaines jusqu’à ce que le mamelon sorte naturellement plus facilement, et que bébé puisse bien prendre le sein lui-même.

    Dans tous les cas, c’est clair qu’il est important de se faire aider au début de l’allaitement et les sage-femmes des maternités sont rarement compétentes pour le faire (bien qu’elles disent le contraire).
    Maintenant, il est inutile de te sentir triste, tu as bien fait de passer au biberon, c’était devenu trop difficile et douloureux, il n’y avait plus aucun intérêt à allaiter. 🙂

    1. Merci pour tes conseils ! Tu vois je trouve ça dingue que personne ne m’ait parlé de la petite poire que tu me montres alors que j’ai demandé expressément à deux professionnelles de me donner des conseils pour mes seins particuliers. Tu as raison j’ai vraiment été mal accompagnée. On verra pour la prochaine fois, j’ai encore le temps d’y penser !

  2. Je trouve que les récits de « foirage » d’allaitement sont toujours difficiles à lire et plein de culpabilité.
    Je me souviens pour ma part que je suis passé au biberon à cause de douleurs trop intense, du coup je pleurais de culpabilité en donnant le bib’ et je pleurais de douleurs en donnant le sein. Et pourtant je ne saignais pas. Et le gens qui s’en fiche te dise de passer au biberon à la moindre complication, et les pro-allaitements te dise que les douleurs sont normales au débuts, il faut serrer les dents. Du coup tu te sens encore plus seule.
    J’avais du coup tire-allaiter pendant quelques semaines et chapeau d’avoir tenu 2mois. C’est un bon compromis pour que tes seins guérissent (si le tirage n’est pas douloureux) et pour soulager ta culpabilité (quoiqu’après tu culpabilise d’avoir ‘dérégler’ la succion de ton bébé avec une tétine). Mais c’est une sacré pression, tu stresses pour tirer le lait, après faut que tu donnes le biberon, après faut que tu laves tout le matériel, et faut retirer le lait …pfiou!C’est une organisation!
    Les bout de sein j’en ai acheté aussi mais je t’avoues que les tétées était encore plus douloureuse avec donc j’ai abandonné.
    Les seins ombiliqués j’en ai entendu parlé sans trop me pencher dessus. J’ai entendu que ça pouvait rendre la tètée compliqué. Mais j’ai aussi lu (je crois que c’est dans un livre du dr thirion sur l’allaitement mais j’en mettrais pas ma main à couper) que ça ne pose aucun souci pour l’allaitement. Que c’est un peu fantasmatique cette histoire de long tétons comme les pis de vaches, y a qu’à voir la tête des tétines. Mais qu’au fond la taille compte peu (hihi) parce que le bébé prends toutes l’aréole et c’est lui même avec la succion qui modèle le mamelons. Mais pour ça il doit apprendre à téter et si le réflexe de succion est instinctif, téter ne l’est pas. Je me rends compte que mon mamelons était petit et applati après les tétée des premières semaines, et aujourd’hui que mon fils maitrise il est symétrique et beaucoup plus gros.
    Enfin tout ça pour te dire de ne pas culpabiliser quand à la forme de tes seins, il feront peut être le bonheur d’un autre bébé futur (si tu en as envie).
    Et d’encore moins culpabiliser parce que quand on en arrive à faire des infections et à saigner, je crois qu’on peut dire qu’on à tout fait 🙂 On a quand même la chance d’être dans une société où le progrès permets de nourrir très bien les enfants, c’est quand même pas la peine de se faire souffrir à ce point là pour être une ‘bonne’ mère.

    1. Merci pour ton commentaire ! Depuis que j’en parle autour de moi, je trouve des témoignages plus encourageants au sujet des tétons plats et je me dis que peut-être ça vaudrait donc le coup de retenter. On verra mais quoiqu’il arrive, j’espère que j’arriverai à prendre les choses plus sereinement. Car en effet, je ne suis pas obligée de m’infliger un nouveau martyre pour prouver que je suis une bonne mère :).
      Concernant le tire-lait tu as raison ce n’est vraiment pas une option de long terme. De mon côté, ça a peut être rendu l’arrêt moins violent et plus progressif.

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