Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (1)

Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (1)

Il faut quand même que je vous raconte. Peut-être que c’est important aussi pour moi, pour faire le point, pour revenir sur ce que j’ai vécu comme mon premier gros échec de maman.

Quand on me demande si j’allaite Pierre, je ressens toujours le besoin de me justifier. Je bredouille quelque chose du genre : « je l’ai allaité deux mois mais ça n’a pas fonctionné ». En fait je ne l’ai jamais vraiment allaité, dans le sens où il ne s’est jamais nourri a mon sein (soupir). Il a bu mon lait pendant deux mois, nuance. Je vais vous expliquer.

Avant l’accouchement j’étais persuadée de vouloir allaiter, et très motivée pour cela. Cela me semblait très naturel : j’avais des seins, j’aurais du lait, bébé aurait un reflex de succion alors pourquoi pas ! Je pensais aussi que ce serait le meilleur pour mon bébé. Je ne faisais pas confiance aux compagnies industrielles produisant le lait infantile. Et puis je me disais que ça me permettrait d’avoir une relation très privilégiée avec lui au moins les six premiers mois, qui empêcherait quiconque de me le voler (bonjour la peur de belle-maman). J’allai être une espèce de pionnière dans ma famille, ma mère, ma sœur et mes tantes n’ayant jamais allaité. Mais cela ne me dérangeait pas au contraire ! Je me disais que je trouverai suffisamment d’aide par ailleurs.

J’ai donc commencé à m’informer sur le sujet pendant ma grossesse. Et c’est en consultant le site de Leache Leage que j’ai eu mes premiers doutes. Il était question de mamelons plats. Je n’en avais jamais entendu parlé auparavant. Je savais que j’avais de petits tétons à l’aspect très juvénile mais je n’avais jamais imaginé qu’il puisse s’agir d’un problème. Or, je me suis reconnue tout de suite sur la description. Et les effets mentionnés faisaient peur : difficultés pour allaiter, douleurs, etc. J’ai commencé alors à m’inquiéter. Tous les témoignages que je dénichais sur le sujet étaient alarmants. Je ne pouvais pas croire faire partie du tout petit pourcentage de femmes incapables d’allaiter. J’ai essayé alors d’en parler aux deux sage-femmes responsables de mon suivi. Les deux ont cherché à minimiser la chose : « Ne vous inquiétez pas ! Si vous êtes motivée tout ira bien ! ». J’ai décidé de les croire et d’attendre de voir.

Directement après l’accouchement, on a posé Pierre sur ma poitrine et incité à téter. J’étais trop dans l’euphorie du moment pour m’inquiéter. Mais le fait est qu’il n’a pas réussi à prendre mon sein et que mon téton est resté désespérément plat. La sage-femme a fini par lui donner une pipette de lait artificiel et a dit d’un air un peu désolée « Ne vous inquiétez pas ça viendra ». Sauf que ça n’est jamais venu.

Les deux jours suivants à la maternité, je les ai passés avec Pierre à mon sein. Très vite on m’a proposé des bouts de seins en plastique. Mais avec ou sans, plus les heures passaient, plus la douleur était insupportable. Mon téton gauche a commencé à saigner. Je retenais mes larmes à chaque fois qu’il tétait. Mais je m’accrochais, je me disais que c’était un mal pour un bien, que ce n’était que le début, que ça viendrait. Et puis au bout de deux jours deux sages femmes ont débarqué dans ma chambre. Les résultats de la pesée n’étaient pas bons, Pierre perdait trop de poids. Il fallait que j’aille tirer mon lait, et que je lui donne à la pipette, pour contrôler, pour être sûr qu’il mange. Je me suis exécutée directement sous leurs ordres. Et j’ai commencé à me sentir totalement nulle, de ne pas savoir nourrir mon bébé, de le faire maigrir, de faillir à mon premier rôle de mère. J’ai fait ce qu’on me disait de faire. J’ai pompé, beaucoup de lait est sorti, et je lui en ai donné une partie à la pipette.

Le lendemain, les taux de bilirubine de Pierre étaient trop hauts, nous devions commencé la photothérapie. En pleine nuit suite à cette journée éprouvante, encore une fois, une sage femme paniquée a fait irruption dans ma chambre. Pierre perdait encore et toujours trop de poids, cette fois il n’y avait plus le choix, il fallait lui donner un biberon de mon lait. Elle ne m’a pas laissé le temps de digérer la nouvelle, de réunir mes esprits, de me remettre. elle est repartie dans la salle de photothérapie, à pris MON lait, MON bébé et lui a donné un biberon. ELLE. J’en voudrai toujours à cette femme pour ce moment. Il a été d’une violence incroyable pour moi. Que mon bébé doive prendre un biberon, très bien, je commençais à m’y attendre. Mais qu’elle le lui donne elle, sans même m’attendre, je l’ai très mal vécu.

A partir de ce moment là, j’ai arrêté les mises au sein. Elles étaient une torture de toute façon. J’ai continué à tirer mon lait, le plus souvent possible, et je l’ai donné à Pierre au biberon. A la sortie de la maternité, on m’a prescrit un tire-lait de compétition, électrique avec deux téterelles. Il m’a accompagnée les deux mois suivants. La suite vous la connaissez déjà à travers ce que j’ai raconté des deux premiers mois de Pierre. J’avais beaucoup de lait, sans doute un peu trop et j’ai enchaîné les mastites (trois fois 40° de fièvre). Mes tétons ont continué à me faire souffrir terriblement malgré l’utilisation du tire-lait et l’arrêt des tétées. Ils se sont mis à saigner tous les deux. Après un tirage, c’était une torture de remettre un soutien-gorge, ou même un coussinet. Ils se collaient à la plaie et rendaient la douleur insupportable. Finalement, après un mois et demi de torture quotidienne j’ai décidé d’arrêter. Pierre a bu pour la dernière fois mon lait à 7 semaines.

13 réactions au sujet de « Pourquoi et comment j’ai foiré mon allaitement (1) »

  1. Bonsoir,
    Je découvre ton blog et tombe sur cet article. C’est dommage que tu n’aies pas pu être suffisamment bien accompagnée et conseillée pour que les choses se passent mieux. Ne t’en veux pas car d’après ce que tu racontes, les sages-femmes ont particulièrement manqué de tact et de douceur, alors que c’est ce dont on a le plus besoin après un accouchement !
    Et je trouve admirable que tu aies tiré ton lait pour le donner le plus longtemps possible à ton fils ! Moi je n’appelle pas ça un allaitement foiré ! 😉

  2. Je découvre ton article sur l’allaitement ! Ma maman a eu les mêmes soucis que toi et avait trop de lait. Elle faisait des dons à l’hôpital. Comme je suis prématurée, elle tirait le lait et me l’a donné au biberon jusqu’à deux mois. Les infections qu’elle a faites, lui laissent un mauvais souvenir, car il parait que c’est très douloureux.
    En tout cas, c’est déjà super ce que tu as fait ! Il y a beaucoup de femmes qui baissent rapidement les bras et c’est déjà super bien deux mois. Pour galérer aussi avec mon allaitement et utiliser en partie le tire-lait, je sais que c’est la façon pour nourrir bébé la plus chronophage en temps et la moins agréable, donc bravo 😉

    1. Merci c’est gentil 🙂 . Avec le temps mon regard sur cet allaitement a un peu changé et finalement j’ai accepté de n’avoir « que » tire-allaité « que » 7 semaines. Je ne le vois plus comme un horrible échec et au contraire comme une petite réussite.

  3. 7 semaines, c’est déjà très bien. Tout ce qui est pris est pris. L’essentiel, c’est de ne pas avoir de regrets. J’ai eu mal pour toi lorsque tu as évoqué l’épisode de la sage-femme qui as donné le bib à ta place. Je te comprends tout à fait, la douleur que tu as pu ressentir, toussa toussa….
    Au fait, flippe pas, je commente tout plein de tes billets, mais c’est parce que ce soir, j’ai vraiment le temps de me poser 😉

    1. Malheureusement j’ai eu beaucoup de regrets ou plutôt j’ai été très déçue… Mais maintenant ça va mieux j’ai relativisé tout ça. Et ne t’inquiète pas, les commentaires me font toujours plaisir !

  4. Aïe aïe…apparement chez certaines femmes les TL stimulent trop les seins (c’était l’inverse pour moi lol). Peut-être envisager d’autres systèmes (TL manuel ou vidage de seins manuellement)
    C’est très technique l’allaitement et n’est pas du tout inné. Mais j’ai appris (tardivement) qu’il y a des solutions à chaque problématique. Rarement en maternité par contre :(. ET chaque bébé est différent aussi!

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