C’est douloureux, d’être mère

C’est douloureux, d’être mère

IMG_5470On entend souvent que devenir parent, ce n’est que du bonheur ou quelque chose dans ce genre. On sait tous désormais que c’est un peu plus compliqué que ça. Eh bien je vais vous faire une confidence. J’aime mon fils plus que tout. Je suis heureuse comme jamais. Pourtant, je vis aussi ma maternité comme quelque chose de très douloureux. A tel point que je comprends peut-être seulement maintenant, pourquoi Marie a une tête aussi grave sur toutes ses représentations. Bon d’accord, son fils à elle s’est fait trucider à 33 ans. Mais quand même, c’est douloureux, d’être mère.

C’est douloureux dès le début. Je ne crois pas avoir connu de véritable baby blues. Mais j’ai pleuré, beaucoup, énormément pendant les premières semaines qui ont suivi mon accouchement. J’ai pleuré parce que mon bébé faisait une jaunisse, j’ai pleuré parce qu’il avait perdu trop de poids, j’ai pleuré parce qu’il pleurait trop, j’ai pleuré parce qu’il ne pleurait pas assez. Après avoir soudain changé de dimension, mon cœur semblait soudain exploser. C’était trop d’amour, c’était trop fort, je ne savais pas gérer. Ça va peut-être vous sembler bizarre, mais à ce moment là j’avais tout le temps les paroles de cette chanson dans la tête : « Aimer, à en perdre la raison, aimer à n’en savoir que dire, à n’avoir que toi d’horizon ». C’était ça que je ressentais. Toutes mes pensées, tout mon corps, tout mon moi se trouvait mobilisé pour mon petit bébé. Je n’étais plus capable de penser à autre chose, de vivre pour autre chose. C’était tellement fort que ça me faisait peur.

C’est douloureux parce qu’on s’inquiète tout le temps. J’ai commencé à m’inquiéter le jour où j’ai su que j’étais enceinte : « Et si je faisais une fausse couche ? ». J’ai ensuite redouté un accouchement très prématuré. J’ai craint que mon bébé ne prenne jamais de poids (ce qui a priori, arrive quand même assez rarement). Et je suis encore terrifiée par la mort subite du nourrisson. Un jour je me suis demandée quand je pourrais enfin arrêter de m’inquiéter. Je cherchais un âge, un objectif auquel me raccrocher. Mais je repoussais mentalement toujours plus loin l’échéance. J’ai fini par m’arrêter quand j’ai pensé à l’adolescence de mon fils, aux risques de la drogue dure et des accidents de voiture. Je crois qu’il va falloir que je me fasse une raison. Je ne cesserai sans doute plus jamais de m’inquiéter.

C’est douloureux parce qu’on a toujours peur de mal faire – et jamais l’assurance d’avoir bien fait. Un bébé n’est pas une science exacte. Tous les pédiatres ne sont même pas d’accord sur tout. Alors il faut prendre des décisions, chaque jour au moins. Donner un bain chaque jour ou chaque semaine, commencer la diversification à quatre ou à six mois, donner une sucette ou surtout pas. A chaque fois, la responsabilité semble immense mais il faut se lancer. Le pire, c’est qu’on ne sait pas sur le moment, si on fait bien ou pas. On ne le saura que très tard, et je ne suis même pas sûre que ce sera avec justice. C’est ce qui me terrorise le plus : de considérer un jour, lorsque Pierre sera devenu adulte, que j’ai été une mauvaise mère. Pire : qu’il le pense ou me le dise.

C’est douloureux, parce que c’est un amour qui n’a d’autre fin que la séparation. C’est ça le but de l’éducation, non ? Que son enfant puisse partir, soit autonome, s’assume seul. Alors il me semble que l’enfance est une succession de petites séparations qui préparent à cela. On commence par ne plus dormir dans la même chambre que son enfant. Et puis on le laisse quelques heures à la crèche. Et puis un jour il partira avec son linge propre dans un logement étudiant. Ce sera bien comme ça. Mais c’est toujours un peu trop dur pour les mamans je crois.

Lorsque le pédiatre de la maternité est venu m’annoncer, deux jours après la naissance, que mon fils faisait une jaunisse et allait devoir être placé en couveuse pour une photothérapie, je me suis effondrée en larmes. Et il a dit, avec un air un peu blasé mais plein de compréhension, de celui qui a déjà vécu cette situation cent fois : « Oui, c’est généralement à ce moment là que le cœur des mamans commence à saigner ». Moi, j’ai l’impression que mon cœur continue à saigner un peu chaque jour. Et que c’est ça aussi, être maman.

13 réactions au sujet de « C’est douloureux, d’être mère »

  1. On s’inquiètera toujours un peu, je pense. En tout cas, après 18 mois, je me fais toujours du soucis pour lui … Je vais toujours voir s’il respire la nuit ^^ La pédiatre de la mater m’a traumatisée avec la mort subite du nourrisson !
    Chaque séparation est toujours difficile, qu’elle soit courte ou plus longue, j’ai mauvaise conscience ! Et pourtant, parfois, il me casse les pieds !!!^^
    Je crois qu’on est un peu trop fusionnel 🙂 Même si je lui souhaite de devenir un adulte épanoui, équilibré et tout … Il sera toujours mon bébé !

  2. Comme je me retrouve dans cet article ! J’aurais pu l’écrire ! Chaque mot ou anecdote , je l’ai vécu , ou le vis toujours … j’aime ma fille passionnément , viscéralement. La mort subite du nourrisson m’obsède et je ne sais pas aujourd’hui comment je pourrais faire pour vivre sans ce petit être qui a bouleversé ma vie il y a maintenant bientôt 3 mois . Oui , être maman , c’est difficile car comme vous , je m’inquiète . Je pensais bêtement qu’avoir le test positif de grossesse entre mes mains me permettrait enfin de respirer , mais il n’a en fait été que le début du liste d’inquiétudes . En fait , lorsque je suis soulagée sur un point , une nouvelle angoisse arrive. Et comme vous , j’ai pensé qu’à un certain âge je pourrais souffler . Mais j’en suis rapidement venue à cette même conclusion : finalement , ça doit être ça , d’être maman . Mes inquiétudes sont contrebalancées, heureusement, par des moments de partage et de joie intenses , ou je tente , tant que possible de me rassurer : tout-va-bien !

    1. Je suis sûre malgré tout que ça finit par s’arranger un peu. Aujourd’hui mon bébé a six mois et c’est un tout petit peu mieux qu’il y a trois mois je vous promets ! Mais en tout cas, ça fait du bien de voir qu’on est pas seule à ressentir ça.

  3. Ma psy m’avait un jour dit : « on est inquiet que quand on a des gens à aimer. Celui qui n’aime personne ne s’inquiétera jamais. Et quel plus grand amour que celui des parents pour la chair de leur chair. Faire un enfant c’est prendre conscience que l’on ne sera plus jamais serein. »

    Avec la mère que j’ai je ne peux qu’approuver.

    Aussi ne n’ai pas peur de mourir par rapport à moi par exemple. J’ai peur de mourir et de faire de la peine aux gens que j’aime. Quand on n’a que soit à se préoccuper pourquoi s’inquiéter?

    1. Oui c´est exactement ca l´inquiétude est sans doute proportionnelle à l´amour porté ! Cela dit, maintenant que mon fils a grandi, ce sentiment s´est vraiment apaisé, je crois qu´il est très lié aux premiers mois et au fameux baby blues !

  4. En 2009, avant ma petite 3ème, j’ai découvert les Fleurs de Bach, et si je ne suis plus la même depuis ma 30aine je le dois aussi à cette rencontre. Nous les utilisons en famille, ma mère est même devenue conseillère agréée!
    Ici les symptômes émotionnels que tu décris (car ce sont les émotions que les fleurs traitent) me font penser à Aspen qui est une fleur qui offre un profond apaisement mental.
    Bien sur, essayer cette fleur ne t’enlèveras pas une once d’intérêt pour ton enfant, et cela ne saurais dissoudre toutes les peurs légitimes que nous pouvons ressentir en tant que maman. Mais cela apaise, nos angoisses, nos peurs irraisonnées, ça offre un souffle…..
    Je suis maman depuis 2001, je me suis payée ces angoisses pendant 8ans, et au final pour quoi? pour rien! j’ai redouté l’adolescence mais mes 2 ados sont tout à fait géniaux, on parle beaucoup, on rit beaucoup aussi, rien n’est devenu comme je l’avais redouté!
    Et je dirais même plus, tout ce que je croyais avoir raté, tout ce qui, je croyais, les avait « traumatisé » et bien tout ça c’est transformé en quelque chose de très positif, très joyeux…..
    Chassons la peur, elle n’est qu’une émotion parasite, à l’opposée de l’amour finalement. Offrons leurs la confiance…. 😉

    1. Merci pour ton message très rassurant notamment sur l’adolescence 🙂 ! J’essaierai peut-être les fleurs de Bach si je me sens à nouveau ainsi bouleversée après la naissance, j’en avais déjà entendu parlé et pourquoi pas !

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